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3 janvier 2014 5 03 /01 /janvier /2014 11:21

Le passage à la nouvelle année 2014 serait-elle propice aux meilleurs espoirs et aux doux rêves ? C'est ce que semble nous suggérer le 7ème Art en nous proposant La Vie rêvée de Walter Mitty (sortie française le 1er janvier 2014), par et avec Ben Stiller. Ce dernier interprète un employé du célèbre magazine Life : excessivement timide, il s’imagine être le héros d'aventures imaginaires pour s’évader de sa réalité stressante... Les affiches en profitent naturellement pour promouvoir cette double évasion par l'image et l'imaginaire.

 

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 Le film est une nouvelle adaptation de la nouvelle The Secret Life of Walter Mitty de James Thurber (1894 - 1961), parue en mars 1939 dans le New Yorker. Cette nouvelle avait déjà été portée à l'écran dans La Vie secrète de Walter Mitty (Norman Z. McLeod, 1947) puis, sous la forme d'une série d'animation, dans Les Vies secrètes de Waldo Kitty (13 épisodes de 30 minutes produits par Filmation et diffusés du 6  septembre 1975 au 29 novembre 1975 sur NBC). Précisons, outre le changement de termes dans le titre entre les versions anglo-saxonnes et française (Vie secrète ou rêvée), que la nouvelle initiale est entrée dans le patrimoine culturel américain sous différents aspects. Le nom de Walter Mitty et le mot dérivé "Mittyesque"   traduisent et dénotent une personne inefficace, plongée dans ses rêves , inattentif au monde réel. Plus ou moins inconsciemment, le terme définit aussi celui qui tente délibérément de tromper ou de convaincre les autres qu'il est quelque chose qu'il n'est pas : c'est le fameux mythomane, le Mitty-mytho ! 

 L'histoire aura également une influence notable sur certains grands humoristes, dont le fondateur du journal satirique Mad (Harvey Kurtzman), et le directeur de l'animation Chuck Jones, qui crééra à son tour un personnage similaire nommé Ralph Philipps   dans les dessins animés (Looney Tunes) imaginés pour la Warner Bros.

 

 C'est sous le titre La vie secrète de Walter Mitty que ce texte parut en France en 1948, dans un recueil de nouvelles intitulé My World and Welcome to It. Les éditions 10/18, qui le republièrent en poche en 1981 et en 1996, n'ont pas réactualisé la couverture en amont ou en parallèle de la  sortie du film de Ben Stiller...

 

Du côté des diverses affiches produites de 1947 à 2013, la vie fantastique et fictionnelle de Walter s'étale sous différentes formes. Constatons d'abord que, dès les années 1940, la publicité interroge directement le spectateur sur sa perception : est-il un rêveur, voire un affabulateur (Are you a Mitty ?) ?

 

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La version de 1947 (détestée de Thurber !) était assez différente du texte initial : employé d'une maison d'édition de magazines à bon marché, Mitty est sans cesse malmené par sa famille et ses collègues. Il ne cesse de s'imaginer en héros de fabuleuses aventures délivrant une splendide jeune femme - toujours la même - des situations les plus dramatiques. Jusqu'au jour où la fiction devient réalité : démarre alors une aventure d'espionnage opposant le héros... aux Nazis ! Les distributeurs éditèrent à l'occasion toute une panoplie d'affiches illustrant les différents rêves éveillés de Walter, dont nous donnons ici deux exemples.

 

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Dans la version de 2013, l'histoire originelle est respectée : Walter "incarne" successivement et notamment un pilote, un chirurgien, un assassin aux assises, un pilote de bombardier de la Royal Air Force... et un condamné à mort ! Ses rêves débutent avec une mission précise : alors que le magazine Life va faire paraître son dernier numéro papier, avant de devenir accessible sur Internet, voilà que le négatif de la photo choisie pour cette ultime couverture s'avère manquant, disparu. Walter Mitty va alors partir à la recherche du photographe, en reportage au Groenland....

 

Transformée en véritable catalogue d'agence de voyage, la promotion du film accentue l'aspect surprenant du rêve, sous un angle jugé plus confortable, serein, lumineux et en accord avec la nature que la sombre psychologie développée par les réveurs d'Inception (C. Nolan, 2010) ou la spirale infernale de Requiem for a dream (Darren Aronofsky, 2000) ! Dans cette optique ascendante et  planante d'une vie jugée paradisiaque, c'est le ciel éthéré du poster teaser (diffusé en juillet 2013) qui demeure l'image-symbole la plus évidente.

 

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Le film de Stiller bénéficie d'une dizaine de visuels différents (créations du Studio Midnight Oil Creative), aptes à transformer cet homme ordinaire en super-héros. On s'intéressera en particulier aux différentes accroches proposées autour du même concept : Vivez l'impossible, Explorez vos limites, Stop dreaming/Start living, slogans dignes là encore d'agences ou de catalogues de voyages. Vers la Lune, par dessus la ville ou les montagnes, sur l'aile d'un avion (Superman), marchant à la verticale d'un building (Spiderman) ou plus simplement, dans une explosion publicitaire et photographique, se préparant à quitter les iconiques néons publicitaires et autres écrans géants de Times Square, Walter ne se dépare cependant jamais... de son attaché-case et de son costume d'employé de bureau ou d'homme pressé. Affairisme ou voyage en 1ère classe, Stiller reste le garant du rêve pionnier américain.

 

Car la vie rêvée, détachée du mode de vie consumériste et capitaliste, n'est au final qu'une illusion - impénétrable - de Cinéma...

 

En complément à cet article, visitez le site (et l'article d'Alain Korkos) :

http://www.arretsurimages.net/breves/2014-01-02/Walter-Mitty-le-mytho-id16636


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Published by Philippe Tomblaine - dans L'affiche de la semaine
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24 décembre 2013 2 24 /12 /décembre /2013 14:45

 12 Years A Slave (« 12 ans en tant qu'esclave »), du réalisateur britannique Steve McQueen, évoque avec virulence le passé esclavagiste des États-Unis. Le film est inspiré de l'histoire vraie de Solomon Northurp, un musicien noir vivant près de New-York, kidnappé en 1841 par les gérants d'un cirque et vendu comme esclave dans le Sud (Louisiane) pendant une douzaine d'années. Northup avait raconté son calvaire dans ses mémoires, publiées en 1853. 

 

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  Illustration accompagnant l'édition de 1853 de 12 Years a Slave :

Solomon Northup  (Juillet 1808 - vers 1860 ?)

 

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Différentes couvertures américaines du roman (éditions Atria/37 Inks, Penguin Books),

la dernière (Hesperus Classics) signalant désormais l'adaptation cinématographique.

 

Le film, qui fait partie des grands favoris pour les prochains Oscars, et dont la sortie française est prévue le 22 janvier 2014, a déjà été présenté en avant-première. Notamment (depuis septembre 2013) au Festival International du film de Toronto, où la projection en a mis d'ailleurs plus d'un mal à l'aise, à cause de ses nombreuses scènes de torture ultra-réalistes... Précisons que les nommés aux Oscars seront annoncés le 16 janvier prochain (4 jours après la prestigieuse cérémonie des Golden Globes), ceci alors que le film (produit par Brad Pitt) a déjà raflé treize nominations aux Critics' Choice Awards, ces récompenses étant décernées chaque année par l'association des critiques travaillant dans l'audiovisuel (BFCA), composée de 270 télévisions, radios et sites Internet.

 

 Cette production attire doublement notre attention : naturellement pour les affiches, que nous évoquerons plus loin, mais prioritairement par le fait que les oeuvres cinématographiques évoquant aussi directement le thème pourtant majeur de l'esclavage soient si rares. Outre les films renvoyant à l'Antiquité, tout au plus se rémémore-t-on en effet, côté américain, La Case de l'Oncle Tom (plusieurs films adaptent le roman d'Harriet Beecher Stowe entre 1910 et 1927 ; et film franco-italo-germano-yougoslave (!) par Géza von Radványi en 1965), Amistad (S. Spielberg, 1997) et le récent Django Unchained de Quentin Tarantino (2012) qui demeure un western survitaminé et non un film historique. Plusieurs autres oeuvres évoquent le thème comme arrière-plan sociologique et raciste, sans le traiter aussi frontalement, ou simplement parce que le sujet du film est en partie ailleurs : c'est le cas par exemple de La Couleur pourpre (Spielberg, 1985), qui narre le destin de deux femmes noires du sud des États-Unis, se déployant sur trois décennies depuis les années 1910. C'est le cas, également, d'Autant en emporte le vent (V. fleming, 1939),  Glory (E. Swick, 1989), Beloved (J. Demme, 1999) ou de Lincoln (Spielberg, 2013).

 

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  Ce qui rapproche 12 Years a Slave d'un certain nombre d'autres films, c'est son caractère autobiographique tirant vers la fable humaniste : on retrouvera cet aspect, en liaison avec un passé d'esclave ou via la révolte contre la ségrégation, dans Mississippi Burning (A. Parker, 1988), Miss Daisy et son chauffeur (B. Beresford, 1989), Jefferson à Paris (J. Ivory, 1995), Les Chemins de la dignité (G. Tilman Jr., 2000), O'Brother (J. et E. Coen, 2000), La Couleur des sentiments (T. Taylor, 2011) et Le Majordome (L. Daniels, 2012). Du côté français, et à l'exception de grands films de genre (série des Angélique) ou d'une comédie telle Case départ (L. Steketee, 2011)), le thème n'est abordé que par des téléfilms : le dernier en date est Toussaint Louverture, un téléfilm en deux épisodes réalisé par Philippe Niang pour France 2 (2012).

 

  L'affiche teaser de 12 Years a Slave, révélée une première fois en avril 2011 (le film étant prévu à l'origine fin 2012), fera le tour des forums et des sites spécialisés en avril 2013, après confirmation de la sortie du film pour la fin de l'année : elle suggère une porte vers un ciel plus clément de liberté, dans un horizon pourtant bouché par un inaltérable et inhumain mur de pierres jointes, où se meuvent encore les ombres du passé et du présent. La production mentionne subtilement le réalisateur de Hunger (la faim, 2008) et Shame (la honte, 2011), ainsi que Tree of  life (L'Arbre de vie, par T. Malick, 2011, où jouait déjà Brad Pitt), soit autant de mots et de codes jouant avec d'évidents symboles.

 

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 L'affiche officielle (design des studios Ignition Print révélé en juillet 2013) évoque quant à elle la fuite, une course effreinée - captée en plein mouvement - d'un homme noir sur fond blanc, portant en lui et sur lui les germes (chemise blanche) d'une liberté qu'on lui refuse encore, comme l'indiquent à la fois le titre (le temps passe et ancre le statut social) et le mouvement non-naturel de la droite vers la gauche (inverse du sens de lecture occidental et donc synonyme de conflit, d'oppositions et d'obstacles). La promotion du film, bénéficiant d'élogieuses ciritiques, s'est empressée de faire reparaître en visuel en amont des Oscars à venir...

 

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 Rajoutons à ces premiers visuels une intéressante version espagnole, qui suggère autant l'emblématique lieu d'exploitation (le champ de coton) que l'immensité mortifère du travail à accomplir par l'esclave.

 

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 Signalons enfin la très récente polémique survenue fin décembre 2013 dans le cadre de la promotion italienne : BIM, le distributeur du film dans la Péninsule, avait en effet préféré réaliser et imprimer ses propres affiches. Sauf que ces posters montrent essentiellemenent le visage de Brad Pitt, réduisant l'acteur principal (Chiwetel Ejiofor) à une petite silhouette dans un coin ! Un comble, bien que selon BIM, le nom de Pitt (également co-producteur du film via sa société Plan B) et son visage soient des atouts majeurs pour promouvoir 12 Anni Schiavo (titre  italien), aux limites du racisme favorisant un blond aux yeux bleus plutôt qu'un esclave noir...

 

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 Le studio Lionsgate, qui distribue le film sur toute la planète via sa filiale Summit, s'est aussitôt désolidarisé de cette campagne très malvenue, déclarant dans un communiqué que " ces posters n'ont pas été validés par aucun des producteurs ou distributeurs du film ", et promettant de " rappeler toutes ces affiches " immédiatement.

 

 Rien n'est simple sur de tels sujets, y compris en 2013-2014...

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Published by Philippe Tomblaine - dans Décrypt'affiche
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23 décembre 2013 1 23 /12 /décembre /2013 17:12

 Du 28 juillet 1914 au 11 novembre 1918, la Première Guerre mondiale reste de manière évidente une balise marquante de la chronologie de l’Histoire de France, de l’Europe et du monde. Inscrite dans les programmes d’histoire des classes de CM2, de 3ème, de 1ère et de la voie professionnelle, elle interroge encore aujourd'hui de différentes manières : pourquoi une guerre en Europe en 1914 ? En quoi est-elle une guerre totale ? Quelles mémoires conserve-t-on aujourd’hui ? Pourquoi et comment commémorer son Centenaire  ?

 

Au travers du 7ème Art, la Grande Guerre et ceux qui l'ont vécu auront été immortalisés via une multitude d'oeuvres, de la fiction au documentaire, du programme court à la série, du film d’animation à la diffusion d’images d’archives, de très nombreux projets contribuant ainsi de fait, en 2014 et au-delà, à la multiplicité des supports commémoratifs. L'affiche, et plus particulièrement l'affiche de film, participe de ce devoir de mémoire, cependant inévitablement inscrit entre imaginaire et réalité du conflit. Outre La Grande illusion (Jean Renoir, 1937, déjà évoquée dans un article précédent, voici proposé un parcours parmi les visuels liés aux films et aux réalisateurs les plus référentiels... Nous nous associons par ailleurs et dasn ce cadre aux propos pédagogiques, aux nombreux documents et aux pistes d'exploitations développées sur le site officiel "14-18 : mission centenaire" ( http://centenaire.org/fr ).

 

 

Citons d'emblée et à titre documentaire plusieurs liens internet complémentaires :


http://fr.wikipedia.org/wiki/Liste_de_films_sur_la_Premi%C3%A8re_Guerre_mondiale : liste de films Wikipédia ;


http://www.lacinemathequedetoulouse.com/system/photos/72/original/ressources_premiere_guerre_mondiale.pdf?1370511044

et http://pedagogie.ac-toulouse.fr/daac/IMG/pdf/centenaire_14-18-Cinematheque-Action-Educative.pdf : ressources audiovisuelles proposées par la Cinémathèque de Toulouse ;

 

http://www.ecrannoir.fr/dossiers/14-18/index.html : dossier thématique du site Ecran noir ;

 

http://www.cineclubdecaen.com/analyse/premiereguerremondialeaucinema.htm : dossier thématique du Ciné Club de Caen ;

 

http://www.cndp.fr/fileadmin/user_upload/POUR_MEMOIRE/armistice_1918/grandeguerreetcinema/11-novembre_pdf.pdf : dossier de 38 pages réalisé par le Scérèn-CNDP.

 

 

Lorsque la Guerre éclate, le Cinéma, né en 1895, est encore jeune : il a vingt ans à peine mais sait déjà enregistrer ou reproduire le réel. Il est vite sollicité pour rendre compte de ce conflit mondial, dont le nombre de victimes sera sans précédent (10 millions et 8 millions d'invalides en quatre ans). Guerre moderne (de par les moyens militaires et les techniques de combat employés) filmée par un médium moderne, la Première Guerre mondiale voit en parallèle se multiplier les journaux illustrés et les actualités filmées, le dessin de propagande et les premières bandes dessinées engagées (dont Les Pieds-Nickelés de Louis Forton, opposées aux Allemands à partir e janvier 1915 dans le journal L'Epatant). Le Cinéma et ses affiches deviennent par la force des choses des instruments de propagande pour influencer dans un sens ou un autre l’opinion publique.

 

Citons un premier film notable : J'accuse, par Abel Gance (film muet en 1918 et version parlante en 1938), réalisé en partie lors des mutineries de 1917 et qui dénonce la boucherie inhumaine. Le dessin (lithographie) de l'affichiste Maurice Tamagno (imprimerie Delattre) souligne les souffrances et la mort par le biais d'un gros plan sur un visage dévasté.

 

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En 1918, Chaplin réalise le pamphlet Charlot soldat, film muet sonorisé et burlesque qui a aussi le mérite de mettre l’accent sur la réalité du conflit vécue quotidiennement par les soldats. Marc-Luc, de l'agence Pathé cinéma, et Raoul Arthez, illustreront chacun leur version de ce film parfois rebaptisé Le Rêve de Charlot soldat. Nous présentons ici, faute de mieux, un version américaine de l'affiche, basée sur un photographie de plateau.

 

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L'année 1925 voit paraître La Grande parade de l'américain King Vidor, où un jeune Américain, engagé en 1914, est  tombé amoureux d'une fermière française. Les affiches jouèrent ainsi aisément de la monstration de ce romantisme, sur une toile de fond dramatique.

 

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En 1930 et 1931, c'est au tour d'Howard Hawks (avec La Patrouille de l'aube) et d'Howard Hugues (avec la production mégalomane des Anges de l'Enfer) de présenter chacun leurs visions du conflit, via les aventures de fiers pilotes engagés dans les escadres britanniques de la RAF. Les affiches US illustrent assez classiquement le sujet dans la veine du serial ou du récit de type pulp, blonde fatale à l'appui.

 

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 L'année 1930 est marquée par un autre événement cinématographique d'envergure : la reprise sur les écrans par Lewis Milestone de l’œuvre antimilitariste célèbre de l’écrivain allemand Erich Maria Remarque, A l'Ouest rien de nouveau, où de jeunes lycéens patriotiques découvrent la réalité du conflit. Le film obtiendra 2 Oscars mais sera censuré en France comme en Allemagne. Compte tenu de son succès, le film connaîtra de nombreuses affiches, dont nous retenons les deux suivantes, pour leurs rapports au livre ou leurs tonalités d'affiches d'enrôlements.

 

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Autres adaptations majeures : celle de L'Adieu aux armes d'Ernest Hemingway (1929) par Frank Borzage (1932), qui relate l’histoire d’amour dramatique entre un ambulancier américain et une infirmière anglaise. Celle, surtout, des Croix de bois de Roland Dorgelès (Prix Femina 1919), transcrit à l'écran avec une grande sensibilité par Raymond Bernard en 1932. Ce film, tourné en partie sur les lieux des combats, offre à Charles Vanel l'un de ses premiers grands rôles. Les diverses affiches des Croix de bois seront illustrées par Jean Mascii et Roland Coudon.

 

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les-croix-de-bois-affiche_387200_8204.jpgAffiche par Jean Mascii

 

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Affiche par Roland Coudon

 

 

La postérité des Croix de bois influence une autre oeuvre d'Howard Hawks en 1936, Les Chemins de la gloire, qui sera retitré... Le Chemin de la gloire sur l'affiche française, qui préfigure graphiquement certains visuels de La Grande illusion de Renoir en 1937 !

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  En 1946, Claude Autant-Lara réalise Le Diable au corps, en adaptant cette fois-ci Raymond Radiguet (roman de 1923), où l'esseulée Michelien Presle s'éprend du beau Gérard Philippe tandis que son mari est au Front. La publication du Diable au corps provoqua un grand scandale, car il postulait la guerre comme condition même du bonheur des amants et portait atteinte au respect sacré dû au soldat. L'affiche est plus sage, narrant néanmoins l'idylle sous le signe de la damnation (dans la lettre D du mot Diable), tout en supprimant toute référence directe au conflit mondial.

 

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  En 1957, c'est au tour de Stanley Kubrick de réaliser un film qui frappe les esprits et devient censuré en retour. Dans Les Sentiers de la gloire, tourné en Autriche, le personnage incarné par Kirk Douglas brave l’imbécillité du haut commandement et les offensives aveugles. Ce film engagé sera interdit en France jusqu’en 1974.

 Résulteront de cette ambitieuse production deux versions de l'affiche très graphiques, de part et d'autre de l'Atlantique, l'une illustrant au plus juste la phrase " Les sentiers de la gloire ne mènent qu’à la tombe ", vers tiré d’un poème de Thomas Gray et qui servira de titre à un roman d’Humphrey Cobb initialement publié en 1935.

 

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  En 1966, John Guillermin, futur réalisateur de La Tour infernale (1974) et de Mort sur le Nil (1978), tourne Le Crépuscule des Aigles, évocation d'un as aérien allemand incarné par George Peppard. L'affiche, qui fait sans doute plus penser au premier abord à un film d'aventure concernant la Deuxième Guerre mondiale, met en valeur les combats... autour de la plastique sulfureuse d'Ursula Andress ! Le dessin est signé par Boris Grinsson (1907-1999), auteur réputé de 2000 affiches, dont les visuels internationaux de Frankenstein (Whale, 1931), Gilda (Vidor, 1946), Certains l'aiment chaud (Wilder, 1959), Les Oiseaux (Hitchcock, 1962) et Bons Baisers de Russie (Young, 1963).

 

 

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Evoquons, dans cette chronologie thématique, l'inattendu Ah ! Dieu que la guerre est jolie de Richard Attenborough, comédie musicale grinçante de 1969 qui souligne l'indifférence des élites devant le massacre des citoyens ordinaires. L'affiche est tout aussi souriante !

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  Dalton Trumbo, scénariste longtemps mis à l'index par Hollywood, réalise en 1971 Johnny s’en va-t-en guerre, remarquable fiction où un jeune soldat, devenu totalement déchiqueté et infirme suite à l'explosion d'un obus au dernier jour du conflit, demande l’oubli par euthanasie... Basé sur le propre ouvrage de Trumbo (publié en 1939), le film paru alors que les États-Unis étaient en pleine guerre du Viêt Nam. La sortie du film et sa reconnaissance au festival de Cannes eurent une seconde résonance avec l'actualité, écho que l'on retrouvera également sur l'affiche américaine et française, où trois guerres se retrouvent mises en perspective...

 

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S'ensuivent dans les décennies 1970 à 2000 plusieurs films français notables, que nous traiteront donc ensemble : La Victoire en chantant de Jean-Jacques Annaud (1976), La Vie et rien d'autre de Bertrand Tavernier (1989), Le Pantalon d'Yves Boisset (1996), Capitaine Conan de Bertrand Tavernier (1996), La Chambre des officiers de François Dupeyron (2001), Un Long dimanche de fiançailles par Jean-Pierre Jeunet (2004), Joyeux Noël de Christian Carion (2005) et  Les Fragments d'Antonin par Gabriel Le Bomin (2006).

 

Pour La Victoire en chantant, l'affichiste Michel Dubre créé un visuel qui, suivant le propos du film, se moque ouvertement du surréalisme des symboles nationalistes, transportés au coeur de la savane des colonies africaines.

 

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Tavernier optera de son côté et par deux fois pour des incarnations humaines de la Guerre : le traumatisme vécu par Conan (Philippe Torreton), nettoyeur de tranchées dans les Balkans, rejoint ainsi celui du commandant Dellaplane (Philippe Noiret), chargé de recenser les soldats disparus en 1920. A l'affiche, deux acteurs de plein front et de plein fouet, photographiés par Etienne George...

 

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Pour La Chambre des officiers, l'affichiste Pascal Lesoing opte pour une vision en plongée d'une foule de personnages, femmes et militaires réunis. A cette vision d'un bonheur perdu ou insouciant se superpose une inquiétante atmosphère éthérée ou embrumée : les corps et les sourires disparaissent déjà, tandis que s'élèvent les fumées de la guerre à laquelle semble partir les conscrits...

 

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De sourires ou de leurs absences, et d'un univers de souffrances, il est aussi question sur les principaux visuels d'Un Long dimanche de fiançailles (adaptation en 2004 du roman de Sébastien Japrisot paru en 1991), de Joyeux Noël (sur le thème de la trêve de Noël 1914) et des Fragments d'Antonin (évocation du traitement psychologique des gueules cassées et des traumatisés de guerre). Là, l'affiche nous confronte aux blessures secrètes du personnage incarné par Audrey Tautou, trop loin du Front où son amoureux Manech est porté disparu. Ici, c'est une inespérée poignée de mains qui unit les hommes malgré le contexte belliqueux. Enfin, dans la veine du célèbre visuel de La liste de Schindler (S. Spielberg, 1993), un arrière-plan grisâtre, un gros plan sur une main et une médaille militaire suffissent à évoquer une ambiance, un genre et un récit résolument "contre"...

 

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Affiche par Laurent Lufroy, photographie de Jean-Claude Lother

 

 

 

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Spielberg, précisément, qui après avoir longtemps illustré la Deuxième Guerre mondiale sous différents angles (comédie, film de guerre, aventure, autobiographie et production de séries) s'est attaché à la Première en 2011 avec l'adaptation sensible du roman jeunesse Cheval de guerre, du britannique Michael Morpurgo (1982). L'affiche internationale, réalisée par les studios BLT Communications, se contente de magnifier l'amitié entre le héros (Albert) et sa monture nommée Joey, le contexte crépusculaire étant rappelé par la tenue militaire, le titre, l'accroche et les cavaliers visibles en arrière-plan.

 

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Nous poursuivrons ce vaste panorama en 2014, avec les films à venir évoquant, cent ans après, cet immense conflit.

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23 décembre 2013 1 23 /12 /décembre /2013 10:31

 Centenaire de la Première Guerre mondiale oblige, il convenait de revenir sur ce site sur un certain nombre d'oeuvres ayant marqué l'histoire de la représentation de la "Der des ders"  à l'affiche. Débutons comme il se doit par La Grande Illusion, film de Jean Renoir (1894 - 1979) longtemps censuré mais qui finira par être considéré comme un chef-d'œuvre du cinéma français... et du cinéma mondial.

 

 

 Réalisé dans le contexte européen menaçant de 1937, le film raconte la rencontre entre deux officiers français, le lieutenant Maréchal (Jean Gabin) et le capitaine de Boeldieu (Pierre Fresnay), capturés par les Allemands. Ces deux hommes, d'origines sociales différentes, sont internés avec d'autres prisonniers français parmi lesquels le tailleur Rosenthal (Marcel Dalio), fils d'un riche banquier juif. Tous trois s'associent pour préparer leur évasion mais ils sont transférés au dernier moment dans une forteresse dirigée par l'aristocrate von Rauffenstein (Erich von Stroheim), qui fraternise avec de Boeldieu malgré son appartenance nationale...

 

  La trame initiale du film fut modifiée dans la mesure où, non content de s'intituler Les Aventures du lieutenant Maréchal, il ne se concentrait que sur les deux caractères principaux. De même, la présence d'Erich von Stroheim a été imposée à Renoir par la production. Le film s'inspire des récits d'évasion du Général Armand Pinsard (un Charentais né à Nercillac en 1887), que Jean Renoir avait rencontré pendant la Première Guerre mondiale et... qui lui avait sauvé la vie en 1915 alors qu'il était pris en chasse par un avion allemand ! Les deux hommes se retrouvent par hasard en 1934 et Armand Pinsard raconte alors sa captivité en Allemagne et son évasion à Renoir, qui s'en inspire pour écrire un premier scénario avec Charles Spaak. Ce projet s'intitula d'abord L'évasion de Pinsard.

 

 Amputé de 18 minutes lors des premières projections publiques, écarté par le régime de Mussolini des possibles récompenses accordées par l'exposition internationale d'art cinématographique de Venise, censuré par Hitler en raison de son message pacifique, interdit par les autorités d'ocupation le 1er octobre 1940 et décrié par la critique en France même, le film tardera à retrouver son prestige. Il obtiendra néanmoins dès 1938 le Prix du meilleur film étranger, décerné par la critique américaine. Le jury du Festival de Venise ose lui attribuer le prix de la meilleure contribution artistique , provoquant la colère des autorités mussoliniennes et nazies. En 1958 à Bruxelles, enfin réhabilité et montré dans son intégralité, le film figure sur une liste des 12 meilleurs oeuvres de tous les temps. Il sera restauré une première fois en 1997.

 

 Un grand nombre d'affiches a été réalisé autour du film de Renoir, de sa sortie à sa récente restauration en 2012, à partir d'un négatif (retrouvé dans les années 1970), qui avait vraisemblablement été récupéré à Berlin en 1945 par les troupes soviétiques. Toutes ses affiches illustrent la mutation des goûts et des styles publicitaires et artistiques mais aussi la mutation des techniques d'impression (de la lithographie à l'offset en passant par la sérigraphie) et des modes de production (de l'affichiste, véritable illustrateur, au simple metteur en page de photographies du film sur un format conventionnel).

 

L'affiche la plus connue a été conçue de manière postérieure en 1946 par Bernard Lancy, artiste connu par ailleurs pour avoir signé les affiches de L'Espoir de Malraux (1939) ou des Enchaînés d'Hitchcock (1946). Lancy fait partie de cette nouvelle génération d'artistes qui va alors donner au genre publicitaire cinématographique ses caractéristiques, jusqu’à en faire un genre autonome de l’affiche publicitaire. Ce sont alors désormais les acteurs qui sont l’argument principal de vente au public : leur visage s’étale largement sur les murs, mis en scène dans l’affiche comme dans les situations déterminantes de l’action du film. Mais l'affiche initiale de Lancy adopte pourtant une autre voie, probablement bien plus esthétique : dans une composition inclinée à 45°, nous observons la silhouette monochrome et rigide d'un soldat allemand de la Première Guerre mondiale (reconnaissable à son fameux casque à pointe, cet héritage prussien étant remplacé en 1916 par un casque en fer plus performant). Ce soldat statufié à la manière d'un golem semble vaciller sur son socle, telle une dictature déjà renversée, alors que son corps sinistre est lui-même transpercé au niveau du thorax par une trouée ouvrant sur un ciel bleu. A cette confontation symbolique des masses chromatiques se surperpose celle des corps puisque la trouée (provoquée par un obus ?) dévoile un oiseau blanc, une colombe de la Paix dont une aile blessée est retenue par un réseau de fils barbelés. Le symbole fort de l'oiseau blanc retenu prisonnier anticipe l'affiche La Colombe de la Paix, réalisée par Pablo Picasso en 1949.

 

 

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 Le spectateur déduira assez aisément de cette magnifique image lithographique les symboliques contradictoires contenues dans le film : la guerre et la fraternité, la dictature, l'aliénation et l'enfermement de l'individu opposées à sa possible liberté. Le militarisme dénoncé est clairement celui de l'Allemagne (rappelons le contexte de réalisation, un an avant les illusoires accords de Munich signés en septembre 1938) tandis que le titre rougeoyant "La Grande illusion" ne laisse aucun doute : guerre ou liberté, aucun choix ne sera malheureusement durablement profitable...

 

  Dès 1938-1939, c'est cependant une autre affiche, de conception plus classique, qui accompagne le film : réalisé par Marigran et imprimé par Crépa, le visuel impose un film choral, soulignant l'opposition des hommes mais aussi l'espoir d'un "idéal" féminin. Nous retrouvons en bas de l'affiche la mention du prix obtenu à Venise à la barbe des autorités fascistes.

 

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Par la suite, diverses affiches sont produites aux côtés du fabuleux visuel de Lancy, de 1938 à nos jours, alternant entre une monstration des principaux personnages (dont la rigidité aristocratique inquiétante de Von Stroheim ou le visage expressif et tragique de Gabin), l'opposition entre leurs joies (amour, musique, danse, liberté) et leurs angoisses, ainsi que la découverte de quelques décors du film, dont l'imposante silhouette du château médiéval alsacien du Haut-Kœnigsbourg (transformé en prison) ou la souriante campagne alpine. Dans chacun des cas, le visuel souligne l'opposition entre les espaces, les hommes et les enjeux de l'Histoire.

 

 

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Affiche entoilée, illustrée par Nina Brodsky (1938), qui souligne doublement

l'un des moments clés du film : le sacrifice du capitaine de Boeldieu...

A tel point que la présence de Maréchal/Gabin est réduite à un nom et une ombre

dans le coin supérieur gauche !

 

 

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  Affiche par Guy Gérard Noel : contrastes entre ombres et lumières,

dans un parcours entravé (vers la gauche) vers la liberté...

 

 

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Affiche par André Jourcin : l'opposition entre la masse sombre de la forteresse médiévale

et les trois bulles aériennes produit un contraste souligné par le titre en rouge sur fond noir.

 


 

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  Affiche par André Jourcin, qui souligne plutôt le dernier tiers du film,

sans négliger toutefois l'arrière-plan militariste.

 

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Autre affiche d'André Jourcin rassemblant toutes les critiques presses liées au film.

 

 

 

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Affiche française au format paysage par Hervé Morvan (1946),

qui résonne des accents alors retrouvés de la Libération et de la Résistance française.

 

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Affiches réalisées en 1958 par René Ferracci,

dans la veine des compositions épurées des années 1950.

 

 

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Affiche française réalisée pour la version restaurée, le 15 février 2012 chez Carlotta.

 

 

 

Clôturons cet univers d'affiches par... l'affiche allemande,

qui ne montre aucun des protagonistes, mais demeure impressionnante !

 

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Published by Philippe Tomblaine - dans Collège & Lycée au Cinéma
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22 décembre 2013 7 22 /12 /décembre /2013 18:47

 Si le deuxième volet de l'adaptation par Peter Jackson du grand classique de Tolkien, Bilbo le Hobbit (publié en septembre 1937) divise actuellement les fans et les critiques, il n'en demeure pas moins un film à (très) grand spectacle, sachant magnifier décors et personnages... dont le dragon Smaug ! S'écartant de la simple répétition à l'écran d'un ouvrage par ailleurs assez court, Peter Jackson, non sans risques, a rajouté séquences et personnages ; ceci tout en signant une véritable préquelle au sens diégétique du terme, puisque constamment rattachée aux événements présents comme futurs, ceux-là même qui ont été narrés par la caméra du réalisateur dix ans plus tôt dans la trilogie Le Seigneur des Anneaux (2001 à 2003).

 

Les 161 minutes de ce deuxième volet en 3D (sorti dans les salles depuis le 11 décembre 2013) s'appuient sur un budget éloquent de 250 millions de dollars et racontent la suite des aventures du hobbit Bilbon Sacquet : ce dernier accompagne les treize nains et le magicien Gandalf dans leur expédition vers l'Erebor, ancien royaume nain détruit par le dragon Smaug.

 

Le marketing du film, à l'évidence, tient pour une bonne partie sur cet adversaire de taille, déjà représenté par le 7ème art avec plus ou moins de réussite dans des films tels La Belle au bois dormant (C. Geronimi, 1959), Peter et Elliott le dragon (D. Chaffey, 1977), Le Dragon du lac de feu (M. Robbins, 1981), Coeur de dragon (R. Cohen, 1996), Donjons & Dragons (C. Solomon, 2000), Le Règne du feu (R. Bowman, 2002), Eragon (S. Fangmeier, 2006) ou Dragons (D. Deblois et D. Sanders, 2010).  Toutefois, les studios Ignition Print, en charge des affiches, ont subtilement préféré ne pas trop en montrer, suscitant ainsi - selon une stratégie connue -  une attente fébrile chez les fans et les spectateurs de la première heure. Un pari réussi, tant Smaug, aussi virtuel que réaliste par son rendu, fascine : cupide, tentateur, vorace, il est le Mal absolu, et une ombre mouvante derrière l’enchaînement permanent des décors que déroule le film.

 

 L’antre du dragon, tel le dernier niveau d’un film proche dans sa construction scénaristique d’un jeu de rôle (dont l'historique livre dont vous êtes le héros Le Sorcier de la Montagne de feu, par Steve Jackson et Ian Livingstone en 1982) ou d'un jeu vidéo, est donc LE sujet de l'affiche teaser, présentée dès juin 2013.

 

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A ce premier visuel succéderont début octobre 2013 les traditionnels posters de présentation des protagonistes, dont les nouveaux (l'humain Bard l'Archer, les Elfes Legolas et Tauriel). Ces visuels sont concoctés par les studios Art Machine et Trailer Park Company. S'ensuivront des posters longs destinés à décorer les façades et comptoirs.

 

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Dans le déluge de visuels proposés (pas moins d'une trentaine pour le marché américain !), nous en oublierons presque l'affiche française finalisée, fidèle à la tradition élaborée par les visuels des opus précédents.

 

http://fr.web.img4.acsta.net/pictures/210/552/21055250_20131106114016251.jpg

 

 

S'ensuivront enfin, à la mi-décembre, deux visuels américains supplémentaires (design par Statement Advertising) entièrement axés sur l'intrigant Smaug. De nouveau, bien sûr, à la veille de la sortie du film, sans le dévoiler entièrement...

 

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Rappelons en conclusion à cet article que l'ensemble de ces visuels cinématographiques s'appuie comme il se doit sur les travaux d'illustrations successifs du roman de Tolkien, dont les remarquables dessins d'Alan Lee et de John Howe.  L’édition illustrée par Alan Lee paraît en 1997, à l’occasion du soixantième anniversaire de la publication du Hobbit au Royaume-Uni. L’œuvre comprend 26 illustrations en couleur et 38 en noir et blanc, toutes de Lee.

 

En voici quelques unes (le dernier visuel est un dessin de John Howe réalisé en 1999 pour une réédition  du roman par  Casterman)...

 

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8 décembre 2013 7 08 /12 /décembre /2013 09:49

Depuis quelques mois, le motif de l'affiche de film a donné lieu à quelques productions éditoriales notables, récapitulées ci-dessous. Notons qu'aucun ouvrage ne délivre encore une analyse comparative poussée des affiches, ce décryptage demeurant pourtant - à priori - LE sujet essentiel...

 

 

En septembre 2011 est paru un ouvrage décalé, écrit par Jean-Pierre Putters (fondateur de mad Movies) : Ça s'affiche mal ! Le meilleur du pire des affiches du cinéma du monde. Le Ghana. (éd.Le Bord de l'eau). Soit l'évocation ghanéenne pendant 142 pages de l'art de l'affiche à la sauce hollywoddienne, souvent drôlissime, kitsch ou surprenante, pour ne pas dire follement naïve ou surréaliste...

 

http://ecx.images-amazon.com/images/I/51wLflKlChL.jpg

 

 

En septembre 2012 est paru Affiches de cinéma, un livre de grand format (40,6 x 31,4 cm) publié par Citadelles & Mazenod, écrite par Dominique Besson et Anthony Galluzo, et tout de même préfacé...par Georges Lucas ! 200 affiches des plus grands "classiques" y sont reproduites.

 

http://www.citadelles-mazenod.com/195-thickbox_01prem/affiches-de-cinema.jpg

 

 

En novembre 2012 est paru James Bond : 50 ans d'art et d'affiches, (éditions Huginn et Muninn) bel ouvrage très renseigné sur l'univers marketing de 007, qui reproduit en 350 pages près de 500 visuels internationaux, parfois inédits.

 

http://ecx.images-amazon.com/images/I/41iH4M6uDxL._.jpg

 

 

Sur leur lancée, les éditions Huginn et Muninn avaient également fait paraitre (en octobre 2012) une anthologie des plus beaux visuels liés à l'unviers d'Harry Potter : Harry Potter, les plus belles affiches ! Mais l'ouvrage se contente d'être un réceptacle à posters, du reste facilement détachables et prêts à encadrer.

 

 

http://ecx.images-amazon.com/images/I/51TQakq-p4L._.jpg

 

 

Notons enfin, côté presse cette fois-ci, que le fameux magazine Première consacre depuis plusieurs mois l'une de ses rubriques au décryptage, sur une page, d'une affiche liée à l'actualité des sorties en salles. "L'affiche décryptée" (titre de la rubrique) du numéro double de décembre 2013/janvier 2014 est ainsi celle du film Oldboy de Spike Lee (article de Perrine Quennesson).

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8 décembre 2013 7 08 /12 /décembre /2013 09:40

 Après plusieurs mois (années !) d'absence, ce site va réouvrir

d'ici à deux semaines :

 

au programme, toujours des actualités et décryptages liés à l'univers de l'affiche de film,

et au moins une nouvelle analyse tous les dix jours.

 

au plaisir, donc de vous retrouver prochainement...

 

 

 

Ph. Tomblaine

 

Philtomb@Yahoo.fr

http://fr.wikipedia.org/wiki/Philippe_Tomblaine

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9 février 2010 2 09 /02 /février /2010 10:53

 Curieuse histoire que la suivante, relativement peu évoquée du reste par les grands médias ou les sites internet : à l'heure où le film Avatar de James Cameron est devenu le film le plus rentable de toute l"histoire du 7ème art (sorti en France le 16 décembre 2009, il a fait à ce jour plus de 12, 5 millions d'entrées sur le sol national, et 2, 2 milliards de recettes mondiales), et où deux suites ont été entérinées par le réalisateur lui-même (annonce effectuée depuis le 8 janvier 2010), qui se souvient en effet que l'affiche française fut retirée et modifiée au dernier moment ?


Restituons la chronologie de l'affaire :

- Après des mois d'attente, les fans et curieux du monde entier découvrent enfin lors du Comic-con de San Diego (22 au 26 juillet 2009, pour ce rassemblement majeur de passionnés de comics, jeux vidéo, films et séries TV) un premier visuel officiel illustrant en  gros plan le visage d'un Avatar, une entité créée par la main de l'Homme et dans laquelle il peut se projeter, prenant son contrôle total et pouvant ainsi  explorer des mondes auxquels ils n'auraient pas accès autrement.

http://a31.idata.over-blog.com/600x526/2/80/44/63/JUILLET-2009/Avatar---Comic-Con-2009---Banni-re.jpg



- Le 4 août 2009, la 20th Century Fox présente officiellement l'affiche du film. Le poster teaser représente le visage d'une Na'vi de Pandora joué par l'actrice Zoe Saldana. Comparée au visuel précédent, la figure représentée est plus lumineuse et ses traits sont plus accentués. L'aperçu du personnage prend enfin une véritable apparence.


http://www.moonstergames.com/wp-content/uploads/2009/08/Avatar-Teaser-Poster.jpg


- Le 20 août 2009 parait la première bande-annonce internationale suivie de l'affiche teaser dans sa version française. Très similaire à la version américaine - si ce n'est que le visage paraît moins étiré, différence de format oblige - elle présente comme modification majeure l'apparition de son mois de sortie, "décembre 2009".

http://missiontice.ac-besancon.fr/college_edgar_faure/IMG/jpg/avatar_affiche08.jpg


 
 - En septembre 2009, 25 minutes sont présentées à la presse et au grand public tandis que la bande-annonce dans sa version longue parait le 30 octobre.


- Le 19 novembre 2009 apparait l'affiche officielle du film, qui présente à la fois les personnages principaux et la planète Pandora.


avatar fr


- Le 12 décembre 2009, à seulement cinq jours de la sortie événement du dernier film
, l'affiche officielle et définitive du film en France reparaît. Des problèmes juridiques semblent avoir eu raison de la précédente qui disparait alors des nombreux sites dédiés au cinéma. La nouvelle référence visuelle est finalement celle choisie pour la plupart des autres pays dont la Norvège.


http://blog.annamenel.fr/wp-content/uploads/2009/12/Avatar-Affiche-France-2.jpg


Les véritables explications manquent encore sur ce changement de dernière minute : le design général de la première version de l'affiche pouvait sembler trop banal, et peu en accord avec la magie aérienne annoncée du film.

 Des problèmes juridiques indiqueraient cependant plus un souci de droits : le logo IMAX3D, la mention "par le réalisateur de Terminator 2 et Titanic", le nom d'un distributeur ou un détail graphique ? Le mystère demeure...

http://www.impawards.com/2009/avatar_ver5_xlg.html



Voir les galeries d'affiches disponibles sur les sites suivants :
http://www.scifi-movies.com/francais/affiches-titre.php?data=avatar2009film
http://www.impawards.com/2009/avatar.html

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9 février 2010 2 09 /02 /février /2010 10:17

 Il n'est jamais trop tard pour recommencer, reprendre... ou poursuivre : me revoici donc sur ce blog pour (enfin) de nouveaux articles et une régularité de publication en cette année 2010.

 Rentrons immédiatement dans le vif du sujet avec quelques infos diverses, liées au panorama des affiches de films.


Ces derniers mois, les polémiques se sont multipliées concernant la monstration du tabac sur des affiches de l'espace public : Monsieur Hulot, Coco Channel puis Gainsbourg auront ainsi été l'objet d'une censure mal comprise par l'ensemble des intervenants, artistes, politiques ou grand public.

Rappelons que les volutes de fumée sur l'affiche du film Gainsbourg, vie héroïque de Joann Sfar ont été bannies en novembre 2009 des couloirs du métro par la régie publicitaire de la RATP, au nom du respect de la loi Evin contre le tabac. 


http://www.cine.ch/images/affiches/original/61127_1.jpg

 
 " Cette affiche tombe sous le coup de la loi Evin qui n'a pas changé, même si l'Autorité de régulation professionnelle de la publicité (ARPP) a demandé à la ministre de la Santé Roselyne Bachelot d'ouvrir des discussions en vue de l'assouplir ", a affirmé à l'Agence France Presse une porte-parole de la régie, Metrobus. " Aujourd'hui une association de défense des droits des non-fumeurs peut toujours nous attaquer, car l'avis émis par l'ARPP n'a pas de valeur juridique ", a-t-elle plaidé. 

 En mai 2009, l'ARPP avait en effet estimé que des produits liés au tabac (cigarette, pipe, cigare...) pourraient désormais figurer sur des publicités sous certaines conditions. Ils devaient notamment être " inséparables de l'image et de la personnalité de la personne disparue " [en l'occurrence... ndlr] et avoir une " finalité culturelle ou artistique ".

 Cet avis faisait suite à la polémique soulevée en avril par la suppression, dans le métro parisien, de la pipe figurant sur l'affiche d'une exposition consacrée à Jacques Tati. Quelques jours plus tard, la RATP avait aussi refusé l'affiche de Coco avant Chanel où l'actrice Audrey Tautou fumait en pyjama.


Cette fois " en vertu de la loi Evin, la RATP a refusé les affiches du film de Joann Sfar Gainsbourg, vie héroïque , au motif de la fumée qui sort de la bouche d'Eric Elmosnino , acteur jouant le rôle-titre", s'indigne le distributeur du film en France, Universal Pictures, dans un communiqué. Celui-ci souligne qu'il avait " pris soin de ne faire apparaître aucune cigarette sur l'affiche ". " Le service juridique de la RATP a répliqué que l'homme représenté sur l'affiche n'était pas Gainsbourg lui-même, mais l'acteur qui joue son rôle dans le film ", poursuit Universal. " La RATP est ainsi le seul réseau qui refuse aujourd'hui cette affiche ", déplore le distributeur, stigmatisant une décision qui selon lui "dénature la représentation d'un des monuments de la musique française ".

On lira avec intérêt la réaction du réalisateur à cette censure :

http://www.lexpress.fr/culture/cinema/joann-sfar-censurer-l-affiche-du-film-gainsbourg-est-une-insulte_829608.html


Info : cf. http://www.lepoint.fr/actualites-societe/2009-11-19/polemique-l-affiche-du-biopic-de-serge-gainsbourg-censuree-pour-non-respect/920/0/397041




Un lien vers un superbe site exhaustif sur le sujet : Quand les films de Walt Disney s'affichent :

http://affichesdisney.canalblog.com/

Cartoons, films d'animation ou film live, chaque oeuvre bénéficie de sa propre fiche de présentation (résumé et contexte de la sortie, explication graphique et sémiologique de l'affiche principale, affiches étrangères, etc.). Un site tenu à jour puisque vous y trouverez également les sorties récentes telles Le Drôle de Noël de Scrooge (R. Zemeckis, 2009) ou La Princesse et la Grenouille (J. Musker et R. Clements, 2009).


http://img.teva.fr/02690088-photo-la-princesse-et-la-grenouille-au-cinema-le-27-janvier.jpg

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16 septembre 2009 3 16 /09 /septembre /2009 20:51

Le dispositif Collège & Lycéens et Apprentis au Cinéma (sans oublier les Ecoles...) fête cette année ses 20 ans d'existence : afin d'accompagner de mon mieux cette opération emblématique, je vais tenter l'impossible, à savoir traiter cette année les affiches d'une majorité de films 2009-2010 non encore analysés sur ce site et dont vous trouverez la liste sur le site http://site-image.eu/index.php?page=avenir2010#college :

les prochaines analyses porteront, dans l'ordre annoncé ci-dessous, sur :

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 



Ces analyses seront entrecoupées d'informations générales ou de dossiers plus spécifiques. Si vous attendez plus particulièrement une analyse précise (dans ou hors liste), manifestez vous !

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  • : Décryptage d'affiche de films
  • : Les affiches de films sont des papillons de la nuit du Cinéma : multicolores, éphémères et éternelles à la fois... Invitation, trace, mémoire d'un film ou d'un genre, l'affiche en tant qu'oeuvre visuelle ne saurait être démentie, mais comment la déchiffrer, qu'en saisir et que nous dit-elle finalement, à nous, spectateurs ?
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