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9 avril 2008 3 09 /04 /avril /2008 15:21


  
 
 Traumatisme indéniable dans l’histoire contemporaine du monde occidental, les attaques planifiées par l’organisation terroriste Al-Qaïda sur New York, le Pentagone, la Maison Blanche et le World Trade Center pendant le 11 Septembre 2001 eurent tôt fait de générer une archi-médiatisation iconique (principalement composée d’images télévisuelle et amateur dans un premier temps), que l’industrie cinématographique digéra à sont tour une fois passée le temps de l’acceptation et celui d’une certaine compréhension…

   
 
  Quelle que soit la forme prise par le métrage (récit documentaire ou fiction référencée) et sans tenir compte des théories actuelles (voir le dossier des témoignages et les doutes ouverts par le site 
http://www.reopen911.info/), on constatera justement qu’une seule image suffisait à résumer les attentats (la vue sur la baie de Manhattan sous un ciel radieux, en arrière de Liberty Island, avec la célèbre statue au 1er plan et les tours jumelles incendiées en arrière plan), pour une triple photo de presse,  image-affiche et image-concept immédiate (voir la photo en tête de cet article).

 
  Témoignage, mise en scène, réalité, fiction, prise de conscience, choc, rupture, message : des mots qui s’appliquent aux attentats eux-mêmes autant qu’aux rôles du cinéma et de l’affiche publicitaire.  Au-delà du film catastrophe ou du film de Science-Fiction, la ville, les individus et la société américaine avaient déjà subis leur lot « d’attaques » idéologiques et artistiques, mais l’ambiguïté d’un film évoquant le 11 Septembre est qu’il traite d’une histoire immédiate,  mondiale émotionnellement parlant et dont les effets sont toujours en cours au quotidien, pour un ordinaire qui dépasse le spécial attendu : la réalité est plus forte que la fiction, phrase devenu un fait avec le 11 septembre.

 

  Nous comparerons ici plus longuement les affiches les plus proches de l’image concept précédemment évoquée : principalement donc celles de Vol 93 (P. Greengrass - 2006), World Trade Center (O. Stone - 2006) et Cloverfield (M. Reeves - 2008).




 
  Dès 2002, dans le film français collectif 11’09’’01,  11 réalisateurs internationaux donnaient leurs visions des évènements par le biais de 11 courts-métrages au format calibré de 11 minutes, 9 secondes et 1 image chacun : l’affiche se contente de démultiplié le numéro 11 (titre explicité, 11 images, 11 réalisateurs, 11 noms cités, …), se faisant ainsi le résumé d’un film choral dépliant un discours enfin pluri-angulaire sur le sujet. Il en allait finalement de même pour les approches « documentaires »  des Frères Naudet (téléfilm New York : 11 septembre (9/11 en VO) - 2002) ou de Michael Moore dans Fahrenheit 9/11 en 2004 (avec un visuel réalisé par le studio Indika Entertainment Advertising célèbre co-créateur du design de Pulp Fiction).

 


  
  



 Le poster teaser de Vol 93 (United 93) est particulièrement intéressant dans le sens où il est le premier à reprendre l’image emblème des attentats (design du studio Petrol). La statue de la liberté y apparait à la fois menaçante et en train de se défendre, en proie à une attaque sauvage, tandis que New York est déjà livrée à l’Apocalypse… L’avion, sujet cœur du film, est réduit au minimum et déjà en route vers un destin tragique qui ne sera pourtant pas celui semblant tout tracé (l’impact programmé dans les tours jumelles n’aura jamais lieu). Sujet sensible (du reste filmé hors des Etats-Unis et avec l’accord des familles des victimes) que l’affiche internationale rend plus émotionnel encore, avec un kaléidoscope d’images où le passage des couleurs chaudes aux couleurs froides et l’orientation de la silhouette de l’avion ne présagent guère d’une happy-end. Sujet personnel aussi pour un réalisateur très impliqué, et auquel le film suivant (La vengeance dans la peau - 2007) fait encore écho, de par un premier visuel similaire (même décor, même positionnement et mêmes teintes), bien que design d’un studio différent (Crew Creative Advertising).

 





 World Trade Center
est un film hommage aux pompiers morts et survivants dans l’écroulement du complexe d’affaires new-yorkais : la pré-affiche réalisée par BLT & Associates est sans doute la meilleure puisque sobre, élégante et efficace jusque dans son accroche (tagline). L’idée générale de commémoration, de sérénité et de fraternité répond à la masse noire et imposante des barres verticales, à la fois numéro 11 et tours jumelles symboliques. Le détourage silhouetté des tours comme des hommes les associent habilement dans l’Histoire vraie narrée, et aucune marque de destruction ne vient finalement perturber un visuel où l’espoir reste le mot final.

 











  De l’hommage au recyclage, l’industrie cinématographique n’avait qu’un petit pas à faire, et une enjambée à effectuer pour se rattacher aux genres catastrophes et science-fiction. Avertissement, prémices ou coïncidences, les tours jumelles apparaissaient déjà sur les affiches de la Tour infernale et de King Kong (deux réalisations de J. Guillermin en 1974 et 1976 et deux dessins du graphiste John Berkey). Pour la petite histoire, le World Trade Center fut inauguré le 4 Avril 1973, un an avant le tournage de la Tour infernale et la façade du gratte-ciel central du film (l’imaginaire Glass Tower, recomposé notamment à partir de prises de vue du building de la Bank of America de San Francisco) y fait ouvertement référence. Manhattan, comme symbole de la réussite d’une ville américaine cosmopolite,  apparait menacée ou détruite sur les affiches récentes d’Independence Day, de Godzilla et du Jour d’après (R. Emmerich - 1996, 1998 et 2004). Les designs du studio Art Machine, a trailer park company sur le Jour d’après avaient par ailleurs popularisé la mode d’un ancrage national des campagnes d’affichage autour de l’idée phare d’une ville  identitaire partiellement détruite (Paris, Londres, Berlin, Rome, Pékin, Sydney, … : idée reprise sur la promotion de Batman Begins (C. Nolan - 2005) ou celle de Je suis une légende (F. Lawrence - 2007)),  et c’est ce même studio qui réalisera donc la mystérieuse campagne de Cloverfield en 2008.

  














  Cloverfield
, au-delà du mystère entourant sa production et son histoire, a surtout la bonne idée de jouer avec les attentes du spectateur, pris entre une imagerie liée au 11 Septembre et une autre issue de la fiction des blockbusters et des effets spéciaux. Mystère donc sur le titre, qui sonne comme un nom de code -  et ne s’avérera être que le nom d’une rue de l’ouest de Los Angeles ! - , mystère encore autour d’un premier visuel (voir l’agrandissement disponible :
http://www.collider.com/uploads/imageGallery/Cloverfield_1_18_08/1.18.08_movie_poster_jj_abrams_untitled_monster_movie_cloverfield.jpg) que beaucoup s’amusèrent à « décortiquer » afin de faire le tri entre film catastrophe, film de guerre, film de science fiction ou parodie, et de connaitre l’origine de la menace (cataclysme naturel, terrorisme,  attaque extra-terrestre ou guerre). Le sillage dans l’eau, les traces de griffe sur la Statue de la liberté et les immeubles ainsi que l’accroche de l’affiche finale ne firent que plus de sceptiques… On constatera que le jeu sur le rapport aux images de la part de la production n’a pas de limite, puisque l’angle de vue bouché par la masse de la statue correspond à l’emplacement des tours détruites, moyen d’éviter le sujet et d’y faire référence à la fois. Basé sur la complémentarité entre le non-dit, l’in-montré  et le buzz qui peut en découler (d’où l’apparition de vraies-fausses affiches concoctées par des fans, voir ci-dessous), Cloverfield joue aussi littéralement sur la re-création par le sujet de sa mémoire visuelle, mêlant l’inventé au réel, le faux documentaire amateur aux vrais trucages professionnels et noyant la perception directe du film derrière ce reflet préconçu qu’a été le 11 Septembre 2001. La fiction plus forte que la réalité ?

 

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Published by Philtomb - dans Décrypt'affiche
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