Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog
24 mars 2008 1 24 /03 /mars /2008 08:17

DE SABLE ET D'OR :

L'AFFICHE de film dans l'arène

 

   Paru en 2000, le film Gladiator de Ridley Scott a favorablement étonné les critiques et le public, notamment par son esthétique générale magnifique. Cependant, comme pour tout long métrage, la première découverte de l'univers visuel se fait via l'affiche, vecteur promotionnel majeur qui doit résumer à la fois un produit précis et le genre tout entier dans lequel il s'inscrit.

  Hors, dans l'affiche de Gladiator, il semble d'emblée que soient posées au spectateur de multiples questions : à travers la résurrection annoncée du Péplum, un genre oublié depuis 1968 et le Spartacus de Stanley Kubrick, le film se jouerait-il des attentes du public ?

  Car, dès la première vision, affiches américaines et françaises surprennent réellement. On peut y voir Russell Crowe, glaive à la main, sur fond de ciel orangé, surplombant prêt au combat le titre inscrit en caractères d'or de style romain. Derrière lui, dans la poussière ou les brumes, apparaissent ce que l'on devine être les murs et les gradins d'une arène et le public. Nous ne sommes pas très loin de l'affiche du simple film d'action, mais ce serait sans compter sans la zone d'ombre impressionnante, camouflant en grande partie les traits de l'acteur. Ombre ou noirceur psychologique, le spectateur devine déjà un personnage torturé, en quête de vengeance extrême...

 gladiator_ver2.jpg

  Sur la pré-affiche américaine (ou poster teaser), l'accroche est écrite en très gros caractères : "A hero will rise". En dessous du titre du film, la date annoncée de la sortie : Summer 2000 A.D. Ainsi, un héros d'un nouveau genre se lèvera à l'été 2000, date symbolique ramenée à la mort du Christ : en filant les caractéristiques religieuses et chrétiennes qui constituaient du reste l'essence des péplums traditionnels des années 40 et 50,  le film de Scott associe d'emblée l'idée d'Annonciation (promotionnelle cette fois) à celle de Résurrection et d'Ascension d'un nouveau martyr, puisque héros descendu dans la fosse aux lions. Quelques détails rompent encore avec l'image traditionnel du péplum : les couleurs chatoyantes et les décors en carton pâte cèdent la place au réalisme : c'est tout un monde disparu qui se réveille et révèle aux spectateurs contemporains, mais un monde crédible, frappé du sceau de l'Epique et de l'Historique depuis la sortie de Braveheart en 1995.

  La mention du site Internet du film et les logos des studios (Dreamworks et Universal)  sont aussi des références claires : le modernisme, synonyme d'effets spéciaux au Cinéma, est associé à la patte qualitative d'une production Spielberg et d'un univers d'aventures à grand spectacle, domaine longtemps exclusif de Universal.

 gladiator_ver1.jpg

  L'affiche américaine finale reprend les mêmes concepts en les expurgeant : le héros est le porteur du film (le nom de Russel Crowe apparaît distinctement), physiquement bien plus présent, et remplaçant donc l'accroche originelle. Les couleurs sont inchangées mais deux choses sont à noter : l'enveloppe de poussière qui semblait détourer le personnage sur la pré-affiche a disparu, et les couleurs du ciel se sont éclaircies, formant un contraste encore plus frappant avec le héros toujours ombrageux. Notre impression sur le film est donc complémentaire par rapport au premier support  publicitaire : héros né ou descendu dans le sable de l'arène (et de "gladiateur" à "Colisée" ou "Rome", le rapport est vite fait), il s'en extirpe par la voie des cieux, dans un bain de lumière. Ascensionnel ou suivant au contraire le chemin inverse, l'œil du spectateur va donc de la date de sortie du film au ciel, mêlant dans l'inconscient une nouvelle fois les valeurs et fêtes christiques et chrétiennes.

  L'armure du héros peut être détaillée : les idées de stabilité, de noblesse, de fougue/énergie, de valeurs familiales et religieuses y sont sensiblement reprises.

 gladiator.jpg

  L'affiche française reprend la même charte graphique mais modifie la structure et la représentation du héros : le nom de l'acteur et le titre sont en haut, surplombant un héros en armes à genoux, épuisé ou blessé et glaive planté dans le sol. Derrière lui apparaissent distinctement Rome ou une cité romaine sur la gauche, et les légions en ordre de combat sur la droite. La forêt incendiée en arrière plan embrase tout le ciel et l'horizon, mais seule la cité romaine apparaît comme réellement mise en lumière. Le bas de l'affiche est plongée dans un noir profond, sur lequel se détachent les crédits du film et la nouvelle accroche "l'esclave qui défia l'Empire".

  Si symboliquement, l'idée de martyr subsiste, les références affichées sont cette fois ci la Tragédie antique et le film Spartacus : le armes, l'accroche et le mot "esclave", l'opposition triple esclave-armée-cité/empire nous le confirme. Dans le mot de "défia", il y a encore le sentiment d'obscur danger et de démesure dans l'attitude du héros qui apparaît déjà à terre, quasi vaincu. Car après tout, le spectateur ignore encore si le héros se repose en priant les dieux de l'aider, ou si il est pris entre deux tendances opposées qui seraient la recherche de la paix sociale et la guerre, le repos du guerrier ou la bravoure.

spartacus.jpg

spartacus_ver2.jpg 








































Le genre péplum disparaît également tout entier au profit de quelque chose d'autre, entre film d'action historique et drame épique, où le "gladiator" lutte pour lui-même autant que pour une cause remettant en jeu la stabilité des conditions sociales imposées par la Civilisation.

 

Partager cet article

Repost 0
Published by Icecool - dans Décrypt'affiche
commenter cet article

commentaires

Présentation

  • : Décryptage d'affiche de films
  • : Les affiches de films sont des papillons de la nuit du Cinéma : multicolores, éphémères et éternelles à la fois... Invitation, trace, mémoire d'un film ou d'un genre, l'affiche en tant qu'oeuvre visuelle ne saurait être démentie, mais comment la déchiffrer, qu'en saisir et que nous dit-elle finalement, à nous, spectateurs ?
  • Contact

Recherche

Archives

Pages