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22 mai 2008 4 22 /05 /mai /2008 18:47

Synopsis : À New York, le publicitaire Roger Thornhill, pris par hasard pour un certain George Kaplan, est kidnappé. Il s'échappe puis tente de prouver son innocence. Chaque tentative l'identifie un peu plus au dénommé George Kaplan au point d'être accusé d'un meurtre perpétré aux Nations Unies. Il tombe amoureux de la belle Eve Kendall, agent de la CIA, qui traque l'espion Vandamm, pour qui a été imaginé le leurre qu'est Kaplan. Pour les beaux yeux d'Eva, Thornhill entre dans le jeu…

 

 

  Film hitchcockien emblématique et culminant de sa carrière américaine, la Mort aux trousses (North by Northwest - 1959 ; le titre anglais provient d’une citation d’Hamlet portant sur la folie directive des êtres) est certainement précurseur d’un ton et d’un style ensuite affilié au film d’espionnage mené tambour battant, là où péripéties, décors, notes d’humour et personnages archétypaux se croisent dans un jeu de dupes permanent,  mais là, où, aussi, s’offre une véritable réflexion sur les enjeux  plastiques, sociaux et politiques contemporains. Filmé en Technicolor et en VistaVision, le film, minutieusement préparé et appuyé sur le scénario sophistiqué d’Ernest Lehman, permet à Hitchcock d’offrir une architecture complexe à une véritable relecture de l’Amérique.

 

   


 
Le premier visuel américain fut conçu par le célèbre designer Saul Bass, ayant déjà collaboré avec Hitchcock notamment sur Sueurs froides en 1958, et qui réalisa également le générique introductif (sur Saul Bass, voir sur ce blog : http://cine-l-affiche-en-plein-coeur.over-blog.fr/pages/Chapitre_6__ces_affiches_hors_du_commun__quelques_chocs_visuels_partie_1-418244.html).  L’influence du fameux poster, rougeoyant, circulaire et elliptique, se ressent sur le concept de la Mort aux Trousses, qui a remplacé le rond par le carré, le vertige par la quadrature du cercle, nous évoquant un héros tout aussi prisonnier et en position instable dans un univers que dans l’autre. Et c’est bien ce qui frappe ici de prime abord : un Cary Grant en position peu glorieuse, essuyant un coup de feu tiré dans le dos par une femme, et jeté formellement hors du cadre du film. Le noir et le rouge assure un ton strictement policier ou polar à une œuvre qui en est formidablement éloignée, et l’on conçoit mal, également ce que vient faire la photo du baiser sur ce visuel, sinon pour réaffirmer la faiblesse du héros jusque dans ses sentiments vis-à-vis des femmes, tour à tour proie et prédatrice.

 

  

  Afin de tenir compte de l’extraordinaire succès du film sur le seul territoire américain, de multiples artworks continuent de paraitre durant les années 1959 et 1960, relayant les scènes clés les plus frappantes : Roger Thornhill (Cary Grant) poursuivit par un avion dans le Middle West américain ou la scène finale sur le Mémorial National du Mont Rushmore, rendu célèbre pour ses sculptures monumentales (érigées de 1927 à 1941) des quatre présidents les plus marquants de l’Histoire Américaine (G. Washington, Th. Jefferson, Th. Roosevelt et A. Lincoln). La tentation était grande, évidemment, soit de compléter le quatuor par le visage d’Hitchcock, comme le fera une des versions de l’affiche, soit de modifier visuellement  et ironiquement le site, pratique iconoclaste extrêmement symbolique qui sera reprise par la suite dans des séquences de Superman II (R. Lester - 1980) et Mars Attacks ! (T. Burton - 1996).

 

 





  
En France, le visuel promotionnel est entièrement différent et plus classique, reposant sur un dessin composite illustrant le couple vedette et LA scène de poursuite hitchcockienne la plus connue. La position des visages du duo Cary Grant/Eva Marie Saint semble par ailleurs directement inspirée de celle du visuel d’un film précédent d’Hitchcock (Soupçons - 1941 ; Cary Grant et « le maître du suspense » y collabore pour la première fois), dans une posture glamour relativement classique des années 1940-1950, que l’on retrouve encore en 1955 pour La main au collet par exemple…

  Comme aux Etats-Unis, le succès du film aidant, les visuels se démultiplièrent par la suite, ceci dans tous les formats, en des déclinaisons plus ou moins heureuses. La force du visuel français vient en effet, outre un dessin relativement réussi, d’un réel effet de composition, où l’œil du spectateur peut entrer dans le design via le regard anormalement dur de Cary Grant, suivre la trajectoire de l’avion menaçant et s’échapper dans le coin inférieur droit de l’image, en un parcours qui sera à la fois le propos du film et la parfaite illustration du titre. On remarquera le passage des couleurs froides (du noir dans la partie haute) aux couleurs chaudes (la partie basse aboutissant au titre, tracé en rouge terre et sang), témoignant de l’accroissement permanent des scènes d’action comme du suspense, dans une course folle du héros-fugitif (l’innocent accusé injustement) pour échapper au complot dressé contre lui, soit la trame parfaite du film d’espionnage situé sur le sol américain. Ce dernier est d’ailleurs présent de manière remarquable dans le visuel français : les trois couleurs du drapeau américain Stars and Stripes (bleu, blanc et rouge) ressortent dans un visuel qui en serait une « mise en abîme graphique illustrée », les « stars » dans le coin supérieur gauche, les lignes blanches et rouges entre les noms génériques et le titre.

  

  En plein soleil, il était une fois dans l’ouest un soleil rouge menaçant…

 

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