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28 juillet 2008 1 28 /07 /juillet /2008 09:45

  Série culte ayant véritablement révolutionnée la fiction télévisuelle lors de sa création, X-Files, aux frontières du réel (The X-Files) est une série télévisée américaine en 201 épisodes de 43 minutes (202 si on compte le pilote), créée par Chris Carter et diffusée entre le 10 septembre 1993 et le 19 mai 2002 sur le réseau Fox. En France, la série a été diffusée à partir du 11 juin 1994 sur M6.

 

 
  Au cours des 9 saisons que comptera la série, les téléspectateurs pourront suivre les aventures de deux agents du FBI, Fox Mulder et Dana Sculy, responsables du département des Affaires non classées : évènements paranormaux, disparitions mystérieuses, monstruosités et complot mondial seront leur lot hebdomadaire, les histoires étant basées sur de véritables dossiers de l’étrange autant que sur le folklore inhérent au cinéma fantastique et les légendes urbaines américaines.

  Ce qui frappera les esprits est essentiellement le réalisme et l’excellence d’X-files à tout point de vue : acteurs charismatiques, longs dialogues scientifiques entre des personnages mis pour la première fois sur un pied d’égalité, qualité cinématographique des épisodes, photographies, décors et effets spéciaux exceptionnels

 

 
  Le département des affaires non-classées se spécialise dans deux types d'enquêtes : le paranormal et la réouverture d'affaires restant à élucider. Ces affaires sont surnommées les X-files. Ce nom provient de l'esprit pratique d'une documentaliste travaillant pour le
FBI dans les années 50. Elle prit l'initiative de regrouper sous la lettre "X" les dossiers relatifs aux affaires n'ayant pas été élucidées, mettant ainsi à profit le faible volume de dossiers à classer sous cette initiale.





Le bureau de Fox Mulder


  Les X-files sont des dossiers pour lesquels aucune conclusion n'a pu être apportée. Leurs contenus sont variés, mêlant tueurs en série,
OVNI et affaires touchant à l'occultisme et au paranormal. Ils sont entreposés dans les locaux du département des affaires non-classées.

 

 En se plongeant dans ces dossiers, Mulder et Scully mettent à jour un complot gouvernemental destiné à planifier une invasion extra-terrestre de la Terre en 2012. Les ennemis, faux informateurs et manipulations sont monnaie courante dans la série et fourniront les phrases chocs successives de clôture du générique : « The Truth is out there » (La Vérité est Ailleurs), « Trust no one » (Ne faites confiance à personne) et « Resist or Serve » (Résister ou collaborer), auquel se rajoute la phrase clé de la désormais célèbre affiche d’ovni du propre bureau de Mulder (« I want to believe », Je veux y croire).

 





   
En 1998 parait un premier film (The X-Files : Combattre le Futur, de Rob Bowman, sortie le 21 Octobre 1998) qui fait le lien entre les saisons 5 et 6, où les références au complot mondial abondent et dont le titre lui-même évoque l’invasion extra-terrestre préprogrammée de 2012. Après dix ans d’absence, en 2008, un nouveau projet initié par Chris Carter, concepteur de la série, abouti enfin à un second film (The X-Files : Régénération, sortie le 30 Juillet 2008 ; The X-Files : I Want to Believe en VO) conçu cette fois ci comme un épisode indépendant et devant permettre à une nouvelle génération de spectateurs de découvrir l’univers X-Files.

 

 
 









 
La campagne promotionnelle menée en 1998 tenait à vendre le premier film sur deux concepts fleuves : mystère et thriller d’action. Les préaffiches, basées sur un mot et une couleur clé, conservent une aura paranormale tout en dévoilant chacune l’un des lieux d’investigation du film. L’affiche internationale est quant à elle sobre et classieuse, plongeant intrigue et personnages dans la large toile de la conspiration gouvernementale symbolisée par un X gigantesque cerclé de rouge. L’affiche est toutefois à rapprocher des productions hollywoodiennes de l’époque, adaptations de séries tournées vers le thriller et l’espionnage (Mission Impossible - B de Palma - 1996 ; Le Saint - P. Noyce - 1997 ; Chapeau Melon et bottes de cuir - J.S Chechik - 1998).

   


 En 2008, les studios BLT & Associates réalisent une somptueuse pré-affiche (parue fin Mars 2008) qui allient avec modernité la mythologie traditionnelle des X-Files à un visuel original où, pour une fois, les personnages n’apparaissent pas en gros plan ou en contreplongée mais au contraire en plongée : un plan menaçant en noir et blanc où le logo X-Files est simplifié en un X à la fois ombre portée croisée de Mulder et Scully (symbolisant leur complémentarité et leurs liens indéfectibles) et ciseau gigantesque (menace et censure, permanentes double Epée de Damoclès sur les affaires non classées…). Les affiches finales suivantes seront plus décevantes, car plus classiques et en partie ratée artistiquement parlant (abus du logiciel Photoshop !), X ensanglanté dans le neige canadienne et mis à part…

   
 La promotion elle-même, entre ombre et lumière, garde donc sa part de mystère et d’imprévue. On constatera, du reste, que le sous-titre du film est différent des deux côtés de l’Atlantique : référence directe à l’affiche pré-citée du bureau de Mulder, le « I Want to believe » américain, reflet du conflit intellectuel et moral entre lui et Scully, devient en Europe « Regeneration » qui sonne comme le renouveau cinématographique du concept. Mais y aura-t-il un 3ème film avant ou pour 2012 ?

 

The Truth is out there.

 

 




Dossiers sur l’univers X-Files :

 

-        http://fr.wikipedia.org/wiki/X-Files,_aux_fronti%C3%A8res_du_r%C3%A9el

-        http://www.dvdrama.com/news-15926-dossier-serie-x-files.php

-        http://www.allocine.fr/film/fichefilm_gen_cfilm=131886.html

 

 

 

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Published by Philtomb - dans Décrypt'affiche
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18 juillet 2008 5 18 /07 /juillet /2008 12:48
  Vacances obligent, un peu (beaucoup ?) moins d'articles publiés récemment...





  Voici donc le programme des futures publications sur ce blog :

- La saga BATMAN
- X-files
- La mort sur les affiches de film
- Animation : vendre et promouvoir le dessin...
- L'affichage parallèle : la création de l'inexistence


 Le traitement des affiches de Collège et Lycéens au Cinéma reprendra en Septembre 2008.

 N"hésitez pas à poster vos remarques, correctifs et commentaires...

 
  Merci encore aux nombreux lecteurs/visiteurs/cinéphiles de ce blog qui a ainsi pu dépasser les 900 visites au compteur en quelques mois...

A bientôt !
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Published by Philtomb - dans News
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3 juillet 2008 4 03 /07 /juillet /2008 18:06

7 - Analyse détaillée des affiches par genre : codes de construction (couleurs, structures personnages, regards)

 



Sources :
http://www.qualiquanti.com/pdfs/affetbafilmsword.pdf - 2000.

 

- Les affiches de comédie utilisent un registre de couleurs vives et franches, sur un fond blanc ou monochrome, avec des personnages en pied qui sont en interaction.

- Les affiches de films policiers présentent un personnage de trois quart, avec un regard inquiet et perplexe, dans un univers en clair obscur qui symbolise le trouble de la situation dans laquelle il se trouve.


-  Les affiches de films d’aventure ou d’action sont divisées en deux parties : le bas de l’affiche est très sombre alors que le haut est illuminé par des couleurs orangées (ciel tourmenté, horizon enflammé, explosion, …). Le héros systématiquement armé est photographié de face à mi-corps, comme s’il émergeait entre le ciel et la terre. Son visage est tendu et son regard plein de concentration est tourné à la fois symboliquement vers son destin et vers le spectateur qui est interpellé.

- Les affiches de films d’horreur ou de science-fiction ont un fond noir souvent déchiré par une raie de lumière verticale (éclair, reflet d’une lame, …), avec des lumières spectrales (lueurs blanches, bleues, rouges, vertes, …). Sur ce fond de ténèbres, on ne voit que des visages révulsés d’effroi ou simplement des yeux dont le regard est brisé par une vision d’horreur.

- Les affiches de comédies dramatiques sont construites simultanément sur deux axes pour présenter le double aspect du genre : un couple est mis en position centrale pour renvoyer à l’élément dramatique et le contexte d’action est représenté suivant les codes propres aux autres genres, suivant que le film est plus proche du policier, de la comédie ou du film d’aventure/ action.





 Notes : L’affiche Est-Ouest (R. Wargnier - 1999) est un exemple d’affiche trop énigmatique sans amorce sur le contenu du film. Le spectateur ne sait pas du tout à quoi s'attendre, avec cette image de la mer avec un minuscule bateau au centre. Elle crée une énigme qui n'a pas de fondement pour le genre comédie dramatique, qui fonctionne plutôt sur le couple ou la relation humaine. Il faut que l'affiche puisse dire un minimum de chose, qu'elle raconte au moins une hypothèse d'histoire ou montre le visage d’un protagoniste pour que le film obtienne une première adhésion de principe.

 

8 - La construction des titres et des sous-titres

 Elle se caractérise par un parti pris de concision, quels que soient les genres, avec en particulier :

- Des noms propres (Ex : Rembrandt ; Vatel ; Alice et Martin).

- Des descriptions : ce sont des noms génériques qui désignent une catégorie de choses ou de personnes (Ex : Les parasites; Les ensorceleuses ; Petits frères).

- Des constructions appositives proches de la rhétorique des titres de livres ou de romans, avec un génitif de possession qui passe par la préposition "de". Ce sont des expressions composées avec un élément déterminé et un élément déterminant, mais qui ne sont pas des phrases. Cette catégorie de titres avec un "de" appositif est typiquement française (Ex : Les enfants du siècle ; Une journée de merde ; La classe de neige).




-
 
Le caractère expansif de la langue française rend parfois difficile la création de titres courts. Les titres en anglais concentrent généralement plus de sens en moins de mots.
Mais l'effet expansif du français peut être utilisé pour créer des titres longs qui se démarquent par rapport aux autres plus courts.

 Les titres français n'ont pas toujours une signification explicite et claire. Ils fonctionnent souvent de manière indirecte, en laissant une ambiguïté sur le sens grâce à :

- L'élision d'une partie de phrase qui introduit un morceau sous-entendu qui reste à deviner (Ex : … Comme elle respire.)




- Un jeu sur le sens propre et le sens figuré, entre lesquels il n'est pas évident de choisir à première vue.

 Le sous-titre, qui apparaît en plus petits caractères, peut avoir plusieurs fonctions, notamment selon sa position par rapport au titre (accolé en dessous, ou placé au dessus) :

Une fonction d'expansion et d'explicitation du titre notamment en termes de genre. En général, le sous-titre est alors placé à proximité du titre (en-dessous ou à côté). Cette modalité du sous-titre intervient quand il s'agit d'un titre très court ou peu transparent ou quand il s'agit d'une traduction qui a engendré une perte de sens.

 



Une fonction d'accroche proche de la rhétorique publicitaire, en particulier lorsque le sous-titre est placé au-dessus du titre sur l'affiche.

 

9 - Des phrases d'accroche à l'aspect polysémique

  Les affichent comportent parfois des phrases qui s’ajoutent au titre pour donner des renseignements supplémentaires sur le film ou accrocher différemment l’attention du spectateur. Ces phrases jouent généralement sur plusieurs registres de façon simultanée.

Parmi les axes exploités par les phrases d'accroche, il y a :

Les phrases qui fournissent des renseignements complémentaires sur le thème, le genre ou la tonalité affective du film.




Les phrases qui renseignent sur la relation entre les spectateurs et le film.

Les phrases qui établissent un lien entre un film plus ancien et le film concerné. C'est un principe de rétro-référence et d'appel à la mémoire spectatorielle, qui est lié au fait que la réception d'une oeuvre d'art en général et d'un film en particulier n'est pas une réception ponctuelle.

Ce registre d'accroches rétrospectives par rapport à la mémoire cinématographique a plusieurs logiques :

- La surenchère par rapport à un film du même genre en particulier pour les films fantastiques ou d'horreur, qui laissent des impressions fortes et inoubliables.

- La mémoire des œuvres du même réalisateur.

- Le rappel d'une première occurrence du même film, dans une version antérieure : Halloween, Après 20 ans, il revient.

L'interpellation dans les phrases d'accroche passe par différents biais :

L'adresse directe au spectateur qui passe par le "vous".

L'amorce d'une réflexion curieuse ou à caractère paradoxal. Les phrases d'accroche ont souvent une tonalité proverbiale.

Les phrases qui visent à intéresser les spectateurs au thème du film en leur disant "Cela vous concerne". L'idée est de nier le caractère fictif de ce que raconte le film, pour dire que cela concerne la vie de chacun et pour susciter un intérêt personnel.



10 - Les traductions en français de titres de films américains

Les modes de traduction des titres peuvent être classés en cinq grandes catégories, selon le procédé de transposition utilisé :

La conservation du titre original. Le fait de garder le titre original ou de renoncer à traduire correspond à deux hypothèses opposées :

- Soit le titre est absolument spécifique ou intraduisible et il est conservé tel quel.

- Soit le titre est transparent (nom propre, terme anglais très courant, …) et donc il n'est pas nécessaire de le transposer dans une expression française équivalente.

 

La traduction littérale. Elle est possible quand il y a une équivalence sémantique directe, c'est-à-dire quand :

- Il existe des mots sémantiquement équivalents, qui n'engendrent pas de perte notable de sens.

- Il n'y a pas d'enjeu dans le titre original qui soit de l'ordre de la connotation ou du type de discours.

- Il y a une expression idiomatique équivalente.

 

L'adaptation. Elle correspond à une traduction large et libérale qui peut engendrer une perte de sens notable.

Le choix de la francisation complète présente l'avantage de transposer le titre original dans une expression qui à un sens clair en français. La perte de sens peut être compensée par un sous-titre qui permet d'expliciter la signification intégrale du titre anglais original.

 



 

La création d'un autre titre mais pseudo-anglais franco-phoniquement transparent : Dans certains cas, le titre anglais original est remplacé par un autre titre en franglais indistinct (ni vrai français ni vrai anglais) qui donne une coloration américaine tout en étant compréhensible pour les français (Ex : Sexcrimes à la place de Wild things).

La duplication. Ce procédé consiste à composer un ensemble titre / sous-titre :

- Qui conserve soit en majeur, soit en mineur le titre original.

- Qui complète ou explicite les termes anglais conservés.

 

 On déduira par conséquent assez aisément que l’affiche cherche le rapprochement maximal avec une culture supposée commune et nationale (un vocabulaire de base, des éléments et symboles universels, quelques éléments du patrimoine). De la transposition du titre découle un environnement visuel de codes plus ou moins complexes et mis en interrelations, où la maitrise formelle et intuitive du design produit une lecture en principe explicite. C’est l’enjeu pédagogique permanent de la construction/déconstruction inhérente à toute lecture de l’image, que ce blog focalise sur l’affiche de film, passerelle idéale entre l’image fixe (la photographie ou la couverture du livre), l’image séquentielle (la séquence d’images filmiques ou de cases de bandes dessinées) et l’image en mouvement. Toute image  créée, vue, lue, perçue et en devenir dans les yeux du liseur-spectateur…

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30 juin 2008 1 30 /06 /juin /2008 18:16

Chapitre 10 - L'affiche productrice de sens (partie 2)

 

3 - La mise en valeur hiérarchisée des acteurs et des rôles

  Il y a différentes manières de présenter en image les acteurs d'un film et de donner une idée de l'importance de leurs rôles. Le procédé consiste à distinguer les plans et les échelles visuelles par la photographie.

 Au sein notamment des récentes grandes productions hollywoodiennes, la présence simultanée de plusieurs acteurs avec une idée de hiérarchie entre les rôles peut être suggérée par deux grands procédés :

En jouant sur l'échelle des visages photographiés et l'impression de profondeur de champ. Ce type d'organisation des acteurs peut prendre plusieurs formes caractéristiques :

- La distribution pyramidale autour d'un personnage central



- L'étoile concentrique avec un personnage au centre et des visages qui rayonnent dans toutes les directions.




- La spirale de visages avec un cycle où les visages s'amenuisent ou grandissent.


 

En dissociant visuellement deux plans, avec des effets de transparence et de superposition.

 

  La disposition des personnages sur l'affiche permet de les classer en deux catégories sur le modèle des plans distingués par Emile Benveniste :

Le plan discursif, qui instaure un rapport je / tu entre le(s) personnage(s) et le spectateur. C'est le cas des affiches où les personnages sont de face et en particulier des affiches de films d'action où le héros est frontal.


Le plan narratif, qui distingue plus clairement le spectateur des personnages, ces derniers étant placés en interaction. C'est le cas des affiches où les personnages sont en interrelation dans des scènes latérales, sans regard dirigé vers le spectateur, notamment sur les affiches de comédies ou encore sur celles ou le duel est l’élément clé attendu en cour ou finalité du scénario.

 

  L'absence totale de personnages (aucune silhouette ou portion de corps humain)
est particulièrement rare sur les affiches de films : la présence d'un être humain assure une fonction empathique, nécessaire pour anticiper l'adhésion au film. Oter tout point de référence « humain » signifie soit que l’ambiance est mise en valeur, soit qu’un objet/logo peut symboliser tout le film. On jouera enfin sur un minimalisme à l’extrême des héros pour signifier l’extrême danger pesant sur leurs épaules…

 

 

4 - L'intégration visuelle du titre au sein de l’affiche

On relira sur ce thème le chapitre disponible sur ce blog au lien suivant :
http://cine-l-affiche-en-plein-coeur.over-blog.fr/article-18471001.html

 Elle relève de six grandes modalités :

Le titre n'est pas travaillé ni mis en valeur particulièrement. Il apparaît secondaire par rapport à l'image, avec une typographie neutre et banale.

Le titre utilise une typographie travaillée, qui fait stylistiquement écho à l'image.

Le titre est motivé « iconiquement » en étant intégré en situation dans l'image, comme un élément de l'image elle-même. Ce n'est plus tant un texte dans une image qu'une image de texte, puisqu'il est intégré sémiotiquement à la composition iconique de l'affiche. (Ex : le titre Vénus Beauté est l'enseigne de l'institut de beauté : le titre Taxi est écrit en jaune sur le sol, comme un marquage de la chaussée ; le titre Paradis Express est écrit sur une plaque minéralogique américaine).

Le titre fait l'objet d'une motivation légère par une simple analogie stylistique entre la typographie utilisée et le thème : la manière dont les lettres sont écrites évoque ce que signifie le titre. (Ex : Cube est écrit de façon cubique, Le veilleur de nuit avec des lettres lumineuses).

Le titre à un rôle architectonique dans la construction de l'affiche et dans l'organisation de l'image. Il participe à la construction même de l'affiche en divisant ou structurant l'espace autour de lui-même selon un axe horizontal, vertical ou transversal. Le visuel s'organise alors autour de cette structure architecturale.



Le titre est quasi monopolistique dans l'affiche : il en est le véritable contenu et occupe toute la place.



5 - Les écritures sur les affiches : titre, distribution, l'équipe technique et les crédits

 La façon d'écrire les différentes indications en texte sur les affiches diverge en France et aux Etats-Unis.

 

Sources : http://www.qualiquanti.com/pdfs/affetbafilmsword.pdf - 2000.

 

6 - Les logos de partenaires en bas des affiches

 La présence de logos en bas des affiches signifie d'une manière générique et indistincte un rapport commercial entre les partenaires et le film. L'ignorance du rôle du partenaire ou de la nature du lien entre le partenaire et le film empêche le logo de fonctionner comme une signature de marque.

 Il n'y a pas de construction de véritable partenariat dans la mesure où :

Le rôle des marques apposées est ignoré.

Ce sont des marques qui n'ont pas de rapport direct avec le cinéma. La marque ne peut pas fonctionner comme la signature d'un producteur sur son produit.

 Il est néanmoins possible de supposer par défaut un autre type de relation, suivant la compétence cinématographique ou culturelle de la marque :

Le sponsoring affinitaire. S'il est impossible de préciser la nature de la relation entre le film et une marque qui n'a rien à voir avec le cinéma, il est possible de l'interpréter comme un écho de tonalité ou un rapport entre l'identité de la marque et le contenu ou l'ambiance du film.

La caution de qualité. S'il est possible d'assigner à la marque partenaire une compétence cinématographique plus ou moins directe, la présence du logo peut avoir une valeur de caution. C'est plutôt le cas des marques du type :

- Chaînes de télévision avec une coloration particulière (Canal Plus, 13ème rue, Comédie), ou qui s'intéressent au cinéma dans certaines de leurs émissions phares (Paris Première)

- Des titres de presse qui exercent par ailleurs une fonction de critique (Libération, Télérama, Première, Studio, Ciné Live, l’Ecran Fantastique, Mad Movies, etc.).

  L’analyse quantitative des parrains présents sur les affiches en 1998 et 1999 (source catalogue Avenir) révèle que :

- Les parrains les plus présents en 98 et 99 sont dans l’ordre MCM, Fun Radio, NRJ, Europe 2, Skyrock, Comédie, RFM, Chérie FM, RTL, RTL2, AlloCiné, 13ème Rue, France Inter, Europe 1,

- Le nombre moyen de partenaires est de 2 pour les affiches américaines et de 1,6 pour les affiches françaises, avec jusqu’à 7 partenaires simultanés sur une affiche.

 

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30 juin 2008 1 30 /06 /juin /2008 17:40


L’affiche de film, productrice de sens…

 

 

  On ne répétera probablement jamais assez qu’une affiche de film est un « jeu de conception visuel », fabriqué pour faire sens de diverses manières auprès de spectateurs de tous âges, de toutes origines et de toutes cultures. Les facteurs d’identification préalables au « film rêvé » par le spectateur lambda s’appuient par conséquent sur une palette très précise d’éléments basiques, devant lui permettre d’identifier assez rapidement notamment le genre du film et la tonalité générale du scénario.

  Les couleurs et le chromatisme d’ensemble du design, les modes de lecture, la hiérarchisation des informations, les typographies et logos participent tous ainsi d’une lecture participative qui devient moteur de liaison au sein de la promotion publicitaire entre l’artiste et le spectateur. La différence provient in fine de chacune des cultures nationales, qui expliquent principalement les différents designs ou les modifications apportées ici et là à quelques détails - et y compris entre les territoires américain et français.

 

 

 

1 – Couleur de fond d'affiche et chromatisme

 

  Valeur psychologique et inconsciente majeure, souvent sous-estimée, la couleur revêt dans l’affichage contemporain une importance fondamentale. La couleur de fond d'affiche et le chromatisme général sont probablement les facteurs les plus forts devant permettre l’identification des genres : on rappellera ici que :

 

Le blanc et les couleurs claires interviennent pour signifier le registre de la légèreté et de l'humour des comédies.

 

Le noir et les couleurs sombres interviennent pour signifier une tonalité grave, angoissante, ou horrible qui correspond aux films policiers, fantastiques, de SF ou d'horreur.

 

  Il est assez intéressant de percevoir que les couleurs de fond et le chromatisme général sont différents d'un côté et de l'autre de l'Atlantique :

 

Les affiches américaines ont tendance à être dans un registre à la fois plus sombre et plus chaud, avec l'utilisation de tons nuancés et de fondus à partir d'une base noire. Ce principe contribue à emplir de « sérieux » des œuvres au demeurant et à priori légères, ou du moins à réaffirmer le poids des effets spéciaux…

 

La France en revanche fait un usage plus courant du fond blanc ou de couleur, avec des tons plus francs et moins mélangés. L’affiche française se veut généralement plus simple et plus claire que son équivalente anglo-saxonne, le genre de la comédie sociale y étant également plus représenté.

 

  Les genres aventure, policier, science-fiction, horreur sont beaucoup plus développés aux Etats-Unis qu'en France (51 % des sorties américaines sur la période courant de juin 1998 à juin 2000 contre 9% des sorties françaises. Source CNC). Les couleurs sombres pèsent dans les affiches américaines et ont tendance à connoter une certaine américanité depuis les années 1970 (voir les chapitres introductifs de ce blog).

 

 

 Le noir et le blanc sont combinés sur les affiches selon quatre modes dont la signification est différente (cf. tableau suivant) :

 

Le mode noir pur, emblématique des ténèbres et de l'angoisse (policier, fantastique, horreur).

 

 

Le mode blanc pur, évocateur de la légèreté et de l'humour (comédie).

 

 

 Remarque : on trouve aussi du blanc total pour des films dont le ressort n'est pas directement l'humour.   Dans ce cas, la blancheur viendra soit réaffirmer la tonalité légère de l’histoire, soit véhiculer l’idée de pâleur fantomatique ou spectrale liée à l’angoisse du vide (blanc symbolique), soit encore, refléter une ambiance « médicale », le blanc et le rouge étant alors souvent associés.

 

 

Le mode noir et blanc séparés (aventure, guerre, western) crée un univers non ambigu, où le bien et le mal s'opposent clairement.

 

 La séparation nette entre l'ombre et la lumière marquée par une ligne d'horizon signifie la dualité morale dans les films d'action et d'héroïsme (voir sur ce blog l’analyse de l’affiche de 3:10 pour Yuma).

 

Le mode noir et blanc mêlés (policier, film noir).

 

 Le clair-obscur signifie l'ambiguïté morale des films à énigme, où il est impossible de voir clairement la situation et de distinguer le bien du mal.

 

 

 

 

(Voir sur ce blog, autour des affiches en noir et blanc, le chapitre suivant : http://cine-l-affiche-en-plein-coeur.over-blog.fr/article-18471576.html).

 

 

 

Sources : http://www.qualiquanti.com/pdfs/affetbafilmsword.pdf - 2000.




2 – Deux types d'images et de modes de lecture sur l'affiche : distribution et contenu.

   Les affiches sont composées simultanément de deux types d'images, qui correspondent à deux modes de lectures parallèles : la distribution / le contenu.

Un mode portrait, avec une image précise et pleine, focale. Elle correspond généralement à l'acteur principal. Cette partie de l'affiche a une fonction de présentation du héros.

Un mode narratif, avec une image évoquant un ou plusieurs éléments de l'histoire (scène, sujet, autres personnages, …). Cette partie de l'image semble secondaire par rapport au mode portrait parce qu'elle est :

- Soit à une échelle plus petite.

- Soit en surimpression.

- Soit en flou décoloré.

 Il y a un principe visuel de fondu des images, qui n’apparaissent donc jamais séparées les unes des autres :

Soit elles se superposent et se sur-impriment.

Soit elles passent l'une dans l'autre avec des frontières indistinctes grâce à un jeu sur l'ombre et la lumière, le flou et le net.

 Cette chaine d’images présuppose que l’artiste a conçu d’une quelconque manière (couleurs vives, netteté, grosseur, etc.) une hiérarchisation de chacun des éléments présentés, afin de donner au design - et à l’œil du spectateur - une rapidité de lecture évidente, qui n’enlève rien à la réelle complexité thématique du visuel.

 

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29 juin 2008 7 29 /06 /juin /2008 12:11

 Le travail présenté sur ce blog autour de l’analyse de l’affiche de film se veut novateur, dans le sens où aucun ouvrage n’existe à ma connaissance sur le sujet (relire le message d’accueil)  ; plusieurs sites dédiés au cinéma ont toutefois entrepris ponctuellement d’évoquer la thématique des affiches de films (sous des angles variés qui vont d’un regroupement de genre à leur valeur plastique).

En voici donc une liste non exhaustive :



-
    Les affiches françaises du film noir américain : superbe site proposant une exposition thématique associant la Bibliothèque du Film (BIFI), du Centre national du cinéma (CNC), de la Cinémathèque Française et de la Bibliothèque Nationale de France (Département des Estampes et de la Photographie).

        http://cinema.film-noir.bifi.fr/



 

 

-        Objectif Cinéma : le site dispose d’un court dossier « affiches et affichistes de cinéma », qui renvoie par ailleurs sur cinq exemples d’analyses d’affiches.

http://www.objectif-cinema.com/spip.php?article3197

 

-        DVDRAMA : plusieurs articles reviennent sur « l’objet » affiche de film, tant pour dresser un panorama des films à venir que pour signifier les coups de cœur de l’équipe :

http://www.dvdrama.com/news-25463-nos-meilleures-affiches.php

(Nos meilleures affiches)

http://www.dvdrama.com/news-27420-ou-sont-nos-belles-affiches-d-antan-.php

(Où sont nos affiches d’antan ?)

 

-        Première : le site du fameux magazine présente quelques exemples de lectures d’affiches, très bien mises en valeur (une zone de l’affiche numérotée = une explication).

http://www.premiere.fr/premiere/cinema/exclus-cinema/affiche-cinema

 

-        Sur un thème relativement proche, on consultera le magnifique site dédié au générique de film : http://www.generique-cinema.net/

 

-        Studio : lien vers l’annonce de la mise aux enchères à Drouot de la collection d’affiches de Christian Fechner (14 Juin 2008). Intéressante vidéo faisant le point sur les ventes.

http://www.studiomagazine.fr/culture/cineculte_zoom.asp?ida=213208 et http://www.studiomagazine.fr/culture/decryptage_zoom.asp?ida=213799

 

  Par ailleurs, n’hésitez pas à poster ici commentaires, remarques et suggestions de tous ordres, l’auteur de ce blog n’ayant en rien la science infuse…

 

Bonne lecture et merci aux nombreux visiteurs cinéphiles et/ou simplement curieux.

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26 juin 2008 4 26 /06 /juin /2008 17:51

Synopsis : "Ce n'était pas l'homme le plus honnête, ni le plus pieux, mais c'était un homme courageux. Il s'appelait Diego Alatriste."

 Tels sont les premiers mots du best-seller international d'Arturo Pérez-Reverte, "Le capitaine Alatriste". L'histoire se déroule dans l'Espagne impériale du XVIIe siècle, entre 1622 et 1643, sous le règne de Philippe IV, avant-dernier roi de la Maison d'Autriche. Philippe IV est un monarque faible et facilement manipulable, dominé par une Cour corrompue, agitée par les intrigues orchestrées par le très influent comte-duc Olivares. L'Empire espagnol décline lentement. La société souffre de ses nombreuses contradictions. Le luxe et l'opulence de l'aristocratie coexistent avec la misère et la vulnérabilité du peuple.  Ce monde déclinant est le théâtre des aventures de Diego Alatriste, fier soldat au service de Sa Majesté dans les Flandres, et mercenaire à Madrid et Séville en temps de paix.


 

 

  Film le plus cher à ce jour du cinéma espagnol (24 millions d’euros), Capitaine Alatriste (A.D. Yanes - 2006) s’inspire des cinq romans populaires écrits par Arturo Perez-Reverte depuis 1996, qui situent le personnage quelque part entre d’Artagnan, Cyrano de Bergerac et Don Quichotte. Les romans s’appuient sur une double lecture de l’Histoire et de la Littérature espagnoles, qui en font un sujet idéal d’étude dans le milieu scolaire. Le film s’écarte toutefois volontairement du grand spectacle, inhérent au genre contemporain du film historique, au profit d’une lecture intimiste et philosophique de la période, ainsi confrontée à notre propre siècle. Comme l’évoque son réalisateur : "L'Espagne du XVIIe siècle avait une dimension de confusion et de fausseté qui n'est pas sans rappeler notre époque...".

(Sources : Allociné)

 

 

 

  La première particularité de ce film et du matériel publicitaire affairant est sans doute qu’ils datent de … 2006 (le film est sorti le 1er Septembre 2006 en Espagne). Le Studio Usert38 réalisa dès cette année trois visuels qui furent par la suite réemployés de manière internationale. En ressortent les idées fortes du personnage d’un bretteur méditerranéen fatigué et désabusé, blessé, sali et poussiéreux dont l’imagerie renvoi bien sur assez directement au  Quichotte de Cervantès (écrit et publié de 1605 à 1615) dont la transposition la plus récente aurait du être Lost in la Mancha (T. Gilliam - 2003). A l’inverse de ce fameux personnage, toutefois, Alatriste apparait plus solitaire, réellement aristocrate (son grade de capitaine (capitan) ; le port de l’épée ; absence de l’armure de conquistador) et aussi plus en phase avec un contexte historique réaliste, où la guerre est omniprésente (le design général de l’affiche n’étant guère éloigné de celles des films les plus récents dans le genre).

 

   


 
Si le nom du personnage principal revêt une certaine empathie mélancolique (tristesse et souffrance morale), celle-ci est avant tout transposée dans un titre à la typographie vintage elle-même usée, relativement modifiée sans sa version française pour rapprocher l’œuvre du seul genre « cape et épée » (le personnage retrouve son grade militaire et l’écriture se fait plus romanesque, à la manière du Bossu ou des Trois Mousquetaires). L’arrière plan, plus ou moins flouté ou silhouetté, demeure pour amorcer le contexte d’une armée espagnole type du XVIIème siècle. L’ensemble du design est également assez évocateur des tonalités de la peinture de Velasquez et du Siècle d’Or espagnol, préférant toutefois une grande simplicité aux effets parfois exagérés du style Baroque.

 

 

 

  L’affiche résonne à vrai dire comme une affirmation : le film sera le portrait de l’Espagne du XVIIème siècle, dont le déclin tragique est déjà amorcé de par sa principale raison (des guerres extrêmement ruineuses) et où la figure fière du bretteur disparait au profit d’une nouvelle violence, amenée par l’usage intensif des armes à feu. Très proche dans sa tonalité romantique comme dans sa destinée d’un Cyrano de Bergerac ou d’un Capitaine Fracasse, Alatriste peut ce percevoir comme la confrontation du héros littéraire au monde moderne, là où ni l’épée ni la plume ne trouvent réellement leurs places, dans le nouveau concert de la politique de conquête des grandes nations tournées vers l’Absolutisme royal.

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19 juin 2008 4 19 /06 /juin /2008 18:57

  Si l’affichage et la création publicitaire ont autrefois étaient distingués en France - via notamment la cérémonie des Césars, de 1986 à 1989 - c’est que l’industrie cinématographique cherchait alors à récompenser un créateur graphiste, véritable maitre d’œuvre et artisan unique de la campagne promotionnelle menée autour d’un film. Le prix a disparu principalement en raison de l’arrivée des studios de création, qui ont rendu difficile l’identification du véritable responsable du concept initial, l’ère des grands affichistes arrivant à terme dans les années 1980.

 

  A l’inverse, aux Etats-Unis, un double état d’esprit demeure : on salut d’un commun accord le concept et le studio, dans un monde (le domaine de la création hollywoodienne) où l’individu travaille de toute manière de manière quasi anonyme pour les Majors, en dépit du titre de lead artist ou art director pour les plus concepteurs (designers) les plus connus.

 

  Traditionnellement se déroulent donc chaque année les Key Art Awards, organisés en 2008 (pour la 37ème édition) par The Hollywood Reporter, publication spécialisée dans le traitement de l’information à destination du milieu artistique et de divertissement (voir le site à cette page, où une vidéo  illustre le système de notation choisie :  http://www.hollywoodreporter.com/hr/content_display/awards_festivals/key_art/features/e3i9ddc10f5e9f2a6aae52a869f0c223a37). 

   
Les Key Art Awards récompensent l’ensemble des matériels promotionnels conçus autour d’un film : affiches (teasers et officielles) mais aussi bandes annonces, publicités imprimées dans la presse, packaging  vidéo (DVD, Blu-Ray), site web, etc. Cette année, la fameuse agence de création BLT & Associates (on leur doit des centaines de designs dont ceux du Silence des Agneaux, Titanic, Le Monde de Narnia, Sin City et dernièrement ceux pour American Gangster, Batman : the Dark Night ou X-Files 2) se distingue avec 18 nominations.

 

 « L'objectif est d'honorer le meilleur travail effectué dans le marketing du film, et la qualité du travail en ce domaine est de mieux en mieux chaque année… sans compter qu’il atteint  de nouveaux créneaux chaque année», a déclaré Bob Israël, président de la manifestation et producteur exécutif du spectacle.

 

Concernant l’affiche de film, les Key Arts Awards 2008 auront donc distingués les films américains suivants (par catégories) :

 

-        Film action/aventure/horreur : Grindhouse (Q. Tarantino et R. Rodriguez - 2007 ; design BLT & Associates)

-        Comédie : Juno (J. Reitman - 2007 ; design de BLT & Associates)



 

-        Drame : Prémonition (M. Yappo - 2007 ; design d’Ignition Print)

-        Familial : Ratatouille (B. Bird - 2007 ; design de Pixar Animation et Animation Creative Services)

-        Prix spécial : Les Simpson - le film (D. Silverman - 2007 ; design de Drissi Advertising Inc.)


 


La liste complète des nominations :

http://www.hollywoodreporter.com/hr/awards_festivals/key_art/index.jsp

 

Les nominés :

               http://royal.reliaserve.com/keyart/inline/content/viewContent.aspx?Content=nominees
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11 juin 2008 3 11 /06 /juin /2008 18:03

3.     Le récit contemporain à l’affiche : l’Histoire sous nos yeux

 

Le Film historique se charge de l’Histoire passée ou présente, et, dans ce dernier cas, en vient à illustrer une mémoire visuelle des faits démultipliée par la somme des médias contemporains (nombreuses images ou vidéo d’archives, reportages journalistiques, essais et documents divers, œuvres inspirées des faits, sites et forums Internet). L’affiche, logiquement  commémorative, se doit précisément d’être argumentée pour ou contre la thèse défendue, qui est d’ordre sociale, politique, religieuse mais aussi artistique : faut-il (au jour de la sortie du film) parler avec humour de la Shoah (La vie est belle - R Benigni - 1997), défendre les « oubliés » de la Guerre d’Algérie (Indigènes - R. Bouchareb - 2006), modifier la version officielle de l’assassinat de Kennedy (J.F.K. - O. Stone - 1991) ou raconter la fin de règne de François Mitterrand (Le Promeneur du Champ-de-Mars - R. Guédiguian - 2005) ? Si, aujourd’hui, le genre tourne à l’évidence moins à l’hagiographie déguisée, au profit d’une véritable lecture historique de la période ou du sujet traité, l’affiche n’échappe pour sa part que difficilement au fait d’être un moyen publicitaire. La déconstruction symbolique y est donc paradoxalement très rare, sauf quand c’est justement le propos du film (Mémoires de nos pères - C. Eastwood - 2006).









 

Focalisé sur le réel, l’interview des témoins ou des acteurs des évènements, et se faisant journalisme d’enquête ou d’investigation, le récit historique est devenu film historique documentaire : de la Sortie de l’Usine Lumière à Lyon (Frères Lumières - 1895) à The War (K. Burns et L. Movick - 2007) ou Bataille à Seattle (S. Townsend - 2008) en passant par les films en rapport avec le 11 Septembre (voir sur ce blog : http://cine-l-affiche-en-plein-coeur.over-blog.fr/article-18590450.html), le sujet est d’une richesse novatrice dans la forme comme dans le style. Les affiches chercheront donc le jeu sur le décalage graphique puisque le film n’est en général pas une fiction et n’a pas d’acteurs vedettes à vendre. Il y aura recherche d’un ton journalistique : l’affiche ressemble à une photo de presse ou un photomontage, à une page de magazine ou à un extrait de vidéo ; les couleurs sont en rapport avec l’époque du sujet. Pour les thématiques les plus sensibles (Shoah, racisme, religion), les affiches se simplifient à l’extrême : le titre du film, le nom du réalisateur et une accroche forte (De Nuremberg à Nuremberg - F. Rossif - 1989 ; La Guerre sans nom - P. Rottman - 1991). On lira donc à l’évidence le ton du film historique/documentaire à travers son visuel : grave ou ironique, sensibilisant ou dénonciateur, pédagogique ou politiquement engagé (voir, sur tous ces modes, les visuels des différents films de Michael Moore dont ceux du récent Sicko (2007), film qui sort cependant du genre historique au profit du documentaire social).









  Pour prendre un dernier cas récent, La chute (O. Hirschbiegel - 2005 ; voir le site officiel :
http://www.tfmdistribution.fr/lachute/)  à la fois marqué par l’aspect fictionnel et documentaire, par la polémique puis la réussite aussi bien critique qu’artistique (toutes questions sur l’objectivité du spectateur/historien ou sur l’humanisation d’Hitler mises à part…), on en viendra à observer comment, pour l’affiche d’un film historique, se jouent certainement encore plus qu’ailleurs des liens intimes entre texte/typographie et graphisme, couleurs et temporalité alloué à l’image.  Le film, qui présente les 12 derniers jours  de la vie d’Adolf Hitler dans son bunker pendant la Bataille de Berlin (Hitler se suicidant le 30 Avril 1945), ne pouvait - comme dans le précédent exemple napoléonien - se passait de la figure malheureusement emblématique du dictateur. Toutefois, cette réaffirmation visuelle est rendue nécessaire par un titre aussi terrible et évocateur (la chute, c’est la fin des temps ou l’Apocalypse) que flou (le contexte précis n’est pas évoqué), qui renforce la prestation impressionnante de l’acteur Bruno Ganz. Si le film, par ailleurs ancré sur deux sources documentaires scrupuleusement étudiées et remises en scène (le livre documentaire de Joachim Fest, Les derniers jours d’Hitler, et les mémoires de Tradl Junge, secrétaire un brin naïve du Führer), des choix techniques de réalisation sont effectués (la caméra 35 mm en lieu et place du Cinémascope traditionnel) afin d’éviter le spectaculaire ou la sur-dramatisation.

 

L’affiche de film historique aura donc eu une vie en trois phases : espace « héroïque » primitif (une affiche, un personnage historique, un visage), puis espace « mémoratif » (une époque, un lieu, plusieurs acteurs) et enfin espace « digressif » (l’Histoire sert de toile de fond à d’autres genres affiliés, dont la comédie ou le documentaire) ; aujourd’hui, le film historique navigue entre pédagogie de l’Histoire et distanciation prise avec une imagerie d’Epinal par trop évidente. Lorsque cette dernière est quasi-inévitable, le film s’engagera dans une lecture intimiste de son sujet, n’évitant pas toujours d’ailleurs le paradoxe inhérent à des personnages rendus à la fois hommes et mythes par l’Histoire, et qui veut donc que l’historien ne puisse pas faire une approche « neutre » du sujet (voir la Reine Margot (P. Chéreau - 1994), The Queen (S. Frears - 2006) ou les deux volets de la vie de Che Guevara (Argentine et Guérilla - S. Soderbergh - 2008)). L’affiche de film cherche aujourd’hui à être une digression au-delà du mythe établi, afin d’établir une nouvelle étape iconique qui fasse date à son tour

 



 

 

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11 juin 2008 3 11 /06 /juin /2008 09:59

Synopsis : Surgi de nulle part, le phénomène frappe sans discernement. Il n'y a aucun signe avant-coureur. En quelques minutes, des dizaines, des centaines de gens meurent dans des circonstances étranges, terrifiantes, totalement incompréhensibles. Qu'est-ce qui provoque ce bouleversement radical et soudain du comportement humain ? Est-ce une nouvelle forme d'attaque terroriste, une expérience qui a mal tourné, une arme toxique diabolique, un virus qui a échappé à tout contrôle ? 

  Pour Elliot Moore, professeur de sciences dans un lycée de Philadelphie, ce qui compte est d'abord d'échapper à ce phénomène aussi mystérieux que mortel. Avec sa femme, Alma, ils fuient en compagnie d'un ami, professeur de mathématiques, et de sa fille de huit ans. Très vite, il devient évident que personne n'est plus en sécurité nulle part…







 Phénomènes
(Sortie en salles le 11 Juin 2008), de M Night Shyamalan (relire sur ce blog :
http://cine-l-affiche-en-plein-coeur.over-blog.fr/article-18499200.html) est une fois de plus une œuvre « à double tranchant » : inscrit dans une tonalité de série B ou de film d’horreur/catastrophe, Phénomènes n’en demeure pas moins, et une nouvelle fois après Signes (2002) ou Le Village (2004), une réflexion sur l’Homme,  la structure familiale, la société insouciante, et leurs capacités à résister aux assauts extérieurs, quels qu’ils soient. Politique, foi, religion et volonté font souvent du héros une exception plus que rare, aboutissant à un dénouement heureux mais surprenant (sur le principe du fameux twist final (voir http://fr.wikipedia.org/wiki/Twist_final). Mais l’espoir sera-t-il encore de mise dans ce nouveau film ?

 


 Comme souvent chez Shyamalan, et au-delà des inspirations explicites (ici, Les oiseaux (Hitchcock - 1963), l’Invasion des profanateurs de sépultures (D. Siegel - 1956) ainsi que les différents Godzilla), son cinéma s’appuie sur des idées fortes mais simples : « Je rentrais à New York, c'était une journée magnifique et les arbres bordaient la route. Je me suis brusquement demandé ce qui se passerait si la Nature se retournait contre nous. En un instant, j'avais toute la structure de l'histoire, les personnages s'imposaient d'eux-mêmes. J'en étais ravi parce que les films sont toujours meilleurs et plus accessibles quand c'est la structure qui prédomine. Avant même d'avoir écrit un mot du scénario, je savais que je voulais un style particulier pour ce film. J'avais envie de faire quelque chose d'électrique, d'acéré et de dynamique. »

(Sources : Allociné : http://www.allocine.fr/film/anecdote_gen_cfilm=126871.html).

 

  En regardant les visuels de Phénomènes (tous créés par les Studios The Ant Farm), notre œil est attiré par ce titre court et explicite, également emblématiques d’un réalisateur qui donne en permanence du sens et des indices : The Happening (en VO), traduit dans sa version québécoise par l’Evènement et dans sa version mexicaine/espagnole par La fin des temps, renvoie plus directement en français à un fait sensible ou un phénomène physique et naturel, dans l’acception scientifique du terme. Outre l’intrigante première affiche teaser américaine, avec sa file de voitures abandonnées (comme signal ultime de la désaffection humaine vis-à-vis des énergies sales ?), on remarquera que les affiches américaines et françaises finales ont préféré réintégrer l’élément humain et familial (homme/femme/enfant), bien que suggérant toujours ouvertement l’Apocalypse imminente. Déformation spatiale et anarchie du cadre bureaucratique urbain, couleurs froides et cellule familiale menacée complètent visuellement une accroche alarmiste («Il est déjà trop tard ») qui ne fait cependant plus référence aux précédents films de Shyamalan.

 




 Une version différente de l’affiche circule au Mexique (sous trois versions : on y retrouve la file de voitures abandonnées réorganisée mais le décor est celui de la ville de Mexico et de sa colonne de l’Ange de l’Indépendance !) et en Allemagne : pour cette dernière, il s’agit d’une surprenante  vue en plongée sur une humanité décimée où « survivre est la seule réponse »… Le couple vedette du film y apparait sous un double aspect puisque, outre la symbolique du noir et blanc de leurs vêtements, on verra dans ces nouveaux Adam et Eve une relecture du Pêcher originel : Paradis terrestre sacrifié, humanité aux mains tachées de sang (voir les ombres inquiétantes issues du couple) et incapacité de l’Homme a géré le patrimoine fondamental du Vivant. Ce que les sombres nuages noirs et orageux des précédents visuels présageaient sous la forme d’une menace aussi sur-naturelle que divine… Comme souvent, par conséquent, les affiches jouent sur la répulsion/attirance du spectateur pour la menace surgie de l’Inconnu : placés sur la frontière entre ville et campagne, zone de vie et de mort, cadre (familial) et hors champs, ces phénomènes ne manquent pas de terrifier une humanité incapable de « lire les signes avant coureurs » (les pages blanches s’envolent), dans une perspective permanente d’auto destruction programmée telle une Epée de Damoclès, mais aussi de cheminement vers un autre degré de connaissance (voir sur ce point l’affiche emblématique de Rencontre du troisième type).

   Phénomènes visuels ou retour à l’ordre naturel des choses ?

 

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