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22 octobre 2008 3 22 /10 /octobre /2008 10:42

  Double film événement de la rentrée, Mesrine : l’instinct de mort (Sortie France le 22 Octobre 2008) et L’ennemi public numéro 1 (Sortie France le 19 Novembre 2008) constituent un juste prolongement de la mode des biopics récemment accordés aux personnages ayant marqué le XXème siècle (de Piaf à Coluche et de Che Guevara à Georges W. Bush…. Voir article précédent sur ce blog.). Les deux films réalisés par Jean-François Richet s’attachent à retranscrire au plus juste la vie de Jacques Mesrine (incarné par Vincent Cassel), célèbre gangster français connu pour ses braquages et évasions largement médiatisés, qui sera finalement déclaré « ennemi public numéro un » au début des années 1970, puis abattu par la police et les hommes du commissaire Robert Broussard le 02 Novembre 1979 à Paris. Le premier film couvre la période allant de 1959 à 1972, et le second de 1972 à 1979 : neuf mois de tournages et quarante-cinq millions d’euros y auront été investis.

  L’affaire devient dès lors un mythe contemporain : son corps criblé de dix-neuf impacts de balles ayant été largement photographié, la mort de Mesrine fut le premier cas de remise en cause de la légitime défense vis-à-vis de la police, qui aurait ouvert le feu sans sommation. On rappelle toutefois à cette occasion un avertissement de Mesrine à Broussard : « Quand nous nous rencontrerons à nouveau, ce sera à celui qui tirera le premier. »

 




 

  L’affiche de ce premier opus donne lieu à un visuel relativement sobre, proche de l'esthétique de l'affiche du film réalisé en 1983 par André Génovès : le visage en noir et blanc de Vincent Cassel, braquant son arme vers le spectateur, se détache sur un fond noir. Le jeu des couleurs, par ailleurs très violent (le blanc et le rouge contre les gris et le noir), amène littéralement un univers du polar surexprimé. Roman ou film noir, récit ou huis clos policier,  présence de la nuit et du crime sont cependant ici recontextualisés d’une double façon : la coupe et les pattes de cheveux de l’acteur, ainsi que le rendu photographique (de presse) en noir et blanc précisent l’importance de l’univers médiatique des années 1970. Mesrine aurait-il pu être célèbre sans les médias ? Ceux-ci ont-ils contribués à forger en tout ou partie le personnage ? Voici deux questions vraisemblablement posées « en creux » par ce visuel, qui lorgne vers l’archétype du genre, à savoir celui de l’Inspecteur Harry (D. Siegel - 1971) où Clint Eastwood s’érige en cynique représentant de la loi. Il y apparait également comme le bras armé autoproclamé de l’Amérique hyper-violente des années 1970, soit un monde où les frontières entre le public et le privé, la police et la pègre, le pouvoir et la corruption, les médias et la parole sacrée, deviennent de plus en plus floues.




 Ce qui est donc troublant en vérité, c’est que l’affiche soit à la fois en miroir du Harry Callahan eastwoodien, du reste taxé de fasciste à sa sortie (on lira avec intérêt les sites suivants :  
http://eastwoodclint.free.fr/clint_harry/clint_harry01.htm et http://fr.wikipedia.org/wiki/Harry_Callahan_(cin%C3%A9ma)), et reprise d’une authentique photo de Mesrine, qui fut érigé à l’époque en icône du contre-pouvoir par une partie de la presse de Gauche. Cette photo fut publiée le 27 Juillet 1977 dans Paris Match, dont la une misait tout sur un Mesrine alors venu dénoncer publiquement l’inhumanité des conditions de vie au sein des Quartiers de Haute Sécurité dans les prisons françaises. Dernier détail et non des moindres : l’Instinct de mort est le titre du propre livre autobiographique de Mesrine, écrit en prison et publié en 1977. Le gangster y écrivait qu’on devenait criminel « soit comme d'autres deviennent curés, soit par vocation... ».

 



A gauche, le vrai Mesrine nargue les flics en se faisant photographier dans son repaire. A droite, Vincent Cassel, qui a grossi de 20 kilos pour devenir l’ennemi public nº 1.
© « Paris Match » / Wahib. Sources : Le Soir et Fabienne Bradfer.
 
 


  Travail sur la mise en scène, le film et l’affiche se subjuguent l’un à l’autre : l’ambiguïté du personnage est là, ainsi que le paradoxe de la mise en image de ses actes. Où finit l’apologie, ou commence l’hommage, quand débute le documentaire, où voir la fiction ? Le sens de la manipulation, in fine, se doit d’appartenir au réalisateur chevronné, autant qu’à la maitrise de son sujet... sensible. Avec Mesrine, icône du grand banditisme, c’est « l’image au poing ». en sur représentation.



 

 Pour aller plus loin… :

-        http://fr.wikipedia.org/wiki/Jacques_Mesrine : biographie de Mesrine sur l’encyclopédie Wikipédia.

 

-        http://www.mesrine-lefilm.com/ : site officiel du film

 

-        http://www.allocine.fr/film/anecdote_gen_cfilm=111809&page=1.html : L’instinct de mort, les secrets du tournage.

 

-        http://www.dvdrama.com/news-28943-cine-mesrine-l-instinct-de-mort.php et http://www.dvdrama.com/news-29829-mesrine-interview-jean-francois-richet.php : critique du film et longue interview du réalisateur.

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