Overblog Suivre ce blog
Administration Créer mon blog
24 mars 2008 1 24 /03 /mars /2008 16:46

 

   Bienvenue chez les Ch'tis (comprendre « chez les gens du Nord de la France ») est la comédie au succès aussi phénoménal qu'inattendu du début d'année 2008. Le film, sorti le 27 Février, engrange rapidement 17 millions de spectateurs (Note : il dépasse le succès historique de la Grande Vadrouille le 07 Avril 2008) et se classe d'emblée dans les 4 films en langue française les plus rentables de tous les temps depuis 1945. Le hasard fait que tous sont des comédies (Grande Vadrouille de G. Oury en 1966, Astérix et Obélix : mission Cléopâtre d'A. Chabat en 2001 et Les Visiteurs de J.M. Poiré en 1993), que tous reposent sur un duo d'acteurs aux tempéraments en apparence opposés, et que tous défendent les valeurs patrimoniales françaises tout en les critiquant à travers l'espace ou le temps.





  L'affiche de Bienvenue chez les Ch'tis est  représentative de cette promotion régionaliste puisque y apparait en toile de fond un beffroi (celui de la ville de Bergues, où se déroule l'action du film), emblématique de la Région Nord pas de Calais. Le rendu flou du monument n'est pas sans rappeler qu'une méthode équivalente annonçait Marseille sur l'affiche du premier volet des Taxi (G. Pirès) en 1998. Le mot pluriel « Ch'tis » identifiera une culture locale résonnant d'une oralité marquée, et s'ouvrant sur un « petit monde » à la fois pittoresque et envahissant, puisque débarquant fièrement au sein du mot sous un angle familial à la limite du sans gêne.

  Là où la promotion du film s'affirme réellement, c'est en ancrant le film dans le genre comédie et duo d'acteur reconnu via son principal ressort scénaristique : le rire. Car, si la photographie servant de design principal au plan central de l'affiche est directement reprise à une scène du film, l'effet cliché est à double sens : pour le néophyte - qui aura du mal au premier coup d'œil à reconnaitre la tenue de facteur dernier cri de Dany Boon - le rire est assuré par la complicité des deux hommes, alors que le film enfonce le clou ironiquement sur une tournée un peu trop arrosée...

De même, et en dépit de signes clairs une fois vu le film, ni la casquette dévissée de Dany Boon ni la cravate défaite de Kad Merad (synonyme de beuverie donc) ne paraissent comme une promotion « franchouillarde » de l'alcoolémie mais bien comme celle de la « franche » camaraderie.


Par ailleurs, rien dans les deux hommes n'annonce le Nord : chemisette à manche courte, ciel bleu, couleurs vives et identiques (blanc et bleu) des vêtements et logo-titre lumineux sont bien loin de la grisaille et du froid d'Epinal collés à cette région comme à la Bretagne. La pose des deux hommes, rires tonitruants et complices, chapeau dévissé et cravate desserrée, semble directement inspirée du visuel photographique de l'affiche du Corniaud (G. Oury - 1965), dont le mot argotique résumait également savamment le film, autour de Louis de Funès et de Bourvil.

 Rire des clichés, rire du spectateur mais en affirmer d'autres comme culture à part entière et de nouveau en rire, voilà le propre...du cinéma !


corniaud2.png

Repost 0
24 mars 2008 1 24 /03 /mars /2008 08:17

DE SABLE ET D'OR :

L'AFFICHE de film dans l'arène

 

   Paru en 2000, le film Gladiator de Ridley Scott a favorablement étonné les critiques et le public, notamment par son esthétique générale magnifique. Cependant, comme pour tout long métrage, la première découverte de l'univers visuel se fait via l'affiche, vecteur promotionnel majeur qui doit résumer à la fois un produit précis et le genre tout entier dans lequel il s'inscrit.

  Hors, dans l'affiche de Gladiator, il semble d'emblée que soient posées au spectateur de multiples questions : à travers la résurrection annoncée du Péplum, un genre oublié depuis 1968 et le Spartacus de Stanley Kubrick, le film se jouerait-il des attentes du public ?

  Car, dès la première vision, affiches américaines et françaises surprennent réellement. On peut y voir Russell Crowe, glaive à la main, sur fond de ciel orangé, surplombant prêt au combat le titre inscrit en caractères d'or de style romain. Derrière lui, dans la poussière ou les brumes, apparaissent ce que l'on devine être les murs et les gradins d'une arène et le public. Nous ne sommes pas très loin de l'affiche du simple film d'action, mais ce serait sans compter sans la zone d'ombre impressionnante, camouflant en grande partie les traits de l'acteur. Ombre ou noirceur psychologique, le spectateur devine déjà un personnage torturé, en quête de vengeance extrême...

 gladiator_ver2.jpg

  Sur la pré-affiche américaine (ou poster teaser), l'accroche est écrite en très gros caractères : "A hero will rise". En dessous du titre du film, la date annoncée de la sortie : Summer 2000 A.D. Ainsi, un héros d'un nouveau genre se lèvera à l'été 2000, date symbolique ramenée à la mort du Christ : en filant les caractéristiques religieuses et chrétiennes qui constituaient du reste l'essence des péplums traditionnels des années 40 et 50,  le film de Scott associe d'emblée l'idée d'Annonciation (promotionnelle cette fois) à celle de Résurrection et d'Ascension d'un nouveau martyr, puisque héros descendu dans la fosse aux lions. Quelques détails rompent encore avec l'image traditionnel du péplum : les couleurs chatoyantes et les décors en carton pâte cèdent la place au réalisme : c'est tout un monde disparu qui se réveille et révèle aux spectateurs contemporains, mais un monde crédible, frappé du sceau de l'Epique et de l'Historique depuis la sortie de Braveheart en 1995.

  La mention du site Internet du film et les logos des studios (Dreamworks et Universal)  sont aussi des références claires : le modernisme, synonyme d'effets spéciaux au Cinéma, est associé à la patte qualitative d'une production Spielberg et d'un univers d'aventures à grand spectacle, domaine longtemps exclusif de Universal.

 gladiator_ver1.jpg

  L'affiche américaine finale reprend les mêmes concepts en les expurgeant : le héros est le porteur du film (le nom de Russel Crowe apparaît distinctement), physiquement bien plus présent, et remplaçant donc l'accroche originelle. Les couleurs sont inchangées mais deux choses sont à noter : l'enveloppe de poussière qui semblait détourer le personnage sur la pré-affiche a disparu, et les couleurs du ciel se sont éclaircies, formant un contraste encore plus frappant avec le héros toujours ombrageux. Notre impression sur le film est donc complémentaire par rapport au premier support  publicitaire : héros né ou descendu dans le sable de l'arène (et de "gladiateur" à "Colisée" ou "Rome", le rapport est vite fait), il s'en extirpe par la voie des cieux, dans un bain de lumière. Ascensionnel ou suivant au contraire le chemin inverse, l'œil du spectateur va donc de la date de sortie du film au ciel, mêlant dans l'inconscient une nouvelle fois les valeurs et fêtes christiques et chrétiennes.

  L'armure du héros peut être détaillée : les idées de stabilité, de noblesse, de fougue/énergie, de valeurs familiales et religieuses y sont sensiblement reprises.

 gladiator.jpg

  L'affiche française reprend la même charte graphique mais modifie la structure et la représentation du héros : le nom de l'acteur et le titre sont en haut, surplombant un héros en armes à genoux, épuisé ou blessé et glaive planté dans le sol. Derrière lui apparaissent distinctement Rome ou une cité romaine sur la gauche, et les légions en ordre de combat sur la droite. La forêt incendiée en arrière plan embrase tout le ciel et l'horizon, mais seule la cité romaine apparaît comme réellement mise en lumière. Le bas de l'affiche est plongée dans un noir profond, sur lequel se détachent les crédits du film et la nouvelle accroche "l'esclave qui défia l'Empire".

  Si symboliquement, l'idée de martyr subsiste, les références affichées sont cette fois ci la Tragédie antique et le film Spartacus : le armes, l'accroche et le mot "esclave", l'opposition triple esclave-armée-cité/empire nous le confirme. Dans le mot de "défia", il y a encore le sentiment d'obscur danger et de démesure dans l'attitude du héros qui apparaît déjà à terre, quasi vaincu. Car après tout, le spectateur ignore encore si le héros se repose en priant les dieux de l'aider, ou si il est pris entre deux tendances opposées qui seraient la recherche de la paix sociale et la guerre, le repos du guerrier ou la bravoure.

spartacus.jpg

spartacus_ver2.jpg 








































Le genre péplum disparaît également tout entier au profit de quelque chose d'autre, entre film d'action historique et drame épique, où le "gladiator" lutte pour lui-même autant que pour une cause remettant en jeu la stabilité des conditions sociales imposées par la Civilisation.

 

Repost 0
Published by Icecool - dans Décrypt'affiche
commenter cet article
23 mars 2008 7 23 /03 /mars /2008 08:54

cinema1.jpg
Exemple de mise en page (page 1 du chapitre introductif).






































   Mon projet actuel est celui d'un livre sur le monde des affiches de cinéma franco-américaines des années 1950 à nos jours (actuellement intitulé "Le 7ème Art s'affiche : les affiches de films franco-américaines des années 1950 à nos jours"), qui analyserait les grandes tendances, les évolutions graphiques et la récurrence des symboles (entre autres) dans les diverses créations d'affiches au fil du temps.

Voici mes premiers chapitres (déja rédigés et maquettés, pour un total actuel de 130 pages) :

- Introduction : histoire et caractéristiques de l'affiche
- La campagne d'affichage
- Sexe, mensonge et publicité
- Affiches et mythologie publicitaire : 007 ou l'exemple du héros promotionnel
- Reprises et détournements, l'affiche mise en abyme
- Les genres à l'affiche : stéréotypes et nouveautés
- Des noms d'anonymes : les grands créateurs d'affiches de cinéma
- Bande dessinée, animation, jeux vidéo : les affiches au delà des médias
- Ces affiches qui surprennent : quelques chocs visuels !

- Lectures d’affiches…


- L’affiche des films d’animation : vendre l’image, promouvoir le dessin

- La ville, la machine et les nouvelles technologies : la science à l’affiche

- L’Histoire, l’Epique et le Réel : la digression au-delà du mythe.

- …

 

 Le but de ce livre est d'éviter d'être l'éternel recueil de "belles images" sur une thématique plus ou moins large, au profit d'une analyse approfondie de l'affiche de film en tant qu'élément moteur de l'idéologie de ses créateurs comme de son époque. 

 Ce blog illustrera au fil des jours et des semaines le contenu de ce travail, qui sera tranformé en pages successives, toutes illustrées abondamment.

 Par ailleurs, je tenterai un décryptage hebdomadaire
d'une affiche de film de la semaine cinématographique en cours (ou à défaut, d'une oeuvre plus ancienne ou d'un affichiste renommé) ; le but sera à visée pédagogique et pourra servir dans le cadre d'opérations menées autour de l'étude du Cinéma ou de l'Image.
 

 Le choix des films ou des affiches cités est fait de manière personnelle et essentiellement en fonction de la "richesse" de l'affiche (et de ce qu'elle a à nous dire...) : il ne s'agit donc pas d'un site de critique des films, et leur valeur intrinsèque ne détermine en rien celle de l'affiche. On admettra également que les trois quarts des affiches citées ici seront anglo-saxonnes, puisque la masse publicitaire et l'impact des créations outre-atlantique est sans commune mesure... Pour finir, et afin d'établir une adéquation entre le nombre d'oeuvres produites depuis 50 ans et les affiches citées, la grande majorité des exemples datera des 25 dernières années, tandis que les références historiques nécessaires seront à l'évidence plus anciennes, et pourront dépassées cette limite fixée au milieu du 20ème siècle.

  Il va également de soi que les images "citées" en exemple appartiennent de droits à leurs éditeurs, studios et auteurs respectifs et ne sauraient faire l'objet d'un quelconque service payant : l'auteur de ce blog s'engage à ne pas en modifier l'aspect et à  "citer" les affiches en tant qu'oeuvre à part entière, moyennant un jugement critique et une analyse rendus inévitables et nécessaires dans le cadre pédagogique susnommé, lié à la Lecture de l'Image et à la connaissance du monde cinématographique.


 Philippe Tomblaine

Professeur Documentaliste

Philtomb@yahoo.fr ou Philippe.Tomblaine@ac-poitiers.fr

Blog affilié : http://lewebpedagogique.com/cdidocs/


Le livre d'or vous est ouvert (commentaires, avis, réactions,...) : http://www.swisstools.net/guestbook.asp?numero=116054




 

Repost 0
Published by Icecool - dans News
commenter cet article

Présentation

  • : Décryptage d'affiche de films
  • : Les affiches de films sont des papillons de la nuit du Cinéma : multicolores, éphémères et éternelles à la fois... Invitation, trace, mémoire d'un film ou d'un genre, l'affiche en tant qu'oeuvre visuelle ne saurait être démentie, mais comment la déchiffrer, qu'en saisir et que nous dit-elle finalement, à nous, spectateurs ?
  • Contact

Recherche

Archives

Pages