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3. Des affiches d’un nouveau genre ?

 

On voit régulièrement paraître des ouvrages ayant pour thématique « les affiches de Films Noirs » ou « les affiches du Cinéma Italien des années 1960-1970 ». Ces livres ont en commun une certaine permanence dans et autour de l’imagerie attendue selon le thème annoncé : les genres comme les époques étaient finalement bien définis et l’on a l’impression d’admirer l’oeuvre d’un seul et même créateur d’affiches de cinéma, à quelques variantes près. Ce n’est qu’a la fin des années 1950, avec l’arrivée de graphistes souvent issus de la publicité, comme Saul Bass (1920-1996) ou un peu plus tard Bob Peak (1927-1992), que l’affiche devient différente : la Nouvelle Vague européenne et la volonté d’Hollywood de faire de chaque film l’évènement de la saison, afin de contrer la concurrence télévisuelle, vont alimenter cette créativité.

En ce début de XXIème siècle, l’affiche de cinéma s’est noyée dans la masse iconique publicitaire, tout en demeurant clairement identifiable puisque ses composantes sont restées les mêmes (titre du film, noms de s acteurs, accroche, logo des studios, etc.). La nouveauté est venue de la somme de choses  a montrer aux yeux du spectateur : le héros ou le couple d’antan, on l’a vu, a laissé la place a un vaste univers (marketing ?). Personnages secondaires et noms des acteurs, titres, décors ou créatures, scène clé du film et making of vont se retrouver multi-déclinés entre affichettes, brochures, objets de marchandising, vidéos Internet et préaffiches. Ce sont justement ces dernières qui ont fait réellement l’innovation récente : en réaffirmant le genre auquel appartenait le film promu, et en détaillant chaque personnage, elles permettent au spectateur de se faire une idée claire des archétypes en place tout en évitant la redondance dans l’imagerie liée au film et au genre. Rarissime avant 1988, l’utilisation de préaffiches « portraits » débute avec l’apogée de la mode des buddy movies. La promotion de Twins (Ivan Reitman), jouant de l’effet comique annoncé, s’impose immédiatement et avec simplicité, augurant du même coup une ère de compétition nouvelle entre les grands studios, notamment Universal, Warner et Fox.

 

   
   Il faut néanmoins attendre 1990 pour que le système des portraits soit repris cette fois ci dans le genre policier par la promotion de
Dick Tracy (Warren Beatty) adaptation de la bande dessinée homonyme de 1931.Le coté graphique et coloré du film est ici appuyé par une campagne ciblée sur le casting, Madonna et Warren Beatty en tête, et qui évacuait tout détail superflu, y compris les noms des acteurs et le titre du film à venir. Repris en 1991 par Le silence des agneaux (Jonathan Demme) et surtout en 1992 par le second volet de Batman (Batman, le défi - Tim Burton), ce système efficace mais coûteux entraîne désormais une débauche de moyen  puisque, en 2004 par exemple, pas moins de 25 productions américaines utilisaient ce procédé promotionnel ! Avec, pour nombre de ces films,quelques 10 ou 12 préaffiches différentes en plus de l’affiche officielle, on peut augurer d’une  saturation rapide aussi bien dans l’espace d’affichage disponible que dans l’œil des spectateurs. Fantastique, Comédie, Animation, Policier ou Aventure, chaque genre filmique est aujourd'hui partitionné ou chapitré en « masses iconiques » qui se veulent l’équivalent de la symbolique générique des films antérieurs aux années 1990. Le point faible de cette déclinaison à tout crin est la prés vente d’une partie toujours plus importante du contenu du film, chose également visible en aval avec l’explosion de la vente de DVD aux bonus alléchants et croissants mais qui font se demander l’importance d’aller voir le long métrage en salle…

 

 
   L’autre particularité des années 1980 et 1990 est la grande tendance au
remake, autant citation que parodie d’oeuvres souvent vieilles de plus d’un quart de siècle, et dont la génération blockbuster de ces années eut grand besoin en tant que source d‘inspiration. Les films des genres Aventure, Policier, Fantastiques et Science fiction en particulier puisèrent dans le patrimoine classique du 7ème Art autant que dans les adaptations littéraires célèbres. Cette tendance se poursuit du reste jusqu’à aujourd’hui avec des vagues plus ou moins créatrices de métrages en rapport avec la Bande Dessinée ou le jeu vidéo, quand ce n’est pas l’adaptation des nouvelles séries télévisuelles vedettes ou le retour de quelque héros célèbre.



   La conséquence logique pour l’affiche de film est que leur création s’apparente de plus en plus à un patchwork autoréférencé pour leurs concepteurs et les réalisateurs, et où les artistes de différentes professions (photographe, maquettiste, publiciste, dessinateur de BD, graphiste, informaticien, etc.) travaillent de concert pour produire une masse iconique. Celle-ci DOIT s’inspirer d’autres affiches pour mieux creuser le visuel du Genre dans l’inconscient du grand public. Prenons l’exemple du cinéma populaire américain, de
Quentin Tarantino et de Steven Soderbergh, tous deux nés en 1963. L’affiche de Réservoir dogs (1992) de Tarantino est à la fois une référence au film noir américain, aux films de gangsters de John Woo (la série des Syndicats du crime) et au film Ocean’s eleven de Lewis Milestone (L’inconnu de Las vegas en VF -1960). L’image du groupe de mafieux, marchant dans la rue de manière décontractée et menaçante à la fois, est détournée chez Tarantino vers le sordide et une nouvelle énergie  violente et provocante, illustrée par une traînée de sang immanquable  sous le titre.

 

 

  A ce double classique, Soderbergh ajoute au genre policier l’ironie puisque la propre affiche de son Ocean’s eleven (2001) nous montre la même image d’un groupe cette fois-ci vu de face, où la composante féminine est toujours en rouge et la ville bien présente en arrière plan. La suite directe de ce film, Ocean’s twelve, sortie  en 2004, joue de manière circulatoire la logique du « un film de genre dans les pas de... » puisque les pré affiches reprennent les trois couleurs (rouge, blanche et noire) déjà associées au premier film et que, sur l’affiche finale, c’est la reprise des postures du film original de Milestone qui devient la marque de l’ironie. Le titre n’est plus qu’un décor façon enseigne lumineuse et le duo de femmes semble souligner la nouvelle accroche elle aussi tournée vers la légèreté... En 2007, Ocean's thirteen s'affranchira légérement du film originel, par un design dans la lignée de l'opus précédent, où l'univers du jeu, la vue en plongée ironique et la carte-menu d'acteurs symbolisent ce plaisir du référencement avec le spectateur-joueur esthète.

 

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  • : Décryptage d'affiche de films
  • : Les affiches de films sont des papillons de la nuit du Cinéma : multicolores, éphémères et éternelles à la fois... Invitation, trace, mémoire d'un film ou d'un genre, l'affiche en tant qu'oeuvre visuelle ne saurait être démentie, mais comment la déchiffrer, qu'en saisir et que nous dit-elle finalement, à nous, spectateurs ?
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