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3. L’affiche star ou la systématisation du  mythe

 

Lorsque apparaissent les premières affiches de films Pathé, dans les années 1905-1910,  rien ne laisse encore entendre une quelconque spécificité du support, si ce n’est le logo de la société et l’inscription cinéma. Les premiers illustrateurs reprirent un style visuel propre au monde publicitaire d’alors, selon les différents genres et sujets traités : le résultat est édifiant puisque l’ensemble des affiches de films peut se résumer à un cahier d’images d’Épinal en rapport soit avec les comptines célèbres, soit avec le fait divers, soit encore avec le fait religieux ou le voyage d’exploration colonialiste. Ce qui n’empêche pas le Cinéma de s’imposer et l’illustrateur d’enrichir peu à peu son style pour se démarquer des autres médias d’antan.

 

Il est évident de dire qu’il y a des affiches de cinéma cultes comme il existe des films devenus cultes, cependant, quels sont les points communs entre un monde contemporain foisonnant d’images éphémères et la capacité pour une affiche de film à marquer la mémoire de ses contemporains ? On dira, à l’évidence encore, que le statut du film joue à plein en retour sur la valeur du support publicitaire, ou que telle affiche est tout simplement digne d’être regardée. Toutefois, c’est bien dans la somme de symboles-référents perçue via l’affiche que se fait le passage mémoriel  pour le spectateur : c’est parce que l’affiche réunit l’essentiel de l’univers décrit, et parce qu’elle innove visuellement en même temps qu’elle établit une nouvelle marche de référence au genre et aux affiches l’ayant précédemment illustré. On peut en conclure que l’affiche star est le produit d’une opération paradoxale, assise sur une confrontation entre l’inédit et la récupération, pouvant conduire de l’hommage à la parodie.

Le 20ème siècle, et particulièrement les années 1968-1990, auront été extrêmement riches en affiches stars, principales vectrices du renouveau de l’entertainment américain :  2001, l’odyssée de l’espace (S. Kubrick, 1968), Le parrain (F.F. Coppola, 1972) Les dents de la mer (S. Spielberg, 1975), Apocalypse now (F.F. Coppola, 1979), La guerre des étoiles (G. Lucas, 1979), Y’a-t-il un pilote dans l’avion ? (J. Abrahams, D. et J. .Zucker, 1980), Alien (R. Scott, 1979), Les aventuriers de l’arche perdue (S. Spielberg, 1981),  E.T. (S. Spielberg, 1982), Rambo (T. Kotcheff, 1982), Blade runner (R. Scott, 1982), Terminator (J. Cameron, 1984), SOS Fantômes (I. Reitman, 1984), 37,2° le matin (J.J. Beineix, 1985), Retour vers le futur (R. Zemeckis, 1985), Le nom de la rose (J.J. Annaud, 1986), Platoon (O. Stone, 1986), Full metal jacket (S. Kubrick, 1987), Piège de cristal (J. Mc Tiernan, 1987), Rain main (B. Levinson, 1988), Le grand bleu (Luc Besson, 1988), Pretty woman (G. Marshall, 1989), Danse avec les loups (K. Costner, 1990), Ghost  (J. Zucker, 1990), Cyrano de bergerac (J.P. Rappeneau, 1990).

 

 La liste de ces affiches est signifiante en elle-même de l’indissociabilité chronique entre la notion de mythe et de cinéma. Aux États-unis en particulier, l’affiche devient comme le résumé d’un rituel efficace, qui réside dans la narration et l’action. Si le rituel impose le spectateur dans une atmosphère précise, c’est l’affiche qui en devient l’objet de culte incontournable une fois le générique fini. L’avènement ou le renouveau de grands genres tels que la Science Fiction, l’Aventure et la Guerre dans les années 1980 et 1990 tombait à point nommé pour relancer la vogue d’un esthétisme publicitaire et marketing sans précédent, rompant avec les incertitudes sociales et politiques des années 1970.

 
1972 - 1990 : une nouvelle esthétique du héros et des genres...

 

 







  4. La parodie comme exercice de style visuel


 La parodie joue un rôle paradoxal dans la problématique de la modernité au Cinéma : en un sens elle marque l’apparition, selon une représentation communément admise, d’un spectateur-lecteur critique capable de jouer avec un code initialement littéraire. Le cinéma est représentatif d’un art plus jeune, qui vit apparaître - pour le grand public en tout cas - le genre cinématographique que l’on pourrait qualifier d’hypercinématographie dans les années 7O, avec des auteurs attitrés comme les américains Mel Brooks ou les frères Zucker et Jim Abraham (« le trio ZAZ »), et qui connaît des avatars chaque
année, selon un croisement intrigant de pastiche (de genre : les films de James Bond, d’horreur, d’humour adolescent…) et de parodie (certaines scènes des films ciblés sont décalquées en détail), révélateur de leur intrication lorsqu’il faut faire sourire un large public.

 Cette fureur parodique peut se comprendre comme un moyen de défense face à une pression consumériste, qui submerge l’individu sous la toute puissance logotypique du discours commercial. La littérature comme le cinéma enregistrent alors cette polymorphie de slogans publicitaires ou politiques, qu’une reprise dans le cadre artistique donné, détournée ou non, tente alors de conjurer.

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  • : Décryptage d'affiche de films
  • : Les affiches de films sont des papillons de la nuit du Cinéma : multicolores, éphémères et éternelles à la fois... Invitation, trace, mémoire d'un film ou d'un genre, l'affiche en tant qu'oeuvre visuelle ne saurait être démentie, mais comment la déchiffrer, qu'en saisir et que nous dit-elle finalement, à nous, spectateurs ?
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