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15 mai 2008 4 15 /05 /mai /2008 18:18

  Comme l’auront remarqué certains critiques et exégètes, l’affiche du 61ème festival de Cannes est en soit une curiosité ! Création de l’affichiste Pierre Collier (concepteur depuis 1986 de 500 affiches dont Mystery Train (J. Jarmusch), La Belle Noiseuse (J. Rivette), Raining Stones (K. Loach), La Vie Rêvée des anges (E. Zonca, ou encore Persepolis (M. Satrapi et V. Paronnaud), le visuel est inspiré par une photo du réalisateur David Lynch (issue de la « sensuelle » exposition Fetish, mettant en valeur les créations du chausseur Christian Louboutin en Mars 2007). L’affiche, dévoilée le 20 Avril 2008, joue sur la sobriété et le mystère glamour lié au visage-type de la blonde « femme fatale » de cinéma, aux yeux masqués par un bandeau qui évoque celui apposé par la Censure officielle…

 

  Si la femme fatale (symbolique plastique de Marylin Monroe), le genre film noir, la dualité lumière/obscurité et le jeu sur la perception visuelle sont  à vrai dire naturelles du 7ème Art, et ont déjà été des éléments soulignés sur de précédents designs cannois (voir par exemple sur cette page
http://www.festival-cannes.fr/fr/archives/2008/posters.html les affiches des éditions 1980 (création de Michel Landi), 1992 (photo de Don English) et 2006 (création de Gabriel Guedj d’après une photographie de plateau issue du tournage de In the Mood for Love (W. Kar-Wei)), il n’y a bien sur jamais été question ni de censure ni même de regard dévié d’une image de cinéma évidemment honorée, sanctifiée et mythifiée, et ceci quel que soit le contenu du film.

  

  On pourra donc remarquer une certaine ironie entre cette affiche et la thématique inhérente au film d’ouverture (Blindness de F. Meirelles) où le réalisateur nous montre tout un pays subitement frappé de cécité : les lettres employées pour le titrage du design (imaginé par les studios Concept Arts) évoquent celles, traditionnelles chez un opticien, du test optométrique (acuité visuelle) de l’échelle de Ferdinand Monoyer (le panneau contenant même le double acrostiche inversé du prénom et nom de son concepteur ophtalmologiste !). On regardera aussi à deux fois une accroche dont certains mots (Fall, Sion, Change) mis en valeur évoquent assez clairement l’Apocalypse ou le changement des temps dans une perspective religieuse juive et biblique, et ceci au-delà de toute perspective antisémite « simpliste ».

  

  L’aveuglement et le non-vu, c’est également une inversion du champ critique professionnel (on peut parler en connaissance de cause de ce qu’on a vu…) et la mise en valeur consécutive de la primordialité de ce sens : qu’importent la valeur plastique et la beauté formelle de l’être (la forme, « femme parfaite », est ainsi réduite au néant sur l’affiche, en en noir profond), si le fond n’est pas perceptible. L’histoire de l’affiche symbolise donc à la fois l’histoire du Festival de Cannes et celle due par chaque film : on remarquera sur l’affiche les lettres A en rouge, ce A (Aleph ou Alpha) symbole de primeur et d’admissibilité, sinon de possession (« a » pour « avoir » ; la Palme d’or cannoise étant toujours présente sur les affiches), symbole aussi (avec l’Oméga) de commencement et de fin, de vie et d’éternité, tous repères très cinématographiques. On ne négligera pas, enfin, de distinguer dans ce design décidemment riche de sens caché, un triple AAA assez significatif : c’est en effet le sigle des Artistes Auteurs Associés mais également celui, assez révélateur, du slogan contestataire Against All Authority. 60 ans après Mai 1968, et avec le virulent Sean Penn à sa tête, la sélection cannoise s'annonce donc (bien ?) engagée et non politiquement correcte.

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Published by Philtomb - dans News
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  • : Les affiches de films sont des papillons de la nuit du Cinéma : multicolores, éphémères et éternelles à la fois... Invitation, trace, mémoire d'un film ou d'un genre, l'affiche en tant qu'oeuvre visuelle ne saurait être démentie, mais comment la déchiffrer, qu'en saisir et que nous dit-elle finalement, à nous, spectateurs ?
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