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30 juin 2008 1 30 /06 /juin /2008 17:40


L’affiche de film, productrice de sens…

 

 

  On ne répétera probablement jamais assez qu’une affiche de film est un « jeu de conception visuel », fabriqué pour faire sens de diverses manières auprès de spectateurs de tous âges, de toutes origines et de toutes cultures. Les facteurs d’identification préalables au « film rêvé » par le spectateur lambda s’appuient par conséquent sur une palette très précise d’éléments basiques, devant lui permettre d’identifier assez rapidement notamment le genre du film et la tonalité générale du scénario.

  Les couleurs et le chromatisme d’ensemble du design, les modes de lecture, la hiérarchisation des informations, les typographies et logos participent tous ainsi d’une lecture participative qui devient moteur de liaison au sein de la promotion publicitaire entre l’artiste et le spectateur. La différence provient in fine de chacune des cultures nationales, qui expliquent principalement les différents designs ou les modifications apportées ici et là à quelques détails - et y compris entre les territoires américain et français.

 

 

 

1 – Couleur de fond d'affiche et chromatisme

 

  Valeur psychologique et inconsciente majeure, souvent sous-estimée, la couleur revêt dans l’affichage contemporain une importance fondamentale. La couleur de fond d'affiche et le chromatisme général sont probablement les facteurs les plus forts devant permettre l’identification des genres : on rappellera ici que :

 

Le blanc et les couleurs claires interviennent pour signifier le registre de la légèreté et de l'humour des comédies.

 

Le noir et les couleurs sombres interviennent pour signifier une tonalité grave, angoissante, ou horrible qui correspond aux films policiers, fantastiques, de SF ou d'horreur.

 

  Il est assez intéressant de percevoir que les couleurs de fond et le chromatisme général sont différents d'un côté et de l'autre de l'Atlantique :

 

Les affiches américaines ont tendance à être dans un registre à la fois plus sombre et plus chaud, avec l'utilisation de tons nuancés et de fondus à partir d'une base noire. Ce principe contribue à emplir de « sérieux » des œuvres au demeurant et à priori légères, ou du moins à réaffirmer le poids des effets spéciaux…

 

La France en revanche fait un usage plus courant du fond blanc ou de couleur, avec des tons plus francs et moins mélangés. L’affiche française se veut généralement plus simple et plus claire que son équivalente anglo-saxonne, le genre de la comédie sociale y étant également plus représenté.

 

  Les genres aventure, policier, science-fiction, horreur sont beaucoup plus développés aux Etats-Unis qu'en France (51 % des sorties américaines sur la période courant de juin 1998 à juin 2000 contre 9% des sorties françaises. Source CNC). Les couleurs sombres pèsent dans les affiches américaines et ont tendance à connoter une certaine américanité depuis les années 1970 (voir les chapitres introductifs de ce blog).

 

 

 Le noir et le blanc sont combinés sur les affiches selon quatre modes dont la signification est différente (cf. tableau suivant) :

 

Le mode noir pur, emblématique des ténèbres et de l'angoisse (policier, fantastique, horreur).

 

 

Le mode blanc pur, évocateur de la légèreté et de l'humour (comédie).

 

 

 Remarque : on trouve aussi du blanc total pour des films dont le ressort n'est pas directement l'humour.   Dans ce cas, la blancheur viendra soit réaffirmer la tonalité légère de l’histoire, soit véhiculer l’idée de pâleur fantomatique ou spectrale liée à l’angoisse du vide (blanc symbolique), soit encore, refléter une ambiance « médicale », le blanc et le rouge étant alors souvent associés.

 

 

Le mode noir et blanc séparés (aventure, guerre, western) crée un univers non ambigu, où le bien et le mal s'opposent clairement.

 

 La séparation nette entre l'ombre et la lumière marquée par une ligne d'horizon signifie la dualité morale dans les films d'action et d'héroïsme (voir sur ce blog l’analyse de l’affiche de 3:10 pour Yuma).

 

Le mode noir et blanc mêlés (policier, film noir).

 

 Le clair-obscur signifie l'ambiguïté morale des films à énigme, où il est impossible de voir clairement la situation et de distinguer le bien du mal.

 

 

 

 

(Voir sur ce blog, autour des affiches en noir et blanc, le chapitre suivant : http://cine-l-affiche-en-plein-coeur.over-blog.fr/article-18471576.html).

 

 

 

Sources : http://www.qualiquanti.com/pdfs/affetbafilmsword.pdf - 2000.




2 – Deux types d'images et de modes de lecture sur l'affiche : distribution et contenu.

   Les affiches sont composées simultanément de deux types d'images, qui correspondent à deux modes de lectures parallèles : la distribution / le contenu.

Un mode portrait, avec une image précise et pleine, focale. Elle correspond généralement à l'acteur principal. Cette partie de l'affiche a une fonction de présentation du héros.

Un mode narratif, avec une image évoquant un ou plusieurs éléments de l'histoire (scène, sujet, autres personnages, …). Cette partie de l'image semble secondaire par rapport au mode portrait parce qu'elle est :

- Soit à une échelle plus petite.

- Soit en surimpression.

- Soit en flou décoloré.

 Il y a un principe visuel de fondu des images, qui n’apparaissent donc jamais séparées les unes des autres :

Soit elles se superposent et se sur-impriment.

Soit elles passent l'une dans l'autre avec des frontières indistinctes grâce à un jeu sur l'ombre et la lumière, le flou et le net.

 Cette chaine d’images présuppose que l’artiste a conçu d’une quelconque manière (couleurs vives, netteté, grosseur, etc.) une hiérarchisation de chacun des éléments présentés, afin de donner au design - et à l’œil du spectateur - une rapidité de lecture évidente, qui n’enlève rien à la réelle complexité thématique du visuel.

 

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Published by Philtomb - dans Décrypt'affiche
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  • : Décryptage d'affiche de films
  • : Les affiches de films sont des papillons de la nuit du Cinéma : multicolores, éphémères et éternelles à la fois... Invitation, trace, mémoire d'un film ou d'un genre, l'affiche en tant qu'oeuvre visuelle ne saurait être démentie, mais comment la déchiffrer, qu'en saisir et que nous dit-elle finalement, à nous, spectateurs ?
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