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11 août 2008 1 11 /08 /août /2008 13:52

 

Le héros et son créateur, Bob kane, en 1989 sur le tournage du film de Tim Burton.



  Bat-man, l'homme chauve-souris, est ans doute l'un des plus prestigieux (et lucratif) personnages de Bande Dessinée (et plus particulièrement des comics américains de l'Age d'Or) créés au XXème siècle. Imaginé par Bob Kane et Bill Finger, il est lancé en Mai 1939 au sein de Detective Comics, l'un des nombreux magazines bon marché publié par DC Comics pour une jeunesse alors très friande de « pulps fictions » et de « serials ». Batman est inspiré des différents héros de l'époque : Zorro, Sherlock Holmes, The Phantom, The Shadow, Le Frelon Vert et Dick Tracy pour les plus emblématiques.

 
 

 




 Enfant, le futur milliardaire Bruce Wayne voit ses parents sauvagement assassinés dans les rues de Gotham city sous ses yeux. Il décide alors de combattre le crime, à la seule force de son intelligence, de ses capacités physiques et d'une technologie de pointe, aidés par son valet Alfred et par un autre orphelin qui deviendra Robin. Parmi leurs ennemis, le célébrissime Joker, mais aussi Catwoman, Le Pingouin, Double-Face, Poison-Ivy, l'Epouvantail ou le Chapelier Fou, soit une vaste galerie de personnages sous une double personnalité, tous meurtriers psychopathes, sadiques et cruels,  aux limites de la folie mais qui peuvent aussi être « lus » comme les reflets de leur époque. Batman est un mythe, synthèse d'une histoire individuelle et de l'Histoire, malmené entre complexe Œdipien et incarnation littérale du Diable.

 
 Batman est bien sur un (faux) super-héros emblématique de l'univers nocturne : surgissant de nuit de la Batcave (son repère secret sous le Manoir Wayne), habillé de noir, agissant dans les ruelles glauques d'une ville sale et corrompue (inspirée doublement de Chicago et de New-York pour son architecture), côtoyant continuellement la pègre des bas-fonds tout autant que les vices de la haute société : froid et sans merci, il est le Dark Knight. Il n'est pas pour autant doué de supers pouvoirs, ce qui le différencie fondamentalement de Superman ou Spiderman.

 
 Pour un graphiste ou un scénariste, Batman est sans doute une bénédiction, tant son univers est riche et tant la confrontation psychologique entre l'ombre et la lumière y est permanente, mais évitant de tomber dans une vision par trop manichéenne. Cet univers est porté à l'écran (télévision et cinéma) sous différents aspects  depuis 1943. On ne consacrera cette analyse qu'aux films parus depuis 1989.

 



 En 1989, donc, et contrairement à l'attente des fans, c'est Tim Burton qui est embauché par la Warner Bros. Celle-ci est enthousiaste devant ses précédents Pee-Wee's Big Adventure (1985) et Beetlejuice (1988) et le suit sur l'idée principale de transposer à l'écran la noirceur réintroduite dans le personnage par The Dark Knight Returns, roman graphique (graphic novel) novateur dessiné par Frank Miller en 1986. Une esthétique fondamentalement adulte, sombre et violente, également retraduite dans les deux films signés Burton, par la musique de Dany Elfman et les décors impressionnants d'Anton Furst qui concevra également gadgets et véhicules (Batmobile et Batwing en tête...).

 
 

 Pour les affiches de son premier film (Batman - 1989), Burton se tourne vers les studios B.D. Fox Independent, rendus alors célèbres pour leurs campagnes promotionnelles sur La mouche (D. Cronenberg - 1986) et Robocop (P. Verhoeven - 1987). Lancé par la Warner elle-même deux mois avant la sortie du film (programmée pour le 23 Juin 1989), le logo-titre Batman (noir et jaune) envahit murs, tee-shirts, casquettes, tasses, bracelets et jouets. L'affiche teaser indique uniquement la date de sortie, puis et naturellement complétée dans la version internationale par le titre nominatif et le duo d'acteurs vedettes. Aucun visage, aucune scène d'action afin d'attirer un public curieux, qu'Internet n'abreuvait pas encore d'images ni d'informations...

 
 










 Le triomphe de ce premier opus (400 millions de dollars de recettes mondiales) permet à Burton d'envisager un tournage dantesque trois ans plus tard dans Batman, le défi (Batman Returns - 1992) : spectaculaire et ténébreux, ironique et méchant, étrangement émouvant et mélancolique, le film est un chef-d'œuvre stylistique annoncé cette fois ci à grands renforts d'affiches fleuves pour introduire le nouveau casting de « méchants ». Après des affiches teasers traditionnelles (dans une version froide de l'affiche  noir et or première mouture), les plus grands designers livrent leurs concepts : John Alvin et Diane Reynolds-Nash illustrent tour à tour des visuels où apparaissent personnages, décors et véhicules, tandis qu'émergent de la nuit glaciale de Gotham les premiers posters characters sheets, affiches destinées à promouvoir individuellement les personnages de la saga (sur une mode inspirée... des feuilles de personnages de jeux de rôles !). C'est la version de l'affiche par John Alvin, avec les trois visages en colonne, qui sera ensuite déclinée à l'international.

 














 En 1995, Burton ne souhaitant plus poursuivre l'aventure, la Warner confie la destinée de Batman Forever au réalisateur controversé Joel Schumacher (ami validé par Burton toutefois), qui décide de concevoir un opus grand public et plus tourné vers la jeunesse, directement inspiré des tons colorés des comics des années 1940. Le point faible principal du film est sans doute la surabondance de personnages, puisque, outre Batman lui-même (avec Val Kilmer en nouvel interprète titre), le film introduit pour la première fois Robin, et oppose le duo à trois adversaires de taille. En découlent des visuels surchargés et diversement colorés (une teinte pour un caractère) que l'affiche internationale (pourtant signée de John Alvin) se contentera « d'empiler » plastiquement parlant.

 







 En dépit de vives controverses critiques, Batman Forever est un succès financier qui met donc en chantier une suite en 1997 : Batman & Robin. En dépit de veines tentatives, le film est un désastre artistique quasi-total, que ne sauvent ni un casting de plus en plus élargi (introduisant Batgirl et Arnold Schwarzenegger en supervilain...) ni un Georges Clooney suppléant au départ de Val Kilmer. Les affiches traduisent le naufrage plastique et stylistique de l'opus, véritable débauche de mauvais goût y compris pour les fans de la saga.

 
 Après une série d'échecs pour les différents projets visant à ressusciter Batman à l'écran après 1997 et échec commercial de Batman & Robin, le réalisateur Christopher Nolan et le scénariste David S. Goyer commencent à travailler sur un nouveau film au début de 2003, visant à une tonalité plus sombre et plus réaliste. L'objectif est d'amener le public à apprécier la dualité Batman/Bruce Wayne tout autant qu'à renouer avec les origines profondes du personnage.











 A l'instar de la production, les travaux promotionnels s'installent donc sur de nouvelles bases, plus proches des récents romans graphiques que des pulps originels. Cet univers sombre et désenchanté est parfaitement illustré conjointement par les Studios Intralink Film Graphic Design et Vox and Associates qui conçoivent en 2005 une série de visuels forts et intrigants pour le nouveau Batman Begins. Le premier studio produit la première affiche teaser : une silhouette batmanienne sur fond brumeux ocre et sépia, qui donnera le rendu mystérieux de toutes leurs futures affiches. Vox and Associates imaginent quant à eux une vue du super héros en noir et blanc dans la batcave, environnée de chauves souris, un élément clef repris par la suite pour les autres concepts. A noter, l'apparition d'affiches teasers internationales « personnalisées » en fonction des capitales de chaque pays (un nuage de chauves souris autour d'un élément architectural patrimonial : deux exemples ci-dessus), selon une mode récemment ouverte par les blockbusters à dominante environnementale (Le jour d'après - R. Emmerich - 2004 ; Je suis une légende - F. Lawrence - 2007) et probablement directement inspirées des scènes de d'Armageddon (M. Bay - 1998) ou de Deep Impact (M. Leder - 1998). On constatera par là même que la production sut jouer sur tous les genres (Fantastique, Horreur, Science-Fiction, Aventure, Catastrophe, ...) pour attirer un public le plus large possible, ceci en dépit de la noirceur réaliste annoncée.

 



 Succès phénoménal, Batman Begins relance la licence durablement à tous points de vue, réintroduisant d'office la totalité des grandes figures du panthéon imaginé par Bob Kane. En 2008, l'annonce attendue de la recréation du fameux supervilain (le sinistre Joker) est l'occasion d'une débauche de moyens et d'imagination plastique : se succéderont, de Juin 2007 à Août 2008 (date de sortie le 18 Juillet aux USA, le 21 Aout en France), pré affiches, sites internet (
http://www.whysoserious.com/ et http://thedarkknight.warnerbros.com/), affiches internationales et affiches détournées (barbouillée de rouge par le Joker) qui introduiront également le super méchant suivant, à savoir le procureur Harvey Dent/ Double-face. 3 studios se partageront la conception promotionnelle  : Intralink Film Graphic Design, Crew Creative Advertising et BLT & Associates (ces derniers notamment pour les affiches internationales finales). Contrebalançant les teintes ocres et sépias de Batman Begins, la campagne opte cette fois-ci pour l'univers froid et glacé (bleu et blanc) de la nuit de Gotham...

 



  La production dut faire face en outre en Janvier 2008 au décès du comédien Heath Ledger (interprète du Joker) et au dilemme consistant à lui rendre hommage sans avoir l'air de profiter de sa disparition. Dans l'idée de C.Nolan, « le Joker est LE méchant suprême. Il est une icône au même titre que le Chevalier Noir (...) Fidèle au ton que nous avions établi dans Batman Begins, nous avons décidé que ce Joker serait, en dépit de son surnom, un homme plutôt sérieux. Nous sommes partis de l'idée qu'il incarnait l'anarchie et le chaos à l'état pur, qu'il n'avait d'autre but que de détruire pour le seul plaisir de détruire, et qu'il était par là même totalement insaisissable... et passablement terrifiant. ». Rappelons ici que ce personnage fut selon Bob Kane inspiré à l'origine par le comédien allemand Conrad Veidt (1893-1943), notamment dans sa prestation pour L'Homme qui rit (P. Leni - 1928) à l'affiche troublante...

 


 C'est véritablement sur Internet que la promotion atteint des sommets historiques ; qu'on en juge avec la liste suivante...

   


  En mai 2007, les studios Warner Bros ouvrent un site officiel pour le film. Peu de temps après, une deuxième page sur la campagne politique du personnage Harvey Dent, I believe in Harvey Dent, est ajoutée au site. Pour assurer le bon lancement du film à sa sortie, Warner Bros a fait appel à la société 42 Entertainment, spécialisée dans la publicité virale.

  Le 27 juillet 2007, cette compagnie lance un nouveau site mettant en avant le pire ennemi de Batman, le Joker. On y découvre une nouvelle photo du Joker, des rapports de police ainsi que son fameux rire. Ce site, WhySoSerious.com (voir adresse plus haut), dévoile par la même occasion le premier teaser du film.

  



  Quelques jours après l'ouverture du site Whysoserious.com, le site est remplacé par Rent-a-clown.com. Ce nouveau site est à nouveau centré sur le clown du crime. Le Joker propose de louer pour des fêtes un des 139 clowns en photos (
http://www.rent-a-clown.com/default.aspx?p=2). Ces clowns sont en fait les participants au jeu de piste qui a eu lieu quelques jours auparavant à la convention du Comic-Con, célèbre réunion de fans de comics à San Diego. Fin Octobre, le site Whysoserious.com dévoile une nouvelle photo du Joker. Un nouveau site, Rorysdeathkiss.com, dédié au Joker ouvrira par la suite (http://www.rorysdeathkiss.com/).

 





 
 Fin novembre, les sites viraux se multiplient. Il est ainsi possible de poster un message au candidat Harvey Dent sur son site We are the answers (
http://www.wearetheanswer.org/), pour dénoncer les policiers corrompus de Gotham City. Le propre site de la Police de Gotham Gothampolice.com (http://www.gothampolice.com/) donne toutes les informations nécessaires pour combattre le crime. La banque de Gotham City propose ses services sur son site Gotham National Bank (http://www.gothamnationalbank.com/). Vous pouvez laisser aussi un commentaire sur le site Remembering Gina (http://www.rememberinggina.org/), dédié à la mémoire d'une jeune femme décédée. The GothamTimes.com est bien sur le site du journal d'actualité de Gotham (http://www.thegothamtimes.com/) tandis que le site Hahahatimes est un site détourné de ce même journal (cf. http://batman.wikibruce.com/Thehahahatimes.com). GothamCityRail.com est le site des transports en commun de la ville (http://www.gothamcityrail.com/). Ibelieveinharveydenttoo.com (http://www.braincubes.be/2007/05/22/ibelieveinharveydenttoocom/) est un domaine du Joker faisant référence au site de la campagne d'Harvey Dent Ibelieveinharveydent.warnerbros.com qui révèle une surprise en sélectionnant la page.


  Fleuriront également le site d'une fondation qui s'occupe des victimes d'un crime, les sites des écoles et des taxis de Gotham City, celui d'un système de sécurité et celui de la société du traitement des eaux. Rajoutons y encore une pâtisserie et une église ! Le site des affaires internes du département de la police de Gotham City ouvre aussi ses portes sur Gpdiad.com (
http://www.gpdiad.com/). Tous seront invariablement détournés, parodiés, pollués, tagués et barbouillés de rouge (sang) par les rires du Joker.

 
 



 
 A la mort de Heath Ledger (Janvier 2008), les studios Warner rendent hommage à l'acteur sur le site de The Dark Knight. Moins de cinq mois avant la sortie du film aux États-Unis, le site IBelieveInHarveyDent.com est mis à jour : il est désormais possible de rejoindre le candidat au poste de District Attorney de Gotham City dans son combat pour changer la ville en y laissant son adresse email. Il est également possible d'envoyer ses vidéos pour soutenir Harvey Dent, connaitre le passage de la "Dentmobile" aux États-Unis, de télécharger les affiches de campagne. Concerned Citizens for A Better Gotham est le site d'un groupe anti-Harvey Dent et JosephCandoloro.com est le site du créateur du premier. TrustGarcetti.com et DanaWorthington.com sont les sites des deux rivaux d'Harvey Dent aux élections. Rossi's Delicatessen.com est le site d'un restaurant italien répertorié sur le site Citizensforbatman, un site de soutien au justicier de Gotham (
http://www.citizensforbatman.org/).

    
 


 

 
 Début avril, le site Acmesecuritysystems.com/delos ouvre, permettant de laisser son numéro de téléphone pour que le commissaire Gordon vous rappelle.

 










  

  Fin avril, le site WhySoSerious dévoile de nouvelles affiches du film, relookées à la manière du Joker. Dans un même temps, deux nouveaux sites viraux ouvrent : GothamInterContinentalHotel.com, le site d'un grand hôtel et KinslyTravel.com, un site de voyage. Le 6 mai 2008, le site est mis à jour et les trois trailers sont mis en ligne. Un mini-site promotionnel (
http://www.comcast.net/thedarkknightmovie/) ouvre le 5 juin où de nouvelles vidéos sont mises en ligne. Le 10 juin, Gothamcablenews.com, pour les informations, et Gothamelectionboard.com pour les élections à Gotham. Le 13 juin, Harvey Dent est donné vainqueur. Deux nouveaux sites viraux font leur apparition, GothamCityPizzeria.com et le site du Gotham Ferry System, ainsi qu'une nouvelle parution du Gotham Times (voir ci-dessous).

 

 
  A la manière du roman ou du jeu de rôle, l'univers de base s'enrichi, se développe, gagne en épaisseur et en suppléments (officieux ou non) tendant à crédibiliser le virtuel et l'imaginaire aux yeux de  millions d'internautes de tous âges, et avec une force de frappe (le buzz) jusque là jamais mise en œuvre, permettant au film de battre tous les records au box-office dès son premier week-end (il atteint 400 millions de dollars américains de recettes en seulement 18 jours, et 712 en un mois, pour un budget initial de 180 millions !).


  Des différentes affiches, on retiendra particulièrement 
celle montrant un building en flammes transpercé par une chauve souris, évocation certaine des attentats du 11 septembre 2001 avec ses avions de ligne percutant, comme dans un film, les tours jumelles de Manhattan. La scène était déjà par ailleurs dans le The Dark Knight Returns de Frank Miller  (1986) lorsqu’un 747 s’écrase contre le Brigham Building, provoquant un immense incendie et la rupture totale du courant de la ville de Gotham...

   
  Eternel recommencement du mythe, par conséquent, chaque nouvelle aventure, caractère récurrent, interprétation ou réinterprétation du rôle comme du costume ou des gadgets permet à la licence de s'étoffer, de s'engager sur le chemin des origines tout autant que celui du futur pour un héros dont on a toujours l'impression qu'il suffira d'activer le Bat-Signal (un projecteur dessinant dans le ciel nocturne de Gotham l'insigne de Batman) pour qu'il ressurgisse de l'ombre. Eternellement.


  Un Batman 3 est d'ores et déjà prévu pour 2010...

 


































Dossiers d'études complémentaires :

   -  http://fr.wikipedia.org/wiki/Batman
 -  http://fr.wikipedia.org/wiki/Batman_(comics)#The_Dark_Knight 
 -  http://www.lebdvore.com/pages_batman/accueil_batman.html
 -  http://www.dccomics.com/sites/batman/


Posters additionnels :





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Published by Philtomb - dans Décrypt'affiche
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commentaires

love 09/05/2015 12:52

Notre catwoman n'est pas mal non plus !
http://loveproductions69.blogspot.fr/2015/05/le-fantasme-de-tout-homme-normalement.html

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