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2 mai 2008 5 02 /05 /mai /2008 21:59

En lançant le personnage d’Indiana Jones sur les écrans en 1981, George Lucas et Steven Spielberg voulaient essentiellement rendre un vibrant hommage au genre serial, alors tombé en désuétude.

 Caractérisé par un univers récurrent et feuilletonesque (parfois en plus de 15 films successifs à petits budgets) lié à l’Aventure, au Western, au Fantastique ou à la Science-fiction, le genre, extrêmement populaire des années 1910 jusqu’aux années 1940, sature le public des exploits rocambolesques de Zorro, Tarzan, Dick Tracy, Flash Gordon, et tient en haleine d’un film au suivant grâce au principe du cliffhanger, rebondissement empli de suspense et de dernière minute.


 

Les Aventuriers de l’Arche Perdue
ouvre en 1981 une redéfinition durable du film d’aventure type : inspiré des comics (notamment Jim la Jungle, dessiné par Alex Raymond), des aventures de Tintin et de Zorro (auquel Indiana Jones reprend le fouet), et des situations caractéristiques du genre (idoles sacrées, jungle hostile, animaux dangereux, ennemis en surnombre, temples truffés de pièges et femmes fatales), ce premier opus  est également une relecture du paysage cinématographique d’aventure lié aux propres imaginaires de ses concepteurs : par conséquent, Lucas et Spielberg ne cachent pas d’avoir été influencés par les classiques de Fritz Lang, John Ford, John Huston, Howard Hawks et David Lean. Ils ne cherchent  pas non plus à camoufler une filiation évidente entre Indiana Jones et le personnage de James Bond, la relation de l’un à l’autre étant reprise en clin d’œil dans Indiana Jones et la Dernière Croisade en 1989.

Concernant l’affichage publicitaire, le premier artiste « officiel » de la saga fut Richard Amsel (1947-1985) : ce designer originaire de Philadelphie eut une carrière remarquable en raison de son perfectionnisme graphique, couvrant tous les styles (affiches de Chinatown, Papillon, Dark Crystal, Mad Max et le dôme du tonnerre, Le diamant du Nil,…) et fut rendu célèbre par ses portraits d’artistes en couverture de magazine TV dans les années 1970. Pour les Aventuriers de l’Arche Perdue, Amsel conçoit en 1981 une première mouture très travaillée de l’affiche (http://www.adammcdaniel.com/AmselArt/Amsel_Raiders1_Unedited.jpg), où le logo-titre Indiana Jones vient parfaitement compléter les teintes ocre et terreuses références du style serial. Suite au phénoménal succès du film, il livre en 1982 une deuxième version de l’affiche, plus chargée et plus dynamique, avec un héros au fouet dont la posture deviendra à son tour la nouvelle icône emblématique du genre (http://www.adammcdaniel.com/AmselArt/Amsel_RAIDERS_rereleaseA.jpg).




  On constatera la modification de l’accroche (« Le retour de la grande aventure ») qui ne mentionne plus la filiation avec les concepteurs des Dents de la mer et de la Guerre des Etoiles.





 Curieusement, la production entama pour l’Europe un travail publicitaire différent, avec le graphiste anglais Brian Bysouth : Indy y apparait sans ses désormais célèbres veste en cuir et chapeau fedora, dans une composition moins lisible bien que plus lumineuse, mais ne comportant pas le célébrissime logo-titre. Enfin, en 1991 (pour l’anniversaire des 10 ans de la sortie du film), Drew Struzan livre une variante de l’affiche, qui sera employée en Italie, Belgique, Japon et Thaïlande.








  Dès ce premier opus, le cinéphile peut repérer grâce aux affiches les influences visuelles : La Chevauchée Fantastique (J. Ford - 1939) offre directement à Spielberg et Amsel l’inspiration du logo-titre, tandis que la version 1952 de l’affiche du Trésor de la Sierra Madre (J. Huston - 1948) et celle du Secret des Incas (J. Hopper - 1954) leurs donnent le modèle de l’identité stylistique du héros. D’autres œuvres (notamment Gunga Din (G. Stevens - 1939), Casablanca (M. Curtiz - 1943), Les mines du Roi Salomon (C. Bennett et A. Marton -1950) et Lawrence d’Arabie (D. Lean - 1962) complétèrent cette approche fleuve, en un vaste recyclage ultime d’une mythologie des débuts du cinéma d’aventure.








  Pour la sortie d’Indiana Jones et le Temple Maudit en 1984, et après un premier design signé de l'artiste Bruce Wolf,  G. Lucas et S. Spielberg font appel indirectement à l’illustrateur Drew Struzan, qui avait déjà réalisé une version internationale de l’affiche des Aventuriers de l’arche perdue, ainsi qu’un personnage relativement proche sur l’affiche du parodique The Black Bird (D. Giler - 1975). Richard Amsel, malade, meurt du Sida en 1985, au moment même où est entamée la campagne promotionnelle du nouvel opus : ses travaux restent toutefois la référence pour Struzan, qui s’en rapproche avec plusieurs designs successifs, effectués dans l’urgence pour l’affiche américaine et certaines campagnes internationales.

En France, la campagne est confiée par Lucasfilm L.T.D. à l’affichiste Michel Jouin, qui avait décrochée en 1983 un contrat pour Le retour du Jedi de Georges Lucas (il illustrera par la suite le Mystère de la Grande Pyramide, Silverado, Jean de Florette et Manon des Sources, Cinéma Paradiso (César de la meilleure affiche en 1990) ou encore la version des Misérables de Claude Lelouch). Celui-ci réalise un splendide artwork à l’acrylique, n’ayant rien à envier à l’affiche américaine de Struzan.











 En 1989, Struzan illustre de nouveau la campagne officielle nationale et internationale d’Indiana Jones et la Dernière Croisade, avec, pour la première fois dans la saga, une affiche teaser dont l’accroche seule annonce le personnage du père joué par Sean Connery. Le visuel final, mélange de portraits ultra-réalistes et d’un concentré de toutes les scènes d’action du film, est assez remarquable et dans la lignée de l’affiche des Aventuriers. A noter que Struzan en livrera une variante méconnue dans une publicité pour Pepsi dès 1989. Struzan illustre ensuite de nombreuses couvertures de romans issus de l’univers Indiana Jones, et inspire celles des jeux vidéo PC et consoles du début des années 1990 et 2000 (notamment Fate of Atlantis, en 1992, dont l’illustration est signée de William L. Leaken, puis The infernal Machine en 1999 et The Emperor’s Tomb en 2003, dessinées de nouveau par Struzan). Il sera également mis à contribution pour l’affiche accompagnant l’attraction Indiana Jones de Disneyland (Temple of the forbidden eye), lancée en 1995, et dont la rareté va de paire avec l’emploi de la couleur verte de la jungle, couleur curieusement absente des précédents visuels.


















 En 2007, enfin, après vingt ans d’absence et de longues tergiversations autour du scénario, un quatrième opus est mis en chantier : le titre (Indiana Jones et le Royaume du Crâne de Cristal - sortie programmée le 21 Mai 2008) n’en sera révélé que fin 2007, tandis que la sublime pré-affiche signée à nouveau de l’irremplaçable Drew Struzan (associé aux studios BLT & Associates) est dévoilée le 11 Décembre. Le mystérieux crâne de cristal en est bien sur le sujet central, derrière un héros en pied qui évoque un précédent design de l’artiste Bruce Wolf sur le Temple Maudit. L’affiche finale internationale fait son apparition le 10 Mars 2008, et suit la ligne artistique des précédents opus (notamment du design de la Dernière Croisade), avec une galerie de visages et de dangers potentiels détourés par un décor de temple perdu (inca cette fois ci).




 Dès la pré-affiche, on aura également constaté la modernisation du célèbre logo titre, modifié légèrement une dernière fois sur l’affiche finalisée pour se rapprocher des anciens logos. Tout juste peut-on reprocher à cette dernière affiche d’être moins dynamique que les précédentes, et sans doute visuellement un peu surchargée, en dépit de l’absence totale d’une quelconque accroche...  Entre l'affiche teaser et l'affiche internationale, on constatera l'accentuation d'un héros plus assagi, aux traits du visage éternels, et finalement plus dans l'expectative que dans l'action : cette temporalité - sur laquelle les scénarii des films sont d'ailleurs assis à différents degrés (Histoire, recherche de la vie éternelle, allers et retours dans le temps et dans certains passages clés de la vie d'Indiana Jones) - semble être encore plus accentuée sur les nouveaux visuels. Mélange des époques (années 1950, époque Maya/Inca et personnages  issu du serial des années 1920-1930), artefects divers référents (le serpent, le temple, la pyramide, les ossements et le crâne) et étrange rapport au titre puisque si le morbide crâne (de cristal...) de l'affiche teaser correpond au décor de catacombes environnants (pour un monde semi infernal et semi extra-terrestre, le crâne n'ayant dans les deux cas rien d'humain), celui de l'affiche internationale dénote dans l'iconicité générale, bien que semblant agir comme un objet maléfique incontrôlable.

 Les fans auront dès Juin 2007 également suivis via internet la création de deux mystérieux sites en rapport avec une premier visuel, référent de la fin des Aventuriers de l'Arche Perdue (le numéro inscrit sur la caisse étant à un chiffre près celui de celle où se retrouve enfermé l'artéfact dans la scène finale du premier opus : voir http://www.9906753.com/ ainsi que l'explication (en anglais) présente sur le site TheRaider.net : http://www.theraider.net/news/fullstory_indy4.php?id=289).






L’Aventure a un nom, et les héros sont décidemment éternels.

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Published by Philtomb - dans Décrypt'affiche
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