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3 janvier 2014 5 03 /01 /janvier /2014 11:21

Le passage à la nouvelle année 2014 serait-elle propice aux meilleurs espoirs et aux doux rêves ? C'est ce que semble nous suggérer le 7ème Art en nous proposant La Vie rêvée de Walter Mitty (sortie française le 1er janvier 2014), par et avec Ben Stiller. Ce dernier interprète un employé du célèbre magazine Life : excessivement timide, il s’imagine être le héros d'aventures imaginaires pour s’évader de sa réalité stressante... Les affiches en profitent naturellement pour promouvoir cette double évasion par l'image et l'imaginaire.

 

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 Le film est une nouvelle adaptation de la nouvelle The Secret Life of Walter Mitty de James Thurber (1894 - 1961), parue en mars 1939 dans le New Yorker. Cette nouvelle avait déjà été portée à l'écran dans La Vie secrète de Walter Mitty (Norman Z. McLeod, 1947) puis, sous la forme d'une série d'animation, dans Les Vies secrètes de Waldo Kitty (13 épisodes de 30 minutes produits par Filmation et diffusés du 6  septembre 1975 au 29 novembre 1975 sur NBC). Précisons, outre le changement de termes dans le titre entre les versions anglo-saxonnes et française (Vie secrète ou rêvée), que la nouvelle initiale est entrée dans le patrimoine culturel américain sous différents aspects. Le nom de Walter Mitty et le mot dérivé "Mittyesque"   traduisent et dénotent une personne inefficace, plongée dans ses rêves , inattentif au monde réel. Plus ou moins inconsciemment, le terme définit aussi celui qui tente délibérément de tromper ou de convaincre les autres qu'il est quelque chose qu'il n'est pas : c'est le fameux mythomane, le Mitty-mytho ! 

 L'histoire aura également une influence notable sur certains grands humoristes, dont le fondateur du journal satirique Mad (Harvey Kurtzman), et le directeur de l'animation Chuck Jones, qui crééra à son tour un personnage similaire nommé Ralph Philipps   dans les dessins animés (Looney Tunes) imaginés pour la Warner Bros.

 

 C'est sous le titre La vie secrète de Walter Mitty que ce texte parut en France en 1948, dans un recueil de nouvelles intitulé My World and Welcome to It. Les éditions 10/18, qui le republièrent en poche en 1981 et en 1996, n'ont pas réactualisé la couverture en amont ou en parallèle de la  sortie du film de Ben Stiller...

 

Du côté des diverses affiches produites de 1947 à 2013, la vie fantastique et fictionnelle de Walter s'étale sous différentes formes. Constatons d'abord que, dès les années 1940, la publicité interroge directement le spectateur sur sa perception : est-il un rêveur, voire un affabulateur (Are you a Mitty ?) ?

 

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La version de 1947 (détestée de Thurber !) était assez différente du texte initial : employé d'une maison d'édition de magazines à bon marché, Mitty est sans cesse malmené par sa famille et ses collègues. Il ne cesse de s'imaginer en héros de fabuleuses aventures délivrant une splendide jeune femme - toujours la même - des situations les plus dramatiques. Jusqu'au jour où la fiction devient réalité : démarre alors une aventure d'espionnage opposant le héros... aux Nazis ! Les distributeurs éditèrent à l'occasion toute une panoplie d'affiches illustrant les différents rêves éveillés de Walter, dont nous donnons ici deux exemples.

 

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Dans la version de 2013, l'histoire originelle est respectée : Walter "incarne" successivement et notamment un pilote, un chirurgien, un assassin aux assises, un pilote de bombardier de la Royal Air Force... et un condamné à mort ! Ses rêves débutent avec une mission précise : alors que le magazine Life va faire paraître son dernier numéro papier, avant de devenir accessible sur Internet, voilà que le négatif de la photo choisie pour cette ultime couverture s'avère manquant, disparu. Walter Mitty va alors partir à la recherche du photographe, en reportage au Groenland....

 

Transformée en véritable catalogue d'agence de voyage, la promotion du film accentue l'aspect surprenant du rêve, sous un angle jugé plus confortable, serein, lumineux et en accord avec la nature que la sombre psychologie développée par les réveurs d'Inception (C. Nolan, 2010) ou la spirale infernale de Requiem for a dream (Darren Aronofsky, 2000) ! Dans cette optique ascendante et  planante d'une vie jugée paradisiaque, c'est le ciel éthéré du poster teaser (diffusé en juillet 2013) qui demeure l'image-symbole la plus évidente.

 

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Le film de Stiller bénéficie d'une dizaine de visuels différents (créations du Studio Midnight Oil Creative), aptes à transformer cet homme ordinaire en super-héros. On s'intéressera en particulier aux différentes accroches proposées autour du même concept : Vivez l'impossible, Explorez vos limites, Stop dreaming/Start living, slogans dignes là encore d'agences ou de catalogues de voyages. Vers la Lune, par dessus la ville ou les montagnes, sur l'aile d'un avion (Superman), marchant à la verticale d'un building (Spiderman) ou plus simplement, dans une explosion publicitaire et photographique, se préparant à quitter les iconiques néons publicitaires et autres écrans géants de Times Square, Walter ne se dépare cependant jamais... de son attaché-case et de son costume d'employé de bureau ou d'homme pressé. Affairisme ou voyage en 1ère classe, Stiller reste le garant du rêve pionnier américain.

 

Car la vie rêvée, détachée du mode de vie consumériste et capitaliste, n'est au final qu'une illusion - impénétrable - de Cinéma...

 

En complément à cet article, visitez le site (et l'article d'Alain Korkos) :

http://www.arretsurimages.net/breves/2014-01-02/Walter-Mitty-le-mytho-id16636


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Published by Philippe Tomblaine - dans L'affiche de la semaine
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30 octobre 2008 4 30 /10 /octobre /2008 10:41

  Synopsis : Suite à sa dernière mission (Casino Royale) contre l'inquiétant financier surnommé Le Chiffre, James Bond est décidé à traquer ceux qui ont forcé la femme qu'il aimait, Vesper Lynd, à le trahir. En interrogeant Mr White, 007 et M apprennent que l'organisation à laquelle il appartient est bien plus complexe et dangereuse que tout ce qu'ils avaient imaginé... Dominic Greene, homme d'affaires impitoyable, est un des piliers de ce système. Au cours d'une mission qui l'entraîne en Autriche, en Italie et en Amérique du Sud, James Bond rencontre Camille, elle-même motivée par sa propre vengeance. L'agent 007 découvre que Greene manœuvre subtilement pour prendre le contrôle de l'une des ressources naturelles les plus importantes au monde, en manipulant la CIA et le gouvernement britannique...


 
 Suite directe du succès sans précédent pour la franchise que fut Casino Royale (sorti fin 2006, le film rencontra un vif succès à la fois public et critique, lui permettant d'engranger 600 millions de $ de recettes mondiales, soit le meilleur résultat au box-office enregistré depuis 1979), Quantum of Solace (Marc Forster - sortie France le 31 Octobre 2008) est le vingt-deuxième opus de la plus grande saga cinématographique, débuté en 1962 avec James Bond contre Docteur No (T. Young).

  Annoncé initialement pour Mai 2008, le film fut finalement repoussé au mois d'Octobre afin de permettre le bon déroulement des dix-huit mois nécessaires à la production. C'est le second film où Daniel Craig interprète le rôle de 007, dans une année phare qui voit en outre célébrer le centenaire de la naissance de Ian Fleming (1908 - 1964), le romancier britannique « père » de James Bond.


  Titre énigmatique annoncé officiellement le 24 Janvier 2008, Quantum of Solace est le titre d'une nouvelle de Fleming tirée du recueil Rien que pour vos yeux, paru en 1960. Traduite en français par « chaleur humaine », l'expression vient signifier le fait qu'une « dose de réconfort » est nécessaire dans toute relation pour que celle-ci est de l'avenir. Daniel Craig précise : « Bond a perdu cette partie humaine puisque son amie a été tuée, et il veut se venger afin de se réconcilier avec le monde. » Quantum est par extension devenu le nom de l'organisation criminelle découverte dans Casino Royale.



 

   Apparue le 02 Février 2008, l'affiche teaser présageait de la dureté exceptionnelle du scénario du nouveau film : l'ombre de James Bond, avançant menaçant sur une route bétonnée craquelée, comme pour signifier la mise en marche du processus irrésistible de vengeance du personnage. La promotion de Quantum of Solace fit visiblement pour ce film le pari d'une promotion plus réduite, moins couteuse et plus accès sur un message simple : la tonalité âpre de l'action et de l'affrontement psychologique entre les personnages prime sur toute surenchère visuelle. Ne subsistent que l'essentiel : un homme, une femme et leur volonté commune de destruction, dans une « traversée du désert » où le décor reflète leur cheminement et leur quête. L'aridité du désert est comme le miroir, le double, de l'âpreté des hommes et de leurs rapports : la moindre erreur, dans un tel environnement, sera fatale, alors que le danger est partout.





  La seconde affiche teaser (Advance Teaser Poster Style B), réalisée par les Studios Empire Design et parue début Juillet 2008, préserve cette identité visuelle en présentant fort justement le héros en reflet de l'ombre précédemment aperçue, dans une monochromie aux limites du noir et blanc. Le titre du film et la date y sont précisés, pour un logo qui est la continuité du jeu sur le titrage instauré avec les visuels de Casino Royale (voir sur ce blog : http://cine-l-affiche-en-plein-coeur.over-blog.fr/pages/Chapitre_3__Affiches_et_mythologies_publicitaires__007_ou_lexemple_du_heros_promotionnel_partie_4-402891.html), dont l'affiche reprend également la posture bondienne et l'habillage orienté action (la cravate dénouée étant cette fois-ci ôtée : voir les deux visuels ci-dessous).  On notera l'itinérance instaurée du personnage, de la droite vers la gauche, dénotant le caractère violent, froid et résolu du caractère de 007.






 Deux visuels, deux films, mais une seule approche...


  Etonnante affiche finale, enfin que, le visuel paru assez tardivement, fin Septembre 2008 (visuel qui apparu d'ailleurs comme illustration du packaging de la bande originale). Etonnant, de par la place similaire accordée à la James Bond girl et au héros, figurant ici bien un couple ayant la même volonté et parfaitement complémentaire. Leur marche en avant se fait toujours discrètement vers la gauche, tandis que leurs regards guettent d'éventuelles menaces invisibles, en hors-champ de chacun des bords de l'affiche. Etonnant encore, car la scène illustrée correspond immanquablement, dans l'œil du spectateur habitué depuis plus de quatre décennies au déroulement-type des aventures de 007, à la scène finale ! Base du méchant ravagée et en flammes, stigmates de la violence des derniers combats (ecchymoses, traces de coups et de griffures diverses, vêtements salis, etc.), arme encore au poing mais duo préservé in extremis... Clin d'œil visuel et jeu sur les mots, la chaleur du désert ici ressentie exprime la chaleur humaine renvoyée par des corps eux-mêmes échaudés par les derniers combats et par le feu de l'action. Tout renvoie à vrai dire aux finals des différents films de la saga, à ceci près que les personnages sont, comme on l'a vu, toujours aux aguets, en attente d'une suite potentielle et à de nouveaux conflits, plaçant de nouveau les personnages aux pieds du mur : on comprendra dès lors, l'illustration tardive de ce concept, notamment dans les traditionnelles affiches pantalon françaises montrant les principaux caractères en pied. On différenciera, enfin, ces visuels de ceux de Permis de tuer (J. Glen - 1989), où le personnage principal était déjà embarqué dans une vendetta personnelle...








  Est-ce à dire, déjà, et dans l'esprit des producteurs, que « Bond 23 », d'ores et déjà programmé pour 2011, sera de nouveau la suite directe de Quantum of Solace ? « Bond will return », comme il est de coutume à la fin de chaque générique, mais dans un monde ouvertement présenté comme toujours plus inhumain, dangereux et mortel.


Le site officiel du film :
http://www.quantumofsolace-lefilm.fr/

 

Se reporter au différentes pages proposée  ci-contre à droite
pour l'analyse complète des affiches des films de la saga.

 

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22 octobre 2008 3 22 /10 /octobre /2008 10:42

  Double film événement de la rentrée, Mesrine : l’instinct de mort (Sortie France le 22 Octobre 2008) et L’ennemi public numéro 1 (Sortie France le 19 Novembre 2008) constituent un juste prolongement de la mode des biopics récemment accordés aux personnages ayant marqué le XXème siècle (de Piaf à Coluche et de Che Guevara à Georges W. Bush…. Voir article précédent sur ce blog.). Les deux films réalisés par Jean-François Richet s’attachent à retranscrire au plus juste la vie de Jacques Mesrine (incarné par Vincent Cassel), célèbre gangster français connu pour ses braquages et évasions largement médiatisés, qui sera finalement déclaré « ennemi public numéro un » au début des années 1970, puis abattu par la police et les hommes du commissaire Robert Broussard le 02 Novembre 1979 à Paris. Le premier film couvre la période allant de 1959 à 1972, et le second de 1972 à 1979 : neuf mois de tournages et quarante-cinq millions d’euros y auront été investis.

  L’affaire devient dès lors un mythe contemporain : son corps criblé de dix-neuf impacts de balles ayant été largement photographié, la mort de Mesrine fut le premier cas de remise en cause de la légitime défense vis-à-vis de la police, qui aurait ouvert le feu sans sommation. On rappelle toutefois à cette occasion un avertissement de Mesrine à Broussard : « Quand nous nous rencontrerons à nouveau, ce sera à celui qui tirera le premier. »

 




 

  L’affiche de ce premier opus donne lieu à un visuel relativement sobre, proche de l'esthétique de l'affiche du film réalisé en 1983 par André Génovès : le visage en noir et blanc de Vincent Cassel, braquant son arme vers le spectateur, se détache sur un fond noir. Le jeu des couleurs, par ailleurs très violent (le blanc et le rouge contre les gris et le noir), amène littéralement un univers du polar surexprimé. Roman ou film noir, récit ou huis clos policier,  présence de la nuit et du crime sont cependant ici recontextualisés d’une double façon : la coupe et les pattes de cheveux de l’acteur, ainsi que le rendu photographique (de presse) en noir et blanc précisent l’importance de l’univers médiatique des années 1970. Mesrine aurait-il pu être célèbre sans les médias ? Ceux-ci ont-ils contribués à forger en tout ou partie le personnage ? Voici deux questions vraisemblablement posées « en creux » par ce visuel, qui lorgne vers l’archétype du genre, à savoir celui de l’Inspecteur Harry (D. Siegel - 1971) où Clint Eastwood s’érige en cynique représentant de la loi. Il y apparait également comme le bras armé autoproclamé de l’Amérique hyper-violente des années 1970, soit un monde où les frontières entre le public et le privé, la police et la pègre, le pouvoir et la corruption, les médias et la parole sacrée, deviennent de plus en plus floues.




 Ce qui est donc troublant en vérité, c’est que l’affiche soit à la fois en miroir du Harry Callahan eastwoodien, du reste taxé de fasciste à sa sortie (on lira avec intérêt les sites suivants :  
http://eastwoodclint.free.fr/clint_harry/clint_harry01.htm et http://fr.wikipedia.org/wiki/Harry_Callahan_(cin%C3%A9ma)), et reprise d’une authentique photo de Mesrine, qui fut érigé à l’époque en icône du contre-pouvoir par une partie de la presse de Gauche. Cette photo fut publiée le 27 Juillet 1977 dans Paris Match, dont la une misait tout sur un Mesrine alors venu dénoncer publiquement l’inhumanité des conditions de vie au sein des Quartiers de Haute Sécurité dans les prisons françaises. Dernier détail et non des moindres : l’Instinct de mort est le titre du propre livre autobiographique de Mesrine, écrit en prison et publié en 1977. Le gangster y écrivait qu’on devenait criminel « soit comme d'autres deviennent curés, soit par vocation... ».

 



A gauche, le vrai Mesrine nargue les flics en se faisant photographier dans son repaire. A droite, Vincent Cassel, qui a grossi de 20 kilos pour devenir l’ennemi public nº 1.
© « Paris Match » / Wahib. Sources : Le Soir et Fabienne Bradfer.
 
 


  Travail sur la mise en scène, le film et l’affiche se subjuguent l’un à l’autre : l’ambiguïté du personnage est là, ainsi que le paradoxe de la mise en image de ses actes. Où finit l’apologie, ou commence l’hommage, quand débute le documentaire, où voir la fiction ? Le sens de la manipulation, in fine, se doit d’appartenir au réalisateur chevronné, autant qu’à la maitrise de son sujet... sensible. Avec Mesrine, icône du grand banditisme, c’est « l’image au poing ». en sur représentation.



 

 Pour aller plus loin… :

-        http://fr.wikipedia.org/wiki/Jacques_Mesrine : biographie de Mesrine sur l’encyclopédie Wikipédia.

 

-        http://www.mesrine-lefilm.com/ : site officiel du film

 

-        http://www.allocine.fr/film/anecdote_gen_cfilm=111809&page=1.html : L’instinct de mort, les secrets du tournage.

 

-        http://www.dvdrama.com/news-28943-cine-mesrine-l-instinct-de-mort.php et http://www.dvdrama.com/news-29829-mesrine-interview-jean-francois-richet.php : critique du film et longue interview du réalisateur.

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15 octobre 2008 3 15 /10 /octobre /2008 19:26

  Coluche, l’histoire d’un mec (sortie le 15 Octobre 2008) est le titre d’un film-biopic, réalisé par Antoine de Caunes, qui retrace les vingt dernières années du célèbre humoriste, du Café de la Gare à sa fin tragique en 1986. Homme extrêmement populaire, des planches aux fameux Restos du Cœur (lancés fin 1985), et de la Radio (Europe 1) au Cinéma (il recevra en 1984 le César du meilleur acteur pour son rôle dramatique à contre-emploi dans Tchao Pantin de Claude Berri), mais également homme décrié, Coluche instaura un style à la fois provocateur et grossier, mais toujours tendre et juste. Chacune de ses apparitions télévisées était attendue avec grand plaisir par la France entière, complicité qui le poussera à se déclarer candidat officiel aux élections présidentielles de 1981.  Coluche donnera avant tout un nouveau visage à la télévision : plus de décontraction et un humour qui feront de lui, plus de vingt ans après sa disparition, un véritable mythe comique artistique, au même rang qu’un Louis de Funès, un Pierre Desproges ou un Pierre Dac.

 
 
 Peu étonnant, par conséquent, qu’un film vienne aujourd’hui restituer Coluche, sous les traits de l’humoriste François-Xavier Demaison.





 Que dire de l’affiche ?

 
  Tout d’abord que le genre biopic d’artistes ou de personnalités contemporaines trouve certainement une correspondance dans les adaptations françaises récentes que furent La Môme (Olivier Dahan - 2007) et Sagan (Diane Kurys), Sans arme, ni haine, ni violence (film de J.P. Rouve consacré à Spaggiari - 2008) ou les deux films, encore à venir, consacrés à Mesrine (J.F. Richet - 2008).

  Ces productions françaises ne font du reste que suivre une nouvelle vogue américaine également très riche (voir sur ce lien toutes les productions du genre à venir :
http://www.purepeople.com/12498-Depuis-La-Mome-c-est-la-grande-mode-des-biopics-en-France-Voici-tous-les-prochains-.html). Pour Coluche se posait donc la question d’un titre évocateur, non grossier pour rester grand public, et suffisamment illustratif d’un scénario que le seul nom de Coluche ne pouvait suffire à définir. S’ensuivirent une polémique et un procès soulevés par l’ancien producteur et imprésario de l’artiste, Paul Lederman, ce dernier prétextant que le titre-accroche « histoire d’un mec » lui appartenait à titre d’éditeur originel du sketch Histoire d’un mec sur le Pont de l’Alma. Lederman, dont le rôle apparait dans le film sous un nom modifié, se  verra finalement débouté le 14 Octobre par le Palais de Justice de Paris. Dans le cas contraire, tout l’affichage et le matériel de promotion publicitaire aurait dû être retirés et modifiés en catastrophe…

 

  Le film se présente donc comme une vision biographique moderne du personnage : le film n’est ni une hagiographie ni un réquisitoire, mais illustre les facettes humaines de l’humoriste, côté scène, dans la lumière, et côté sombre, dans les coulisses des drames personnels vécus à partir de 1981 (divorce, suicide de l’ami Patrick Dewaëre, dépression, drogue, etc.).  L’affiche se veut la traduction au plus juste de cette volonté de faire percer le clown blanc dans l’Auguste : titre blanc sur fond noir, silhouette aux couleurs vives (le jaune est la couleur des humoristes) et animées face à une salle sombre au public invisible, se résumant à un âtre noir inquiétant, lui-même opposé au faisceau blanchâtre du projecteur sur le sol. De dos, ombre portée dans un ultime salut d’un être dansant sur un pied aux frontières ténues des deux mondes : la vie et la mort, le dehors et le dedans, Coluche étant entre le côté cours et le côté jardin. Coluche incarne ici le mythe qu’il représente : un homme face à son Destin.

 


 
A l’instar du visuel créé pour La Môme, l’affiche de Coluche, l’histoire d’un mec, répond à une mode du film dit « crépusculaire », inspirée du visuel de Bill Gold pour Impitoyable (Cl. Eastwood - 1992) : on assistera, à chaque fois, aux derniers instants d’une histoire humaine personnelle, d’un lieu et d’une époque, où les soubresauts du héros, agité entre ombres et lumières, l’inscrivent de manière définitive dans la légende qui est la sienne.

 Coluche est fort justement de ce monde là, inscrit entre réel et imaginaire de la conscience collective.



Cf. dossier du site Allociné :

http://www.allocine.fr/film/anecdote_gen_cfilm=119023.html

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10 septembre 2008 3 10 /09 /septembre /2008 17:04

Mamma Mia! est à l'origine une comédie musicale écrite en 1999 par la britannique Catherine Johnson, basée sur les chansons du groupe ABBA. Elle inclut des succès comme : « Super Trouper », « Dancing Queen », « Thank You for the Music », « The Winner Takes It All », « Mamma Mia » et « SOS ». Il en est tiré en film en 2008 (Ph. Lloyd - sortie française le 10 Septembre 2008) autour d'un casting prestigieux.

 L'histoire tourne autour de Sophie et sa mère, Donna. Sophie est sur le point de se marier et veut que son père remplisse son rôle de père pour le mariage. Seulement elle ignore qui est son père parmi trois anciens amants de sa mère...







 La campagne promotionnelle américaine est réalisée par les Studios Creative Partnership, qui livrent des visuels aux limites du kitsch et de la fausse comédie mièvre. Là où tout se gâte, c'est dans l'adaptation française qui retranscrit l'accroche en un "Le 10 Septembre 2008, vous êtes conviés à un mariage que vous n'êtes pas prêts d'oublier."... 




  Rien de dérangeant à priori, sauf qu'une coquille s'est belle et bien glissée dans la phrase puisque le mot "prêts" aurait dû être orthographié "près", pour retranscrire dans une grammaire enfin digne de l'Académie Française la locution "n'être pas près d'oublier" (cf. ce lien : http://grammaire.reverso.net/2_1_77_pres_pret.shtml). Un contresens léger mais une erreur grammaticale ("prêt à oublier" et non "prêt d'oublier" dans tous les cas) plus lourde de conséquences. Une erreur rarissime qui ne devrait pas provoquer la réimpression en catastrophe des affiches, la sortie du film étant aujourd'hui, mais une erreur de suivi promotionnel qui étonne et fera certainement date, pour le bien ou le malheur de la publicité du film... 
 
 Voici une affiche que personne ne sera prêt... près d'oublier !

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26 juin 2008 4 26 /06 /juin /2008 17:51

Synopsis : "Ce n'était pas l'homme le plus honnête, ni le plus pieux, mais c'était un homme courageux. Il s'appelait Diego Alatriste."

 Tels sont les premiers mots du best-seller international d'Arturo Pérez-Reverte, "Le capitaine Alatriste". L'histoire se déroule dans l'Espagne impériale du XVIIe siècle, entre 1622 et 1643, sous le règne de Philippe IV, avant-dernier roi de la Maison d'Autriche. Philippe IV est un monarque faible et facilement manipulable, dominé par une Cour corrompue, agitée par les intrigues orchestrées par le très influent comte-duc Olivares. L'Empire espagnol décline lentement. La société souffre de ses nombreuses contradictions. Le luxe et l'opulence de l'aristocratie coexistent avec la misère et la vulnérabilité du peuple.  Ce monde déclinant est le théâtre des aventures de Diego Alatriste, fier soldat au service de Sa Majesté dans les Flandres, et mercenaire à Madrid et Séville en temps de paix.


 

 

  Film le plus cher à ce jour du cinéma espagnol (24 millions d’euros), Capitaine Alatriste (A.D. Yanes - 2006) s’inspire des cinq romans populaires écrits par Arturo Perez-Reverte depuis 1996, qui situent le personnage quelque part entre d’Artagnan, Cyrano de Bergerac et Don Quichotte. Les romans s’appuient sur une double lecture de l’Histoire et de la Littérature espagnoles, qui en font un sujet idéal d’étude dans le milieu scolaire. Le film s’écarte toutefois volontairement du grand spectacle, inhérent au genre contemporain du film historique, au profit d’une lecture intimiste et philosophique de la période, ainsi confrontée à notre propre siècle. Comme l’évoque son réalisateur : "L'Espagne du XVIIe siècle avait une dimension de confusion et de fausseté qui n'est pas sans rappeler notre époque...".

(Sources : Allociné)

 

 

 

  La première particularité de ce film et du matériel publicitaire affairant est sans doute qu’ils datent de … 2006 (le film est sorti le 1er Septembre 2006 en Espagne). Le Studio Usert38 réalisa dès cette année trois visuels qui furent par la suite réemployés de manière internationale. En ressortent les idées fortes du personnage d’un bretteur méditerranéen fatigué et désabusé, blessé, sali et poussiéreux dont l’imagerie renvoi bien sur assez directement au  Quichotte de Cervantès (écrit et publié de 1605 à 1615) dont la transposition la plus récente aurait du être Lost in la Mancha (T. Gilliam - 2003). A l’inverse de ce fameux personnage, toutefois, Alatriste apparait plus solitaire, réellement aristocrate (son grade de capitaine (capitan) ; le port de l’épée ; absence de l’armure de conquistador) et aussi plus en phase avec un contexte historique réaliste, où la guerre est omniprésente (le design général de l’affiche n’étant guère éloigné de celles des films les plus récents dans le genre).

 

   


 
Si le nom du personnage principal revêt une certaine empathie mélancolique (tristesse et souffrance morale), celle-ci est avant tout transposée dans un titre à la typographie vintage elle-même usée, relativement modifiée sans sa version française pour rapprocher l’œuvre du seul genre « cape et épée » (le personnage retrouve son grade militaire et l’écriture se fait plus romanesque, à la manière du Bossu ou des Trois Mousquetaires). L’arrière plan, plus ou moins flouté ou silhouetté, demeure pour amorcer le contexte d’une armée espagnole type du XVIIème siècle. L’ensemble du design est également assez évocateur des tonalités de la peinture de Velasquez et du Siècle d’Or espagnol, préférant toutefois une grande simplicité aux effets parfois exagérés du style Baroque.

 

 

 

  L’affiche résonne à vrai dire comme une affirmation : le film sera le portrait de l’Espagne du XVIIème siècle, dont le déclin tragique est déjà amorcé de par sa principale raison (des guerres extrêmement ruineuses) et où la figure fière du bretteur disparait au profit d’une nouvelle violence, amenée par l’usage intensif des armes à feu. Très proche dans sa tonalité romantique comme dans sa destinée d’un Cyrano de Bergerac ou d’un Capitaine Fracasse, Alatriste peut ce percevoir comme la confrontation du héros littéraire au monde moderne, là où ni l’épée ni la plume ne trouvent réellement leurs places, dans le nouveau concert de la politique de conquête des grandes nations tournées vers l’Absolutisme royal.

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11 juin 2008 3 11 /06 /juin /2008 09:59

Synopsis : Surgi de nulle part, le phénomène frappe sans discernement. Il n'y a aucun signe avant-coureur. En quelques minutes, des dizaines, des centaines de gens meurent dans des circonstances étranges, terrifiantes, totalement incompréhensibles. Qu'est-ce qui provoque ce bouleversement radical et soudain du comportement humain ? Est-ce une nouvelle forme d'attaque terroriste, une expérience qui a mal tourné, une arme toxique diabolique, un virus qui a échappé à tout contrôle ? 

  Pour Elliot Moore, professeur de sciences dans un lycée de Philadelphie, ce qui compte est d'abord d'échapper à ce phénomène aussi mystérieux que mortel. Avec sa femme, Alma, ils fuient en compagnie d'un ami, professeur de mathématiques, et de sa fille de huit ans. Très vite, il devient évident que personne n'est plus en sécurité nulle part…







 Phénomènes
(Sortie en salles le 11 Juin 2008), de M Night Shyamalan (relire sur ce blog :
http://cine-l-affiche-en-plein-coeur.over-blog.fr/article-18499200.html) est une fois de plus une œuvre « à double tranchant » : inscrit dans une tonalité de série B ou de film d’horreur/catastrophe, Phénomènes n’en demeure pas moins, et une nouvelle fois après Signes (2002) ou Le Village (2004), une réflexion sur l’Homme,  la structure familiale, la société insouciante, et leurs capacités à résister aux assauts extérieurs, quels qu’ils soient. Politique, foi, religion et volonté font souvent du héros une exception plus que rare, aboutissant à un dénouement heureux mais surprenant (sur le principe du fameux twist final (voir http://fr.wikipedia.org/wiki/Twist_final). Mais l’espoir sera-t-il encore de mise dans ce nouveau film ?

 


 Comme souvent chez Shyamalan, et au-delà des inspirations explicites (ici, Les oiseaux (Hitchcock - 1963), l’Invasion des profanateurs de sépultures (D. Siegel - 1956) ainsi que les différents Godzilla), son cinéma s’appuie sur des idées fortes mais simples : « Je rentrais à New York, c'était une journée magnifique et les arbres bordaient la route. Je me suis brusquement demandé ce qui se passerait si la Nature se retournait contre nous. En un instant, j'avais toute la structure de l'histoire, les personnages s'imposaient d'eux-mêmes. J'en étais ravi parce que les films sont toujours meilleurs et plus accessibles quand c'est la structure qui prédomine. Avant même d'avoir écrit un mot du scénario, je savais que je voulais un style particulier pour ce film. J'avais envie de faire quelque chose d'électrique, d'acéré et de dynamique. »

(Sources : Allociné : http://www.allocine.fr/film/anecdote_gen_cfilm=126871.html).

 

  En regardant les visuels de Phénomènes (tous créés par les Studios The Ant Farm), notre œil est attiré par ce titre court et explicite, également emblématiques d’un réalisateur qui donne en permanence du sens et des indices : The Happening (en VO), traduit dans sa version québécoise par l’Evènement et dans sa version mexicaine/espagnole par La fin des temps, renvoie plus directement en français à un fait sensible ou un phénomène physique et naturel, dans l’acception scientifique du terme. Outre l’intrigante première affiche teaser américaine, avec sa file de voitures abandonnées (comme signal ultime de la désaffection humaine vis-à-vis des énergies sales ?), on remarquera que les affiches américaines et françaises finales ont préféré réintégrer l’élément humain et familial (homme/femme/enfant), bien que suggérant toujours ouvertement l’Apocalypse imminente. Déformation spatiale et anarchie du cadre bureaucratique urbain, couleurs froides et cellule familiale menacée complètent visuellement une accroche alarmiste («Il est déjà trop tard ») qui ne fait cependant plus référence aux précédents films de Shyamalan.

 




 Une version différente de l’affiche circule au Mexique (sous trois versions : on y retrouve la file de voitures abandonnées réorganisée mais le décor est celui de la ville de Mexico et de sa colonne de l’Ange de l’Indépendance !) et en Allemagne : pour cette dernière, il s’agit d’une surprenante  vue en plongée sur une humanité décimée où « survivre est la seule réponse »… Le couple vedette du film y apparait sous un double aspect puisque, outre la symbolique du noir et blanc de leurs vêtements, on verra dans ces nouveaux Adam et Eve une relecture du Pêcher originel : Paradis terrestre sacrifié, humanité aux mains tachées de sang (voir les ombres inquiétantes issues du couple) et incapacité de l’Homme a géré le patrimoine fondamental du Vivant. Ce que les sombres nuages noirs et orageux des précédents visuels présageaient sous la forme d’une menace aussi sur-naturelle que divine… Comme souvent, par conséquent, les affiches jouent sur la répulsion/attirance du spectateur pour la menace surgie de l’Inconnu : placés sur la frontière entre ville et campagne, zone de vie et de mort, cadre (familial) et hors champs, ces phénomènes ne manquent pas de terrifier une humanité incapable de « lire les signes avant coureurs » (les pages blanches s’envolent), dans une perspective permanente d’auto destruction programmée telle une Epée de Damoclès, mais aussi de cheminement vers un autre degré de connaissance (voir sur ce point l’affiche emblématique de Rencontre du troisième type).

   Phénomènes visuels ou retour à l’ordre naturel des choses ?

 

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4 mai 2008 7 04 /05 /mai /2008 11:01

Synopsis : Pierre Collier est mort... Assassiné chez le sénateur Henri Pages au cours d'un week-end de villégiature. Sa femme, Claire, est la coupable désignée. Elle a été arrêtée un revolver à la main à côté de la victime. Sans doute a-t-elle des raisons d'avoir voulu se venger de son mari volage.
  Pourtant, les apparences peuvent être trompeuses. L'arme n'est pas celle du crime, et chaque invité devient un suspect potentiel. Esther, la maîtresse de Pierre, Léa, son amour de jeunesse humiliée, Philippe, son rival. Et pourquoi pas le sénateur en personne, passionné par les armes à feu ?
  Une affaire complexe à résoudre pour le lieutenant Grange, surtout lorsqu'un deuxième meurtre la fait rebondir...

 

  

  Avec Le Grand Alibi de Pascal Bonitzer (Sortie en salles le  30 Avril 2008), le spectateur est replongé dans l’ambiance policière des romans à énigmes anglo-saxons (genre désigné par l’anglicisme whodunit, se traduisant par « qui l’a fait ? »), genre phare des années 1920-1950 ayant popularisé les œuvres d’Agatha Christie, John Dickson Carr ou Ellery Queen. Comme précisé sur l’affiche, Le Grand alibi est une adaptation du récit d’A. Christie intitulé Le Vallon (1946), dans lequel Hercule Poirot doit résoudre le mystère de l’assassinat d’un médecin dans la propriété qui donne son nom au roman : la partie strictement « policière » y est très réduite, au profit d’une étude de mœurs. Pascal Bonitzer supprime quant à lui le personnage du célèbre enquêteur belge de son film.

 
   L’affiche française est signée du dessinateur Jean-Claude Floch (dit Floc’h), un habitué de ce type de réalisations, qui illustre ici son 14ème film (voir l’ensemble de ses affiches sur le blog dédié :
http://lhommedanslafoule.blogspot.com/2008/04/cinma-depuis-1977.html) et sa deuxième collaboration avec Pascal Bonitzer après Petites coupures en 2003.  La filiation entre les personnages-pions représentés est le célèbre jeu du Cluedo (imaginé en Angleterre en 1943) est immédiate : on remarquera par conséquent un lien entre une précédente adaptation filmique de cet univers (Cluedo de J. Lynn - 1985) et le film au titre homonyme d’Alfred Hitchcock (Stage fright en VO - 1950).

 






   Une autre filiation discrète de l’affiche - due au style ligne claire et bande dessinée franco-belge de Floc’h - est sans conteste une inspiration inconsciente des couvertures des albums de Ric Hochet (créé par Tibet et André Paul Duchâteau en 1955 au sein du journal Tintin), dont plusieurs se rapprochent du présent visuel (voir par exemple le t. 36, la flèche de sang (1983) ou le t.66, Penthouse Story (2002)). Jean-Claude Floc’h ne cache du reste ni sa passion pour les films et bandes dessinées policières et fantastiques (celles de H.P. Jacobs et d’Hergé en tête), ni sa propre volonté d’en donner une vision renouvelée et hommage à la fois (voir ses travaux avec François Rivière, notamment sur la série Albany & Sturgess chez Dargaud).

   


 La question naturellement posée par le spectateur-enquêteur est de savoir si, oui ou non, l’affiche comporte son lot d’indices et de preuves, alors même que, sur les 10 noms présents au générique en bas de l’affiche, 9 seulement sont directement illustrés par les différents pions, plus une main gantée de droitier braquant un pistolet Beretta sur Lambert Wilson, qui interprète fortuitement la victime (le docteur Pierre Collier)… Le dossier de presse du film fournit en outre 3 personnages supplémentaires, dont l’un est le 10ème nom (non illustré) de l’affiche. On remarquera enfin la volonté d’inscrire l’affiche et le film comme un jeu, de par des coins arrondis référents d’une carte à jouer : étrange puzzle policier offrant in fine 12 visages (et non 9…), soit la totalité des quatre quatuors de valets, dames et rois, avec une fine redistribution  des rôles féminins et masculins.



 

 
Difficile d’en dire plus, car la suite et la résolution appartiennent à l’intrigue et à son dénouement… autant qu’au désir du réalisateur de jouer avec la sagacité de ses enquêteurs-spectateurs.

 

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26 avril 2008 6 26 /04 /avril /2008 21:45

 Synopsis : Mexico.Trois adolescents des quartiers pauvres pénètrent dans l'enceinte de La Zona, une cité résidentielle aisée, entourée de murs et protégée par un service de sécurité privé. Ils s'introduisent dans l'une des maisons, mais le cambriolage tourne mal. Plutôt que de prévenir les autorités, les résidents décident de se faire justice eux-mêmes. Une chasse à l'homme sans pitié commence...

 



 Terrifiante description du syndrome du « tout sécuritaire » et de ses dérives, La Zona, propriété privée (Rodrigo Pla - sortie en salles le 26 Mars 2008), est une immersion en  noire et rouge dans l’âme humaine. Noir et rouge car ces deux couleurs sont annoncées dès l’affiche, et que l’on pressent, outre la présence du mot « thriller » repris à la critique du magazine Studio, que l’ambiance polar, les conflits sociaux, les haines et les enjeux de possession vont très vite faire couler le sang d’innocents.

 
  Ce qui rend l’affiche frappante, c’est le visage adolescent coupé en deux verticalement et déjà marqué d’une balafre en forme de croix latine, sur un fond rouge qui le transforme en martyr annoncé (ce n’est d’ailleurs pas le véritable personnage central du film, mais bien le sujet de la chasse à l’homme). C’est également tout ce qui semble s’opposer à ce visage unique : les caméras de sécurité et les barbelés dignes d’un univers aliénant policier, et la violence induite par la  logique du « tout » ou du groupe contre la pensée et l’existence d’un seul… La chute annoncée d’un système qui vacille sur ses propres bases, enfin, par un design général qui évoque aussi une vitre brisée ou un puzzle aux zones trop morcelées pour vraiment pouvoir se rejoindre. Le vertige inhérent à ce design vient de ce glissement fatal que personne n’est plus en mesure d’arrêter : regard frontal, arme braquée vers le spectateur de l’affiche et caméra espionne à l’œil dénonciateur autant que persécuteur.  

 
 Le noir, le rouge et le blanc forment le titre qui fait correspondre son « la » avec le véritable sujet-personnage du film, ce que la fameuse « propriété privée » est par ailleurs, bien qu’invisible sur l’affiche, à l’inverse des quartiers pauvres de Mexico (visibles derrière les barbelés en haut  à droite). Est-ce à dire que l’affiche se joue elle-même du vide et du plein, du non-dit et de la dénonciation, de l’adolescence perdue et de l’état adulte dévoyé, du privé et du public, de la vérité et du mensonge ? Oui, car elle est texte ET image, parole ET regard enfin réunis pour témoigner d’un état de fait comme de la réalité du quotidien sud américain. La force, les armes et la police sont toutes contenues dans la sphère privée, comprise comme prison d’un faux Eden qui n’est qu’un artéfact fragile, tandis que l’enfance nue est offerte au public, comme sacrifice engagé et potentiellement salvateur.

 

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12 avril 2008 6 12 /04 /avril /2008 15:46

Synopsis : Depuis l'enfance, Rob Stewart se passionne pour les requins. À tel point qu'il est devenu biologiste et photographe sous-marin afin de pouvoir nager avec eux, décrypter leur mystère et déconstruire le mythe du requin mangeur d'hommes. Ce mythe, entièrement fabriqué, serait selon lui responsable de l'indifférence qui entoure, un peu partout dans le monde, le massacre de la population de requins à des fins commerciales. Du Costa-Rica aux Îles Galapagos en passant par le Guatemala, Stewart et l'équipage de l'activiste des mers Paul Watson tentent de dénoncer et de mettre en échec les braconniers à la solde de mafias asiatiques soutenues par des gouvernements corrompus. Il y va de l'équilibre écologique de la planète...






  Loup, ours, tigre, éléphant, oiseaux, insectes, phoques, manchots, dauphins, baleines et donc requins… Autant de films documentaires récents présentés à un public nouvellement acquis aux thèses écologiques, à la défense de l’environnement, de la biodiversité et de la préservation de l’avenir de la planète. Si les expéditions d’un Cousteau ou d’un Hulot ont eu le grand mérite d’être rendus immédiatement populaire par le petit et le grand écran, il aura fallu presque un demi-siècle pour que l’Homme se souci concrètement de la défense des espèces marines (mammifères marins en tête).

 
  Car entre traditions culinaires dévastatrices, oralité issue des Contes et Légendes populaires, techniques de chasse et qualités des armes améliorées, croissance des zones occupées par l’homme et pollutions diverses, des espèces comme le loup ou l’ours ont déjà disparu de notre territoire. Pour d’autres comme les requins, les peurs ancestrales liées à un mythe de « mangeur d’hommes » repris par le succès phénoménal des Dents de la mer (S. Spielberg ; voir aussi Peur bleue (R. Harlin - 2000) en 1975, auront suffi à en autoproduire une destruction programmée.

 





 
 On regardera donc à deux fois un film documentaire dont le pari évident est de nous faire approcher, aimer et comprendre une espèce jusque là littéralement cantonnée au film d’horreur (à la différence des dauphins du Grand bleu…), et où les phobies bien ancrées du public pour les espaces maritimes insondables ont plongé de pair avec Abyss, Titanic (J. Cameron - 1989 et 1998) ou Open water, en eaux profondes (C. Kantis - 2004). Surtout, il faudra que le film résonne justement comme tel et non comme un énième épisode d’une chaine documentaire quelconque : un titre fort et référent, un visuel simple et élaboré à la fois, une dose de merveilleux et de surprise.

 







  Tous les visuels récents ont été façonnés suivant ces préceptes (voir le dossier à cette page :
http://cine-l-affiche-en-plein-coeur.over-blog.fr/pages/Chapitre_4__Reprises_et_detournements__laffiche_mise_en_abyme_partie_1-406967.html et les affiches reprises ici), et celui des Seigneurs de la mer (R. Stewart - sortie le 09 Avril 2008) n’y échappe évidemment pas, car si le premier design du studio bpg se focalise sur la relation homme/animal et la vérité devant émerger de cette prise de contact, le visuel suivant accroit ce rapport, par deux aspects déjà présents sur l’affiche d’Un Jour sur Terre  (A. Fothergill et M. Linfield - 2007 ; A. Fothergill était déjà réalisateur de La Planète bleue en 2004) : la vie sur Terre est fragile et l’avenir de l’Homme repose entre ses mains. Défendre la biodiversité, c’est donc préserver la « magie » de l’équilibre des ressources naturelles, et transmettre ce patrimoine aux générations futures. Soit le même discours que celui du Commandant Cousteau depuis le Monde du Silence (L. Malle et J.Y. Cousteau - 1955) à l’affiche considérablement proche de celle des Seigneurs de la mer, accroche comprise.

 
 


  Ces mains « divinisées » tiennent-elles tous les maux de la Terre où faut-il encore, comme Atlas, soutenir la voute céleste ? La promotion joue certainement l’ambiguïté, car le mot « seigneur » (de la guerre…) est lui-même largement connoté en terme de supériorité, voir de  toute-puissance crainte des autres espèces. Le globe (en verre) est un bocal fragile tout autant qu’un bassin de vie ; entre requin et homme, c’est une éternelle guerre des mondes (eau et terre) qui est ainsi remise en perspective… Monde rêvé ou fantasmé enfin, que celui offert dans ce globe, puisque générateur de merveilleux et d'un autre monde plus ou moins idéalisé (voir le Monde de Nemo), celui de la grande bleue, qui donne le ton prédominant de l'affiche.

 


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