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2 mai 2008 5 02 /05 /mai /2008 18:51

Synopsis : Dans le Mississippi profond, pendant la Grande Dépression. Trois prisonniers enchainés s'évadent du bagne : Ulysses Everett McGill, le gentil et simple Delmar et l'éternel râleur Pete. Ils tentent l'aventure de leur vie pour retrouver leur liberté et leur maison. N'ayant rien à perdre et unis par leurs chaînes, ils entreprennent un voyage semé d'embuches et riche en personnages hauts en couleur. Mais ils devront redoubler d'inventivité pour échapper au mystérieux et rusé shérif Cooley, lancé à leur poursuite...

 

 


 
Comédie atypique des Frères Coen parue en 2000, O’Brother, where art thou ? (
http://www.bacfilms.com/site/obrother/) se base à la fois sur l’Odyssée d’Homère et sur une nouvelle (Douze jobs pénibles) écrite par Howard Waldrop en 1989, qui resitue les 12 travaux d’Hercule en Juillet 1937 dans le Mississippi… La première chose qui interroge dès l’affiche, c’est un titre à la limite de l’incompréhensible : tout juste le spectateur lambda peut-il en saisir une volonté satirique en rapport avec l’accent prononcé du Vieux Sud profond et cajun… Pour les Frères Coen, il s’agit essentiellement d’une fine allusion au film Sullivan’s Travels, comédie satirique de Preston Sturges (1941) dans laquelle un réalisateur, lassé des comédies, décide de créer (en vain…) un sombre film dramatique aux forts enjeux sociaux consacré à la misère, intitulé O’brother Where Art Thou. Il finira par changer d’avis, et revenir à un style plus léger et plus personnel.

  
 La première pré-affiche américaine inscrit partiellement une double lecture du film : le genre policier/film de gangsters /film de bagne (chain gang movie en VO) est faussé par l’allure caricaturale des 3 prisonniers vus de dos, évoquant d’office plus Les Pieds Nickelés que des classiques comme Luke la main froide (S. Rosenberg - 1967), Papillon (F. J. Schaffner - 1973), l’Evadé d’Alcatraz (D. Siegel - 1979) ou Les évadés (F. Darabont - 1994). Si une chaine relie les trois hommes, elle semble d’office réellement plus les entraver en tant qu’êtres humains que constituer un lien de fraternité (contrainte ?) entre eux. La verticalité de la lecture de l’affiche s’oppose à une horizontalité graphique immédiate (les rayures des costumes, la ligne d’horizon), et un décalage ironique est induit entre la présence de 4 noms en tête d’affiche et celle de 3 acteurs uniquement dans sa partie inférieure. L’accroche They have a plan, but not a clue (Ils ont un plan mais pas de repère) introduit  discrètement l’idée d’Odyssée derrière celles de perdition, de dérive loufoque et finalement de Road movie comme genre américain représentatif. L’époque de la Grande Dépression est référencée par les tons sépia donnés à l’affiche, qui la rapproche stylistiquement par exemple du visuel d’Honkytonk Man (C. Eastwood - 1982), dont la trame se déroule à la même période. Le rapprochement avec Les raisins de la colère (J. Ford - 1940) achève cette vision à la fois composite et « carte postale » de l’Amérique des années ’30.

 





  La seconde pré-affiche américaine modifie le point de vue en présentant les trois « trognes » hallucinées des protagonistes, préservant le décalage de par leur fuite éperdue et inutile à travers un champs-océan infini, répondant donc directement à l’accroche (perte des repères). L’ancrage dans l’Amérique profonde est inhérent au paysage représenté, éloigné à l’extrême de toute verticalité urbaine.




  
L’affiche française garde l’esprit décalé da la campagne américaine dans un visuel cependant plus consensuel où les acteurs sont vus de face en pleine action (enchainés et en costume de détenus, en fuite à travers les champs) et en pieds. Le titre est raccourci au profit d’une compréhension plus immédiate de l’accent noir du Vieux Sud (Deep South), qui situe assez rapidement chez le spectateur  (par analogie et mémoire visuelle, sinon par connaissances…) la localisation géographique et la période historique (début du 20ème siècle) propres au film. On remarquera l’accroche gigantesque (Une comédie irrésistible) face à un titre qui se contente de réintroduire les couleurs jaunes et noires, emblématique du prisonnier de bande dessinée (Les cousins Dalton en tête). La mention de la sélection officielle cannoise vaut bien sur celle d’une critique élogieuse aux yeux des cinéphiles. L’accroche (et en particulier le mot « irrésistible ») traduit le non-sens ironique du film : sourire béat sur le visage d’un George Clooney à contre-emploi, proche de l’antihéros, mais dont l’optimisme forcené dans la fuite provoque le rire et la moquerie. Ce qui est irrésistible, dans l’Odyssée comme au Cinéma, c’est le road movie interne de personnages pourtant empêtrés dans leurs propres contradictions : le film des Frères Coen avance du moins autour de 3 caractères aux apparences insouciantes et bucoliques, et en réalité pourchassés et fuyant un contexte économique et social alors dramatique, dont  il est tout aussi impossible de sortir qu’Ulysse dans la Méditerranée selon Homère (sur l’affiche, nos évadés fuient du reste du côté gauche,  symboliquement négatif et « bouché »). Ce qui apparait donc irrésistible de prime abord, c’est la chute finale des personnages, voir le drame surgissant de leur candeur roublarde,  à travers une comédie de genre annoncée en lettres (d’humour) noires !

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