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5 novembre 2008 3 05 /11 /novembre /2008 11:18

  Figure importante, voire incontournable dans le cinéma américain, le Président des Etats-Unis a été traité sous tous les angles : de la véritable légende héroïque au brûlot historique, en passant par l'analyse politique à la comédie la plus débridée, du plus sérieux au plus incongru. La filmographie évoquant la fonction est donc pléthorique.

 Sujet une nouvelle fois évidemment d'actualité puisque W. - L'improbable président, d'Oliver Stone sur le président sortant George W. Bush, vient de paraitre dans les salles (sortie France le 29 Octobre 2008), et que les Américains viennent d'élire de manière historique Barack Obama à la Maison Blanche le 05 Novembre 2008.

  Avec le film d'Oliver Stone,Josh Brolin offre une performance époustouflante dans le rôle titre, on est face à un événement inédit : le portrait d'un président encore en exercice. Le réalisateur a l'intelligence d'éviter la caricature trop facile et tente de cerner son personnage, ce que n’augurait pas nécessairement la campagne d’affichage, largement plus acide, réalisée par les studios Crew Creative Advertising.








 
 A tout seigneur, tout honneur : le président le plus symbolique de l'histoire des Etats-Unis est Abraham Lincoln. Le réalisateur qui lui a rendu le mieux hommage est une autre figure fondamentale du patrimoine cinématographique américain et mondial, à savoir John Ford. Ce dernier approcha le président mythique à plusieurs reprises, en particulier dans Vers sa destinée où il évoquait la jeunesse du grand homme en lui donnant les traits d'une jeune icône en devenir, Henry Fonda, dès 1939. D.W. Griffith en avait livré un premier biopic en 1930 (Abraham Lincoln), dont Steven Spielberg réalise actuellement une adaptation modernisée. Beaucoup plus proche de nous, mais s'inscrivant dans la même tradition que Ford, signalons le film à venir de Martin Scorsese, intitulé the Rise of Theodore Roosevelt (2010), évoquant un autre président légendaire. Icône vivante de l’Histoire américaine, le président représenté sur les affiches est une image d’Epinal du self-made-man : réunion de toutes les qualités morales et intellectuelles, l’homme en représentation ainsi placardé est une « légende imprimée ».






  Mais il existe une autre tradition autour de la Maison Blanche, celle du naïf qui va soudainement accéder à la responsabilité suprême. M. Smith au Sénat de Frank Capra (1939) en est l’exemple archétypal, où l'on prend un homme du peuple censément malléable (James Stewart), mais dont le bon sens va peu à peu prendre le dessus. Président d'un jour (Ivan Reitman - 1993) était également de cet acabit, où un sosie plein de bon sens endossait la fonction suprême... Les affiches tendront naturellement vers la comédie satirique ou le film social.

 
 



 Président pour rire


  Aux Etats-Unis, et sans doute plus qu’ailleurs, on peut s'amuser de la fonction suprême, comme le laisse donc deviner le dernier film d’O. Stone. Dans Le Président et Miss Wade, Michael Douglas tombait sous le charme d'Annette Bening sous l'oeil attendri de Rob Reiner (1995). Mais il peut figurer dans des blagues potaches, comme celles de Y a t-il un flic pour sauver le président ?, avec l'inénarrable Leslie Nielsen. Dans un registre plus mineur, Dennis Quaid livre une belle caricature de président idiot obligé de participer à une émission de télé-réalité pour booster sa popularité dans American Dreamz en 2006. Les affiches jouent ici le jeu du clin d’œil, soit en lorgnant du côté des codes travestis (les couleurs du drapeau américain ou la Statue de la Liberté par exemple) soit en se plaçant dans une optique détournée du sujet traité (le film romantique au lieu du film politique pour le film de Rob Reiner)







 
    Figure tourmentée ou controversée


   Le Président est souvent trouble, manipulateur, voir machiavélique dans le cinéma « récent » : on y verra un probable héritage empoisonné dû à la fois à l’assassinat de Kennedy (1963), à Richard Nixon et l’Affaire du Watergate (1974). Le film exemplaire, Nixon, qu'Oliver Stone lui consacrait en 1995 avec Anthony Hopkins, décrit de manière minutieuse les contradictions et les mensonges qui ont corrompu cet homme et ses deux mandats. L'incontournable Les Hommes du président d'Alan J. Pakula (1976) montrait déjà, sur le même mode méticuleux les sombres rouages qu'il avait mis en place à force de paranoïa pour protéger sa place. L'enquête sur le cambriolage du Watergate menée par Carl Bernstein (Dustin Hoffman) et Bob Woodward (Robert Redford) y était évoquée dans ses moindres détails jusqu'à la destitution de Nixon.







  Impossible de ne pas citer JFK (1991) d'Oliver Stone, interprétation historique fascinante autour de l'assassinat de Kennedy et l'enquête de Jim Garrison, procureur de la Nouvelle Orléans, interprété par Kevin Costner. Treize Jours de Roger Donaldson revenait en 2001 très précisément sur la crise des missiles de Cuba, au coeur de l'administration Kennedy.



 

 Robert Redford se prêtait à une critique assez bien vue des grands partis qui prenaient sous leur coupe un jeune élu idéaliste et le rompaient aux usages électoraux dans Votez McKay en 1971. Les primaires, épisode majeur de la campagne électorale aux Etats Unis, ont fourni le sujet de quelques œuvres intéressantes et souvent très instructives : Primary Colors de Mike Nichols en 1998, avec John Travolta en sosie de Bill Clinton et Emma Thompson en copie conforme d'Hilary et en 1992, ou Bob Roberts de Tim Robbins (1992).





 Dans Manipulations de Rod Lurie, auprès d'un Jeff Bridges président, Joan Allen faisait face au sexisme de l'affreux Gary Oldman, qui ne voulait pas la voir devenir vice présidente. Clint Eastwood a dépeint un président criminel, campé par un Gene Hackman glaçant dans Les Pleins Pouvoirs en 1997. La critique la plus acerbe (et la plus spectaculaire) d'un président en exercice vient bien sur de Michael Moore et de son Fahrenheit 9/11 en 2004. Ce film dénonçait la façon controversée dont George W. Bush s'est fait élire en 2000, sa manière de gérer le 11 septembre et sa désastreuse décision de s'engager dans une seconde guerre d'Irak.



 



 Les affiches promotionnelles suivront là encore la ligne de force inhérente à chacun des films précités : on notera l’importance du thriller politique, marqué par des couleurs sombres, la présence de la nuit, de visages tourmentés ou crispés, et des monuments américains donné comme enjeux des luttes intestines pour le pouvoir suprême. Un crime dans la tête (The Mandchurian candidate - J. Frankenheimer, 1962 et J. Demme, 2004) en est l’avatar type, où les questions de la vérité et de son contrôle sont les moteurs de l’intrigue.


 



  Le président, ce héros


  Le président peut également être un héros classique, parfois à la limite de la propagande et du ridicule, notamment dans le très efficace Air Force One de Wolfgang Petersen (1997), avec Harrison Ford. On se souvient aussi de Bill Pullman dans Independence Day de Roland Emmerich (1996), ou encore de Jack Nicholson, dans le très parodique Mars Attacks ! de Tim Burton (1996). Dans les films catastrophes, le président demeure un incontournable, à l'image de Morgan Freeman, un des premiers noirs à occuper le poste, dans Deep Impact (M. Leder - 1998).




 
  Les séries télévisées, enfin, ont livré des visions intéressantes du président américain. La première est l'incontournable A la maison Blanche qui a fort bien décrit les arcanes du pouvoir, avec un Martin Sheen qui prêtait son épaisseur, son charisme et son humanité à son personnage. Il est une sorte de président idéal. Geena Davis fut la première femme à occuper le bureau ovale, dans Commander in chief. L'exemple le plus révélateur est celui de 24 heures chrono dans les deux premières saisons. David Palmer, un homme afro-américain de grande valeur, accédait à la fonction sous les nobles traits de Dennis Haysberg.

 


  Parfois, la fiction peut annoncer une évolution historique… par le poids et l’influence médiatique des images qu’elle propose, notamment à une Amérique encore sous le traumatisme du 11 Septembre. On s’interrogera ainsi in fine sur la capacité du cinéma hollywoodien à se détacher de toute influence politique passée, présente ou future, y compris lorsqu’il plonge dans l’uchronie, en illustrant le (faux) assassinat de Georges W. Bush (Death of a President - G. Range - 2006). Probablement l'illustration littérale de l'atteinte la plus grave qui soit à l'image du dirigeant de la Nation : iconoclasme moral, physique et religieux, remettant en cause les valeurs profondes de la démocratie et de la Constitution Américaine.

 


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