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27 avril 2008 7 27 /04 /avril /2008 11:00

Synopsis : En 1803, sur les côtes des Cornouailles, Le Kid, un gamin de quinze ans, s'échappe de l'orphelinat où il vivait comme un bagnard. Il ignore son vrai nom et a pour seule richesse la carte d'une île au trésor tombée du livre de Black Mor, un célèbre pirate auquel il souhaiterait ressembler.

  Avec deux pillards d'épaves, Mac Gregor et La Ficelle, Le Kid s'empare du bateau des garde-côtes et se lance à la recherche de la fameuse île à l'autre bout de l'Océan Atlantique. Mais rien ne se passe comme dans les livres de pirates...

  En quête de son identité, Le Kid est plus fragile qu'on ne le croit, et bien des aventures l'attendent avant d'arriver à l'Ile de Black Mor...

 


 

 L’Ile de Black Mor (Jean François Laguionie - 2004) est loin du film d’animation conventionnel : si l’aventure est annoncée de manière traditionnelle, avec tous ses archétypes liés au genre dont elle parait issue, le « film de pirates » lui laissera au final un univers beaucoup plus vaste, entre rêves d’enfance, découverte de l’autre, roman d’apprentissage et couleurs pastel déposées par une double marée de cases de bandes dessinées et de toiles marines de l’Ecole de Pont Aven.

 

  Beaucoup de subtilités et une véritable lecture à plusieurs degrés se distinguent dès l’affiche. Le spectateur y cherchera à l’évidence et de prime abord les références littéraires et cinématographiques maritimes, à commencer par un logo-titre à moitié anglo-saxon et énigmatique jouant sur les consonances (entre mor, la mer en gaélique, et mort), qui en appelle aussi bien à L’ile au trésor (R.L. Stevenson - 1881) qu’à l’Ile Mystérieuse (Jules Verne - 1874) ou encore à L’ile Noire d’Hergé (1938) au titre justement explicite. La forme de l’ile évoquée est, elle aussi, relativement parlante dans l’inconscient collectif : à la fois monde-continent perdu (A. Conan Doyle - 1912), montagne biblique ou mythique (voir le logo des studios Paramount Pictures, repris en ouverture des différents Indiana Jones) et Tour de Babel. On remarquera le côté sombre et volcanique de l’ile, en parallèle aux teintes rougeâtres d’un titre qui cherche à rester dans la tonalité « aventure ». Deux oiseaux et le nom du réalisateur font discrètement pencher la balance sur le versant positif (droit) des lieux qui sera donc bien perçu comme l’enjeu et l’endroit-clé de la résolution finale…


   




  
 Au jeu de la comparaison entre les personnages illustrés (le jeune héros surnommé Le Kid, et le fameux Black Mor, « statue du commandeur » à la silhouette assez proche du véritable Barbe Noire à la barbe tressée et sur le pavillon noir duquel figurait déjà un cœur rouge) et d’autres affiches de films de pirates, on évoquera ici celles de classiques hollywoodiens comme L’aigle des mers (M. curtiz - 1940) ou le Corsaire rouge (R. Siodmark - 1952), notamment pour la position du héros dans les cordages (et à la grande différence qu’il est ici totalement désarmé, ce qu’annonce par ailleurs le cœur rouge du Jolly Roger…). On rapprochera également cette affiche de designs plus récents comme le visuel du pirate Davy Jones pour le 3ème volet des Pirates des Caraibes en 2007 (G. Verbinski) ou ceux des affiches de Pirates (R. Polanski - 1986) et de l’Ile aux pirates (R. Harlin - 1996) pour illustrer à la fois le grand écart stylistique voulu par Laguionie vis-à-vis du film conventionnel, et cette mémoire collective qui réinvente cinématographiquement un genre semi-légendaire

 

 






  Des romans de Joseph Conrad (Lord Jim - 1900)  à ceux de Stevenson en passant par les aventures de Corto Maltese (H. Pratt, dès 1967), enfin, la mer et le destin sont souvent les véritables moteurs du récit : « cachées » derrière un titre volontairement opaque (littéralement « l’ile de le mer noire »), les couleurs d’ambiance et teintes pastel donnent une approche « ligne claire » à l’affiche, et l’on verra à ce titre la comparaison flagrante entre les teintes prédominantes de l’affiche et celles de la couverture de l’Ile Noire d’Hergé. Références au 9ème Art franco-belge du reste contenues d’office dans la mention du producteur (Dargaud-Marina).

 



  
L’ile de Black Mor est un film qui prend le cap pour mieux s’en écarter et déboussoler le spectateur en quête de trésor par trop matériel : un récit initiatique et d’apprentissage par petites touches d'aquarelle, annoncé par une affiche finalement éthérée et elle-même faussement conventionnelle…

 

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  • : Les affiches de films sont des papillons de la nuit du Cinéma : multicolores, éphémères et éternelles à la fois... Invitation, trace, mémoire d'un film ou d'un genre, l'affiche en tant qu'oeuvre visuelle ne saurait être démentie, mais comment la déchiffrer, qu'en saisir et que nous dit-elle finalement, à nous, spectateurs ?
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