Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog
24 mai 2008 6 24 /05 /mai /2008 20:37

Synopsis : Au XXIVe siècle, une fédération musclée fait régner sur la Terre l'ordre et la vertu, exhortant sans relâche la jeunesse à la lutte, au devoir, à l'abnégation et au sacrifice de soi. Mais aux confins de la galaxie, une armée d'arachnides se dresse contre l'espèce humaine et ces insectes géants rasent en quelques secondes la ville de Buenos-Aires. Cinq jeunes gens, cinq volontaires à peine sortis du lycée, pleins d'ardeurs et de courage, partent en mission dans l'espace pour combattre les envahisseurs. Ils sont évidemment loin de se douter de ce qui les attend…

 

  
  Film éminemment cynique de Paul Verhoeven, Starship Troopers (1997) est l’adaptation du roman de science-fiction de l’auteur américain Robert Heinlein, intitulé Etoiles, garde-à-vous !, qui fut publié fin 1959. Entre militarisme, machisme, racisme et fascisme, les critiques ne manquèrent pas de voir, dans le film comme dans le livre, une transcription directe de la pensée politique de leurs auteurs respectifs. Selon Heinlein, si l’histoire (semi alternative et semi science fictionnelle) narrée se situe dans un futur relativement proche mais non daté (en dehors de la date attribuée à la fondation du nouveau régime politique, soit 2087), il est surtout un moyen d’y dénoncer pêle-mêle le service militaire et la propagande bureaucratisée, la méritocratie et le moralisme ambiant, l’interventionnisme impérialiste et la guerre, le communisme tout autant que la faiblesse des démocraties occidentales. L’Histoire et la Philosophie y sont sans cesse heurtées aux seuls principes e, vigueur dans la cité spartiate de la Grèce Antique : pour reprendre un extrait du livre, "la violence a réglé dans l'histoire plus de questions que n'importe quel autre facteur"… Outrepassant les libertés fondamentales et glorifiant l’armée, les personnages du film, qu’ils en contrôlent ou en subissent les conséquences, se dirigent clairement et béatement vers un état ouvertement décrit comme un paradis fasciste hypertrophié.

 

 

  L’affiche-teaser américaine
annonce la ligne de conduite jusqu’au-boutiste optée par Verhoeven : celui-ci profita à l’époque de la restructuration du studio Tristar,  pour véritablement dynamiter le « simple » projet de space-opera guerrier, et en faire l’un des films les plus anticonformistes jamais produits par l’industrie hollywoodienne récente, plus apte à aligner en série des blockbusters au cahier des charges très formaté. Lorgnant du côté sombre de la saga Alien, le soldat y combat l’insecte extra-terrestre démesuré, dans une haine commune et aveugle traduite par le néant opaque du vide spatial et un casque transpercé. Tous les visuels postérieurs ne viendront que compléter cette vision de destruction primaire, coincée entre couleurs froides et mécanique de mort d’un soldat au comportement aussi bestial qu’ouvertement suicidaire. Deux mondes (demi-sphères séparées par le vide/reliées par le soldat destructeur) que tout oppose, en une vision où le Temps (la forme d'un sablier peut être "lue" dans le second design ci-dessus) se joue de chaque camp...

 


 

 « Une nouvelle sorte d’ennemi, une nouvelle forme de guerre » nous déclame l’accroche d’une affiche internationale anglo-saxonne devenue intrinsèquement pro-militariste et patriotiquement outrancière, tant s’y exprime à contrario une barbarie venue du fond des âges. Situation infantilisante ingénue et non murie, également, dans la mesure où le mot « kind »  revêt plusieurs sens : « genre » ou « espèce/forme/sorte » et « gentil/bienveillant » en anglais, mais aussi « enfant » en allemand, pour une réalisateur habitué au double langage…  Explosion, masque grimaçant et force démultipliée de la soldatesque viennent en outre se heurter sur la bordure gauche du visuel, comme une vague inutile et négative venant répondre à une autre design conceptuel, où le traditionnel « Join Now » des affiches de recrutement de l’armée depuis 1917 (Oncle Sam), tourné en dérision, vient masquer la vue du futur engagé, en une négation de son être comme de sa pensée.

 




 

  Sur l’affiche française, enfin, déclinaison d’une affiche teaser U.S. et non de l’affiche finale américaine, le logo-titre et l’accroche y disparaissent au profit d’un référencement des célèbres films de Science-fiction précédents du réalisateur (Robocop et Total Recall), tandis que la menace « insectoïde » transperce littéralement son sujet, déchirant la seule apparence film de guerre/space-opera de l’œuvre.

 


 

 En luttant de manière plus qu’acerbe conte l’establishment  hollywoodien, Verhoeven interroge dès l’affiche le spectateur sur sa capacité de deshumanisation comme sur celle à apprécier la violence la plus crue à l’écran. L’ironie mordante du visuel est là, quelque part entre l’attrait et la répulsion pour ce type de spectacle : puisque les héros montrés (personnages de soap aux réactions archi-prévisibles et caricaturaux à l’extrême)  n’y ont ni âme, ni sens, ni véritable intérêt, le spectateur suit la destruction d’un monde factice et superficiel, que la voix triomphante du final comme de la propagande qui traverse le film rend d’autant plus cruel. Etre promis à l'anéantissement, pur produit d'Etat et chair à canon réduite au néant, l'Homme n'y existe déjà plus...

·        Pour aller plus loin…

Dossier CNC Lycéens au Cinéma : http://www.lyceensaucinema.org/pdf/Starship.pdf

(Le dossier n’évoque pas les affiches).

 

 

Partager cet article

Repost 0

commentaires

Présentation

  • : Décryptage d'affiche de films
  • : Les affiches de films sont des papillons de la nuit du Cinéma : multicolores, éphémères et éternelles à la fois... Invitation, trace, mémoire d'un film ou d'un genre, l'affiche en tant qu'oeuvre visuelle ne saurait être démentie, mais comment la déchiffrer, qu'en saisir et que nous dit-elle finalement, à nous, spectateurs ?
  • Contact

Recherche

Archives

Pages