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2 juin 2008 1 02 /06 /juin /2008 19:05

Le film Historique à l’affiche :

l’envol de la mémoire collective

 

  On dira du film historique qu’il est intrinsèquement lié au Cinéma dès l’essor de ce dernier : si chaque film est une histoire, c’est aussi celle offerte par une époque à travers les yeux des artistes qui lui sont contemporains. Il y a donc une « fictionnalisation du réel » qui travaille en permanence entre stricte vérité, véracité, vraisemblance ou parodie de l’Histoire. On pourra s’interroger longuement sur la définition même du genre, évoluant, d’un film à l’autre, entre film historique (l’événement narré est décrit minutieusement), film en costumes (des personnages agissent sur une toile de fond historique), drame historique/film d’époque/biographie (où une spécificité supplémentaire s’ancre dans le genre historique pur), fiction patrimoniale/adaptation (une œuvre écrite connue adaptée), puis les étiquettes génériques aussi diverses que péplum, film épique, film de guerre, film politique et finalement film documentaire. On en conclura que le genre historique oscille, pour le réalisateur-historien, entre modes et permanences, obstacles et possibilités, engagements politiques et citoyens ou renoncement idéologique, dénonciation ou idéalisation vis-à-vis du thème traité.

 

  Dès l’affiche du film se pose ostensiblement le problème du collectif et de l’intime : à quoi faire appel pour illustrer à la fois le propos (souvent orienté) du film et la généralité de la thématique abordée ? Comment donc, faire ressurgir une mémoire visuelle collective dans une re-découverte finalement intime et personnelle de l’Histoire. Il existe un fossé assez large, également, entre une vision spectaculaire des grands évènements et le rapport au facteur psychologique de situations politiques ou sociales complexes : le détail authentique - ou supposé tel - doit donc de fait surgir relativement tôt dans la publicité, dans une réorganisation mentale de l’espace iconique se devant d’accompagner au plus près celle du film. L’attention du spectateur doit par conséquent être attirée sur quelques éléments simples ou symboliques inhérents au genre, au contexte, au fil scénaristique et au(x) héros imagés.

 

  Le film historique (et son affiche) sont un devoir d’imagination du réel : le raccourci historique, la vulgarisation ou les aspects esthétiques n’y entravent en fait en rien ni le souci pédagogique, ni la double volonté de préserver un patrimoine chaque jour de plus en plus vaste, et ainsi de fixer le passé dans un présent qui le conserve pour le futur. L’affiche du film répond donc, avant même la première image du film, à la phrase « c’est ainsi que les choses auraient pu se passer… ».

 

 On lira avec intérêt les pages suivantes :

http://www.cineclubdecaen.com/analyse/cinemaethistoire.htm

http://educine.chez-alice.fr/cinemethistoire.htm

http://cinehig.clionautes.org/article.php3?id_article=189

 

Le blog Mécanique Filmique, consacré principalement au film historique :

http://mecaniquefilmique.blogspot.com/2006/07/cinma-et-histoire-la-recherche.html

      http://mecaniquefilmique.blogspot.com/2006/07/lhistorien-face-au-film.html

http://mecaniquefilmique.blogspot.com/2006/08/le-film-historique.html

http://mecaniquefilmique.blogspot.com/2006/08/le-film-comme-lieu-de-mmoire_02.html

 

Filmographie affiliée au genre : http://fr.wikipedia.org/wiki/Cat%C3%A9gorie:Film_historique

 

 

1.     Personnages, héros et idoles 

   L’archétype du film historique est sans doute celui vantant le parcours -évidemment symbolique- d’un grand personnage de l’Histoire nationale ou mondiale. L’un des intérêts pour les concepteurs publicitaires est d’avoir le plus souvent une masse de documents directement réinvestissables (statues et portraits, photographies et documents vidéo, et iconographie diverse liée à la richesse/pérennité  du sujet : couvertures de livres, affiches de spectacles ou de conférences, affiches de films plus anciens), dont il peut par ailleurs être difficile de se débarrasser (on songera à des biopics de Jules César, Jésus Christ, Jeanne d’Arc, Christophe Colomb ou Napoléon). Sans tourner systématiquement  à l’hagiographie, le sujet y est sensiblement  romancé, idéalisé et mis en valeur par toute la mécanique cinématographique.





 
  Pour prendre l’exemple napoléonien, et après une longue tradition d’images d’Epinal dans la seconde partie du 19ème siècle et un premier film dès 1897, on assistera tour à tour et notamment à la version fleuve d’Abel Gance (Napoléon - 1927 - affiche de Duccio Marvasi),  à celle de Sacha Guitry (Id. - 1955 - affiche de René Ferracci), au film franco-égyptien de Youssef Chahine (Adieu Bonaparte - 1985) et à Monsieur N. d’Antoine de Caunes en 2005 (voir la page consacré au sujet par la Bibliothèque du film (BIFI) :
http://195.115.141.14/biblio-filmo/biblio-filmo.php?fichier=napoleon.xml). Figure sacralisée (l’affiche d’A. Gance reprend Bonaparte au Pont d’Arcole, peint par A.J. Gros en 1796, tandis qu’une version de l’affiche du film selon Guitry reprend à l’identique la posture immortalisée en 1805 par Le Sacre de Napoléon de David,), le nom « Napoléon » est prioritairement sur les affiches investi d’un titre gravé dans le marbre, au sein des couleurs françaises et d’un rapport certain à l’orgueil du pouvoir. Plus récents et plus engagés, les films de Chahine et De Caunes jettent un regard beaucoup plus psychologique et critique sur des moments clefs de la vie du personnage, perpétuant néanmoins la tradition de sa notoriété, entre légende noire et légende dorée.

 

 




 
Autre exemple emblématique : Jeanne d’Arc, dont le parcours de martyr fut adapté 15 fois au Cinéma, de 1898 à 2000. On pourra décoder les affiches des différentes adaptations à la teneur de la focalisation de chacun des films, soit sur le procès de la Pucelle D’Orléans (La passion de Jeanne d’Arc - C.T. Dreyer - 1927 ; Le procès de Jeanne d’Arc - R. Bresson - 1962), soit sur ses rapports au religieux et au divin (Sainte Jeanne - O. Preminger - 1957), soit, encore, sur ses capacités de meneuses d’hommes (Jeanne d’Arc - L. Besson - 1999).

 

  La capacité du Cinéma, comme d’un récit narratif situé dans un genre - le roman historique- qui est intermédiaire entre le souci de la reconstitution et la pure invention, est d’inventer (retrouver, refaire ou recréer) des personnages héroïques qui seront la transfiguration symbolique d’une période, d’une dynastie de caractères historiques, voir d’un pan tout entier de l’Histoire nationale ou mondiale (voir l’exemple type de Robin des Bois). Le film épique et le péplum, le Western et le film de guerre semblent en être des cadres particulièrement appropriés, dans la mesure notamment  où un certain « exotisme » et l’ampleur des reconstitutions comme des scènes de bataille permet aisément de dépasser le simple cadre du « réalisme », ceci quelle que soit l’optique recherchée en ce sens par le réalisateur. Il n’y a donc souvent qu’un pas entre le caractère historique et le héros, et le Cinéma préférera à vrai dire la logique inverse : amener l’Histoire et l’éventuelle véracité derrière un personnage central ré-inventé de toutes pièces ou bâti sur la Légende, plus que la Réalité (voir, autour d’un seul genre, les différences/liens entre Ben-Hur (W. Wyler - 1959), Spartacus (S. Kubrick -1960), Cléopâtre (J.L. Mankiewicz - 1963), Gladiator (R. Scott - 2000) et Alexandre (O. Stone - 2004)). 

  

 
  Cet aspect est justement mis en perspective dès l’affichage par une transversalité des genres : le héros du film épique/péplum trouve un homologue dans le justicier solitaire du Western, dans le héros individualiste contemporain ou du film de Science-Fiction, dans le soldat du film de guerre… Pour prendre les exemples les plus récents au sein du genre Epique, dans un affichage qui cherche à transcender cette mémoire visuelle citée plus haut, on pourra se demander quels sont les éléments logiquement référents du film Antique ou pré-moyenâgeux : les visuels de Troy (W. Petersen - 2004) et de Kingdom of Heaven viennent répondre parfaitement à cette question. Pour Troy, les Studios Cimarron Group, déjà concepteurs de l’affiche de Gladiator (voir l’analyse de cette affiche sur ce blog :
http://cine-l-affiche-en-plein-coeur.over-blog.fr/article-18035501.html), gravent littéralement les personnages dans le marbre, quelque part entre la statuaire antique et une photographie néoclassique dynamique, privilégiant les teintes chaudes, noires et ors. On notera, pour la typographie du titre, le choix d’une police d’écriture très explicite (« Trajan », en référence à la Colonne de Trajan ainsi qu’à toute l’épigraphie gréco-latine : on constatera le mélange visuel des cultures…) et la volonté de situer le cadre de la Tragédie, en une orientation générale vers la gauche  du visuel (valeur sombre et négative). 


 


 

  Pour Kingdom of Heaven, les mêmes Studios reprennent cette trame à l’identique, mais choisissent cette fois-ci les couleurs froides (bleues et noires), plus illustratives de l’esthétique mémorielle du « sombre » Moyen Age. En comparant ce dernier visuel avec ceux, plus anciens, de Braveheart (M. Gibson - 1995), de Lancelot (J. Zucker - 1995), de Robin des Bois (K. Reynolds - 1991), des Vikings (R. Fleisher - 1958) ou d’Ivanhoé (R. Thorpe - 1952), la transition se fait, peu à peu, entre un univers quasi-folklorique (autour des chevaliers, châteaux et princesses…), le légendaire romancé influencé par l’Héroic-Fantasy (Legend, Willow, Conan le Barbare, le Seigneur des Anneaux), le Cycle Arthurien (Excalibur, Lancelot, Le Roi Arthur) et finalement le patrimoine national (Robin des Bois, Braveheart, Rob Roy). Si les héros finissent mal (en général…), c’est bien autant parce que leurs actes sont lus comme un sacrifice idéaliste, que parce que l’Histoire ne leur laisse que peu de place : l’adversité, sans être triomphante, est surtout multiple, et ne compte plus les trahisons, les assassinats, les coups politiques ni les tentatives réussies de corruption ou les accidents malheureux. Homme, héros, idole : tel est le personnage historique mis à l’affiche aujourd’hui comme en statue, vitrail ou peinture autrefois. Son nom donne son titre, ses actes font l’Histoire, son cadre historique fabrique son ambiance, ses couleurs et sa typographie.

 

 














 

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Published by Philtomb - dans Décrypt'affiche
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