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31 mars 2008 1 31 /03 /mars /2008 18:17

 

  J’ai toujours rêvé d’être un gangster de Samuel Benchetrit (sortie France le 26 Mars 2008) semble se nourrir d’office, dès sa phrase-titre, du fantasme enfantin des garçons d’être hors-la-loi ou voleur, sympathique et trouble mélange de Robin des Bois et d’Arsène Lupin ou alchimie idéalisée de Jesse James, d’Al Capone et de Jacques Mesrine… Selon les époques et les influences.

 Ce titre, c’est aussi une influence claire pour un film à la manière du cinéma de Martin Scorcèse (la phrase citée est le point de départ des Affranchis en 1990), de Francis Ford Coppola (pour la naissance de la violence dans un milieu populaire : Le Parrain (1972) et de Quentin Tarantino (pour les personnages décalés et les quatre histoires croisées : Reservoir Dogs (1992) ou Pulp Fiction (1994)).

 

  Difficile de passer à côté de l’affiche aux couleurs sépias : son aspect vintage, reflétant à la fois un univers Western (teintes, typographie du titre et revolver Colt) et la photographie documentaire des années 1890-1930, situe un monde teinté de violence et de déchéance, y compris et pour une fois non dans l’Homme mais chez la Femme et l’Enfant. Seins nus, le revolver passé à la ceinture, une femme masquée (Anna Mouglalis, voir plus loin) allaite son bébé dans une posture inspirée de la Vierge à l’Enfant. Entre image iconoclaste, publicité d’Oliviero Toscani pour United Colors of Benetton (voir ci dessous l’affiche Breastfeeding en Septembre 1989) et illustration pour une pochette de disque rock, l’affiche fait mouche en ce qu’elle illustre le thème du long-métrage et non l’un de ses moments (le visuel de l’affiche n’ayant aucune place au sein… du film).

  

 
   Le fait passe inaperçu (et pour cause) mais demeure rarissime : seuls le titre et les noms des acteurs sont présents sur l’affiche, dénuée par conséquent de tout pavé de responsabilité, logos ou partenaires. C’est affirmer par là l’identité et la construction quasi indépendante du film pour son réalisateur, en dépit d’un cofinancement entre trois producteurs (Fidélité films, Wild Bunch et Canal Plus).

  La question mérite d’être posée : l’affiche est-elle anarchiste, provocante ou sexiste, à l’heure où s’ouvre un débat national sur la représentation de la femme dans la publicité ? Anna Mouglalis, égérie de Channel (ici photographiée (par son mari, Samuel Benchetrit) en tant que mère allaitant son propre enfant), répond par la défensive : il s’agirait plutôt d’humanisme, de vulnérabilité, de pudeur, de valeur narrative et émotionnelle. L’affiche n’est certainement pas choquante ni à proprement parler moralement dérangeante (son affichage est du reste toléré) ; ce qui l’est plus, c’est l’inspiration reprise à la controversée affiche de théâtre du graphiste néerlandais Anton Beeke (« Sa vie, sa mort », datant de 1997, et montrant déjà un revolver et un bébé sur un même corps féminin), design encore récemment plagié - de manière indirecte - par Vanessa Beecroft et Louis Vuitton en 2006 (exposition Alphabet Concept).

 La vie, la mort, le rêve et l’image : des thèmes éternels du Cinéma, pour une fois affichés de manière franche dans un monde contemporain aseptisé mais paradoxalement toujours plus sujet à l’émotivité. Là où la violence fait débat, le film démonte la brutalité par la nudité et réaffirme la folle humanité : « J’ai ».

 

 

 

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commentaires

sandyart08 03/06/2010 11:39


Bonjour, j'ai complètement craqué pour cette affiche, savez vous où je pourrais me la procurer à un prix correct. Merci. Percutantes les analyses


philtomb 03/04/2008 19:05

Etrange car de mon côté tout est parfaitement lisible : est-ce uniquement sur cette page dans votre cas ?

Je modifie néanmoins en conséquence...

lili 03/04/2008 13:19

On ne lit rien... noir sur noir...dommage!

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  • : Décryptage d'affiche de films
  • : Les affiches de films sont des papillons de la nuit du Cinéma : multicolores, éphémères et éternelles à la fois... Invitation, trace, mémoire d'un film ou d'un genre, l'affiche en tant qu'oeuvre visuelle ne saurait être démentie, mais comment la déchiffrer, qu'en saisir et que nous dit-elle finalement, à nous, spectateurs ?
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