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5 mai 2008 1 05 /05 /mai /2008 18:07

  Synopsis : Phil Connors, journaliste à la télévision et responsable de la météo part faire son reportage annuel dans la bourgade de Punxsutawney où l'on fête le "Groundhog Day" : le "Jour de la marmotte". Dans l'impossibilité de rentrer chez lui à Pittsburgh pour cause d'intempéries, il se voit forcé de passer une nuit de plus dans cette ville perdue. Réveillé très tôt le lendemain, il constate que tout se produit exactement comme la veille et réalise qu'il est condamné à revivre indéfiniment la même journée, celle du 2 février...

 
  Un jour sans fin
(Harold Ramis - 1993) se livre à priori aux spectateurs comme une banale comédie recyclant le thème très littéraire puis très cinématographique du voyage dans le temps ; on n’imagine guère, d’ailleurs - et assez curieusement - de côté sombre ou pessimiste à une histoire (…sans fin ; voir le film homonyme de W. Petersen en 1984) posée cependant d’office à la fois comme un conte, un récit merveilleux (voir la déformation temporelle dans Alice au pays des Merveilles) et une histoire fantastique contemporaine, avec toute la cruauté que peuvent revêtir chacune de ses formes initiatiques auprès des enfants notamment.

  
  Le paradoxe de la répétition du temps est sensiblement différent de celui qui consiste (en théorie) à pouvoir (ou non) changer le passé : les deux thèmes ont donné lieu à une myriade d’œuvres et de films, à commencer bien sur par les nombreuses variations autour de la Machine à explorer le temps de H.G. Wells (1895). On citera ici (comme références antérieures à Un Jour sans fin) La Jetée (C. Marker - 1962), La Planète des singes (F. J. Schaffner - 1968), Bandits, Bandits (T. Gilliam - 1981), Terminator (J. Cameron - 1984), Peggy Sue s’est mariée (F. F. Coppola - 1986) et bien sur la trilogie des Retour vers le futur (R. Zemeckis - 1985-1990). Viendront par la suite et entre autres Les Visiteurs 1 et 2 (J.M. Poiré - 1993 et 2001), l’Armée des 12 singes (T. Gilliam - 1995 ; inspiré de La Jetée), Minority Report (S. Spielberg - 2002), Prisonniers du temps (R. Donner - 2003) ou Déjà vu (T. Scott - 2006)… On notera également les séries TV Au cœur du temps, Code Quantum, Sliders et Demain à la une.

 
 
  L’affiche promotionnelle américaine
d’un Jour sans fin se distingue tout d’abord par son titre originel (The Groundhog Day) qui exclu donc toute référence immédiate à un thème fantastique ou science fictionnel que seul le visuel amène, via le personnage incarné par Bill Murray (le journaliste Phil Connors) prisonnier d’un énorme réveil-matin. Cette « prison » ne semble pas l’effrayer, bien que le tenant éloigné de sa « fiancée » Rita (jouée par Andy MacDowell), tout autant que la poursuite du Lapin Blanc (et de son réveil…) tient éloignée Alice du monde réel (jusqu’à son réveil…) dans l’histoire de Lewis Caroll (1865). Le design insiste sur le ton de comédie  du film, grâce aux légers sourires complices des deux acteurs, aux teintes pastel, au lever/coucher de soleil et à un décor baignant dans la sérénité (le 2 février marque la fin de l’Hiver). L’accroche ironique (Il est en train de passer le jour de sa vie, encore et encore…) explique brièvement le thème et l’intrigue et raccorde finalement la présence du mot « jour » dans le titre au soleil (levant et couchant) et au réveil-piège. Si le jeu sur la temporalité est instauré comme véritable moteur du film, on imagine également qu’un décompte (des minutes, heures, jours) va être engagé, dans une répétition (de la scène amoureuse parfaite et ultime ?) où le dépassement astucieux de l’individu sera l’unique chemin de la résolution pour triompher du temps. Faire mieux et plus vite, soit l’une des clefs de la réussite à l’américaine, contexte sociétal dans lequel la comédie contemporaine s’ancre volontiers, tel un conte moderne diffusé à outrance par les différents médias (rappelons que le personnage central est journaliste et vient faire un reportage bien « réel » dans un lieu également existant : voir
http://fr.wikipedia.org/wiki/Jour_de_la_marmotte). Nous serons donc, au bout d’un temps et par rapport à ce monde du vrai-faux semblant, avec toute la satire et l’ironie grinçante que cela implique, de « l’autre côté du miroir »…

  

 L’affiche française insiste de son côté sur la fantaisie, le montage et sans doute l’ellipse comme vecteurs du récit autour du dérèglement du temps (et du climat) : le réveil-piège s’est transmué en montre-gousset/chronomètre, et la temporalité est montrée comme démultipliée par le biais d’un arrière-plan flou constitué de pendules. L’accroche est beaucoup plus explicative et répète volontairement 3 fois le mot « jour » ainsi que l’expression-clé « prisonniers du Temps ». Il y a dès l’affiche dans un Jour sans fin à la fois un vertige burlesque référent d’Harold Lloyd (Monte là-dessus ! en 1923 avec sa fameuse scène de l’horloge : voir photo ci-dessous) et cette conception mécaniste du temps, illustrée notamment et toujours dans la veine burlesque par les Temps Modernes de Chaplin (1936, où une énorme pendule rythme les cadences infernales du travail à la chaine). L’accroche française effectue un jeu de mots sur le « temps » et sur le « jour » : synonyme du « durée » mais aussi de « climat » (au jour du passage de l’Hiver au Printemps, et au sein d’une tempête de neige), de « moment », de « période » ou « d’époque » ; « le plus beau jour » de l’accroche est en ce sens le moment idéalisé de la jeunesse et des amours, et donc bien symboliquement  le Printemps.

 

  La vision du temps au sein du (futur) couple perceptible est également re-mise en jeu sur le ton de la comédie légère : on pourrait à ce titre comparer la représentation publicitaire traditionnelle du duo homme/femme dans la comédie sentimentale américaine (voir l’affiche de Pretty Woman (G. Marshall - 1990)) avec celle d’un Jour sans fin, où l’élément perturbateur (le temps) remplace accessoirement l’animal, l’enfant, la vie de famille ou un danger annexe. Cette immixtion dans la vie du couple se fait donc via l’objet représentant la vitesse (la montre-gousset du Lapin Blanc ou le "chronomètre" de la vie affairée des cols blancs américains) et non plus par un objet symbolique de la répétition inhérente à la vie quotidienne (le réveil matin mécanique) : accélération et ralentissement du temps se croisent donc sur les deux variantes de l’affiche, tout comme le personnage d’Andy MacDowell change de position, puisque de femme désirée et attendue in fine (dans une évolution du récit qui la situe logiquement à droite de l’affiche, elle-même en position d’attente amusée), elle devient à la fois source d’une motivation et but explicatif de l’accroche du point de vue du héros : le « plus beau Jour de sa vie », c’est Elle !
   D’où encore, un Temps capital inscrit en lettres majuscules, associé aux mots « Beau » et « Vie » comme signes optimistes : le film est intrinsèquement un récit d’apprentissage, une expérience de vie, un « bon moment » passé sur une durée que nous espérons voir reconduire dans ce rêve de spectateur où ce dernier se glisse lui aussi, de l’autre côté du miroir, et dans la peau des personnages.

 

 

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