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29 mars 2008 6 29 /03 /mars /2008 14:33



 Angles d’attaque de Pete Travis (sortie France le 19 Mars 2008) est un film puzzle qui n’a rien à envier aux meilleurs œuvres de Brian de Palma en ce qui concerne la question du point de vue du spectateur, de l’angle couvert par la caméra et du choix d’images offertes à l’œil comme témoin d’une scène précise.

  En multipliant les plans autour de l’assassinat du président américain sur la Plaza Major de Salamanque en Espagne, le film se fait miroir non seulement du genre thriller politique tout entier, mais aussi de la mode des séries télévisuelles où agences gouvernementales et terroristes s’affrontent dans un temps décompté à la seconde (24 heures chrono, Alias, …). L’évocation des œuvres parallèles telles que I comme Icare (H. Verneuil - 1979),  JFK (O. Stone - 1991), Dans la ligne de mire (W. Petersen - 1993) ou Un crime dans la tête/The Manchurian Candidate (J. Frankenheimer - 1962 et J. Demme - 2004) semble également évidente.

 Dernier point de référence, le jeu sur la mise en scène, l’ouverture de l’angle spatio-temporel et un scénario retors où les destinées des personnages se croisent ou se télescopent. Que le héros remonte littéralement dans le temps, essaye de recoudre le fil d’une histoire perdue (étant amnésique par exemple), ou tente de réaliser une mission impossible (contre la montre…), l’ordre des choses est le même : le réalisateur camoufle, expose ou sur-montre, en jouant éventuellement du split -screen (écran divisé en plusieurs cadres et plusieurs actions simultanées ; voir L’affaire Thomas Crown (N. Jewison - 1968), Snakes eyes (B. de Palma - 1998), Timecode (M. Figgis - 200), Phone game (J Schumacher - 2002) ou encore la série TV 24 heures chrono (depuis 2002)). Cinéma, télévision, caméscope et œil humain cherchent la vérité dans un dédale d’images ou fiction et documentaire peuvent également brouiller les pistes…

  Le visuel de l’affiche d’Angles d’attaque est une réalisation du célèbre studio BLT & Associates (campagnes promotionnelles du Silence des agneaux, Titanic, Mission Impossible, Da Vinci Code, Sin City…) : une silhouette anonyme et armée reprend en un triple kaléidoscope, puzzle et split -screen les visages et idées fortes du film. L’accroche insiste sur le point de vue et la vérité, devant émanés du chaos et de l’inconnu.

  Si cette affiche nous en évoque d’autres, c’est parce que le cinéma contemporain occidental offre un panorama visuel du recyclage relativement important, où la silhouette façon Men in Black du représentant de l’ordre, le découpage technique et le jeu sur le montage sont désormais de mise dans le genre techno-thriller post 11 Septembre. Si le concept global du design trouve probablement son origine dans les visuels légendaires du graphiste Saul Bass (1920-1996 ; voir par exemple ci-dessous l’affiche de L’homme au  bras d’or (O. Preminger - 1955)). On évoquera ici certains posters-teasers de la série des Matrix (A. et L. Wachowski - 1999 et 2003), l’affiche d’American gangster (R. Scott - 2007) ou encore, pour la seule année 2008, les visuels "jumeaux" de Cortex (N. Boukhrief - janvier 2008) et Jumper (D. Liman - février 2008) !

  

 


  












  Evolution certaine de la représentativité du sujet, le corps se fait désormais miroir des écrans, et la lumière n’est plus sur la star mais sur l’image qu’elle renvoie d’elle, en une transparence éphémère : qu’on en juge par la différence fondamentale qui peut exister entre le design de Snake eyes (B. De Palma - 1998) et celui d’Angles d’attaque, où l’acteur, même manipulé par l’iconicité envahissante de l’arrière plan, s’en distingue du moins par un jeu de couleurs chaudes renvoyant au titre. Dans Angles d’attaque, l’anonymat est partout, chaque regard se cherche et seul le mot « attaque » en rouge sang se distingue d’un ensemble qui a déjà perdu les couleurs patriotiques emblématiques du sujet (voir le drapeau américain de JFK d’O. Stone en 1991). Est-ce par conséquent un hasard si le gros plan sur l’œil occupe la case (unique) la plus importante ? L’affiche regarde un spectateur démultiplié (Requiem for a dream - D. Aronofsky - 2000), l’interroge et pose aussi la question… comme un reflet du futur écran contemplé.








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