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7 mai 2008 3 07 /05 /mai /2008 13:11

  Synopsis : Janvier 1944. Julien (11 ans) et son grand frère François regagnent leur collège des Carmes à Provins après les vacances de Noël. Un nouveau, Jean Bonnet, est introduit dans la classe et se fait un peu rejeter par le groupe, l'orgueil de Julien étant en particulier exacerbé par les brillants résultats scolaires du nouvel élève….

  Les deux garçons, que rapproche un égal amour de la lecture, se trouvent un soir isolés lors d’un grand jeu de piste se déroulant dans la forêt bien après l’heure du couvre-feu. Ils sont ramenés au collège par une patrouille allemande. Dès lors ils se sentent plus proches, mais Julien cherche à percer le mystère de la différence de Bonnet…

 

 


 
 En réalisant Au revoir les enfants en 1987,  Louis Malle cherchait à rendre hommage et justice à cette partie troublée de sa propre enfance, quarante-trois ans après le moment traumatisant qui l’avait rendu témoin, dans le collège où il était pensionnaire, de la rafle par la Gestapo des trois enfants Juifs et du prêtre qui les cachait. On admirera ainsi le paru d’un cinéaste, qui, à l’instar de Roman Polanski sur le Pianiste (2003), réussit à transcender l’argument de base de l’illustration nostalgique, au profit d’une vraie leçon de cinéma, en déformant la stricte réalité historique à des fins dramatiques et thématiques supérieures artistiquement parlant.

 Un détail important, outre la vision d’un monde psychologiquement et physiquement, injuste, inégal, complexe et arbitraire, est cette volonté de traduire à l’image, en accord avec le chef-opérateur Rénato  Berta, un film « en couleurs mais sans couleurs » : n’émergent d’une grisaille de temps de guerre, rappelant les tons sépia donnés à sa Liste de Schindler par Steven Spielberg (1993), que le bleu foncé et le marron, qui renforcent d’autant l’aspect foncièrement policier et militaire de la période.

 

 


  Ce décor en demi-teintes, annexé aux graves visages diaphanes des adolescents, impose une atmosphère incontournable dès l’affiche : drame historique dans tous les sens du terme, où le monde, subitement divisé aux yeux des adolescents en deux camps opposés (noir et blanc) reflète par leur mise dans la lumière leurs propres peur et anxiété. La photo choisie est extraite du moment clé du retour de la forêt, lorsque, escorté par deux soldats allemands, Julien comprend que son ami est Juif. Sur cette scène d’une grande émotivité, le titre inscrit en blanc sur fond noir pèse telle une épée de Damoclès et un sombre euphémisme : si cet « au revoir » sonne à l’évidence comme un « adieu » tristement annonciateur, la graphie (choisie dans une police non-référente de ce climat) du titre incite toutefois le spectateur-lecteur à y voir autre chose, à savoir le plus optimiste « revoir les enfants » (le mot revoir étant positionné entre les lettres l et f). Ces trois mots sont mis en reflet avec la mention quasi autobiographique « un film de Louis Malle » : le cinéaste témoigne, revisite l’Histoire et sa propre histoire, et re-voit littéralement ces enfants disparus. On n’exclura pas la dimension religieuse contenue dans les paroles prononcées par le Père Jean : « au revoir les enfants », c’est aussi selon lui la promesse d’une rencontre prochaine au Paradis après l’épreuve suprême de la mort, à court ou long terme (voir l’affiche et le titre voulu par Roberto Benigni pour La Vie est belle en 1997).

 

 
   
Le film comme l’affiche forment un tout intime, marqué par le choix du gros plan, placé entre réconfort et menace (dans la logique dramatique, le couple initial ne peut qu’être rendu divisé), que ne viennent perturber ni les noms des acteurs, ni les classiques mentions de responsabilité, ni une accroche inexistante, ni même le logo des studios de production. Car en portant le regard sur la tragédie et en mettant un visage d’enfant sur la responsabilité collective inhérente à cette partie de l’Histoire Contemporaine, Louis Malle nous la rend accessible, intime et, à vrai dire, d’autant plus insoutenable.

 

«  Il était différent, secret. J’ai commencé à le connaitre, à l’aimer, quand, un matin, notre petit monde s’est écroulé. » (Louis Malle - Extrait du dossier de presse).

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