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20 mai 2008 2 20 /05 /mai /2008 20:26

 Synopsis : Une petite bourgade isolée de la Nouvelle-Angleterre, en l’an de grâce 1799. Dépêché de New-York pour élucider une série d’assassinats sanglants, Ichabod Crane est un jeune inspecteur de police pointilleux, adepte d’une approche scientifique du crime. Seulement, l’auteur de ces atrocités s’avère être un cavalier sans tête qui surgit d’outre-tombe pour se venger et semer la terreur. Pour la charmante et néanmoins intrigante Katrina Van Tassel, les forces occultes existent, la sorcellerie est affaire connue, normale, évidente...

 

  

  Il y a une évidence, dans le cinéma de Tim Burton, à laquelle Sleepy Hollow, la légende du cavalier sans tête (1999) ne déroge pas : c’est cette permanence, dans la noirceur apparente du propos, à évoquer le folklore américain sous toutes ses formes, des légendes ancestrales puritaines de la Nouvelle Angleterre à celles de la société américaine contemporaine, placée le plus souvent entre traditions poussiéreuses et technologies foudroyantes. Du Fantastique, du conte gothique et du surnaturel horrifique, Burton garde essentiellement une mise en forme esthétique envoutante, où vient se nicher une galerie de personnages entre ombre et lumière, hantés par l’attrait premier du masque et de l’inconnu autant que de la reconnaissance sociale.

 

  
  Sleepy Hollow est l’adaptation de la nouvelle de l’écrivain américain Washington Irving (1783-1859) parue vers 1819 en Angleterre, et intitulée La Légende du cavalier sans tête (aussi connue comme La Légende de Sleepy Hollow ou La Légende du Val dormant). Ce récit (à lire ici :
http://www.magasinpittoresque.be/document/Le-val-dormant-washington-irving.pdf) est un immense classique sur le territoire américain, et Irving connu par des générations d’écoliers comme l’un des précurseurs d’Edgard Alan Poe. Il est à noter que la bourgade de North Tarytown dans laquelle se déroule l’histoire s’est fait rebaptiser en 1997 en Sleepy Hollow, et que le cimetière local dans lequel a lieu le dénouement final de l’histoire est devenu une attraction touristique.

 

 
  Washington Irving nous raconte cette petite histoire avec beaucoup d’humour tout en restant toujours dans le genre épouvante, deux tonalités typiquement burtonienne (pour la petite histoire, c’est du reste Irving qui baptise New York du surnom de Gotham, transposé en Gotham city dans le comic Batman dès sa création en Mai 1939).   Pour le cinéphile comme pour l’amateur de roman noir fantastique, une  liste immédiate de références contextuelles apparait assez vite : l’univers d’Halloween, Dracula et Frankenstein, l’épisode des sorcières de Salem ainsi que toute une mythologie occidentale, liée à la forêt et issus des contes et légendes celtiques et germaniques (notamment les contes des frères Grimm). On y rajoutera les films horrico-fantastiques produits par la Hammer dans les années 1930-1970 (
http://fr.wikipedia.org/wiki/Hammer_Film_Productions et http://www.thehammercollection.net/historique.htm).

 


 
 
  L’affiche teaser américaine est une réalisation des Studios BLT & Associates, qui permet une identification immédiate du genre du film comme de son histoire, dans la mesure où le titre de la nouvelle originelle, le cavalier décapité, la lune, l’arbre mort, les couleurs noire et rouge et la typographie du titre ancrent l’œuvre dans le Fantastique historique, l’Epouvante et le conte noir gothique propres aux 18ème et 19ème siècles. Largement diffusée et illustrée, la nouvelle d’Irving a offert de larges ressources plastiques à la production du film, dont on retiendra Le cavalier sans tête poursuivant Ichabod Crane, tableau datant de 1858 peint par John Quidor, qui était un ami personnel d’Irving.

 

 
  Les dominantes nocturnes bleu-gris, une nature romantique-gothique digne des toiles de Caspar-David Friedrich (voir la galerie d’œuvres sur cette page :
http://www.reproarte.com/artiste/138_Caspar+David+Friedrich/4/index.html?d%24browser_top%24countSelect=60&d%24browser_top%24countSelectButton=Go) et un expressionisme repris à Fritz Lang se retrouvent pêle-mêle sur ce premier visuel. Tout juste y remarqueront nous quelques « subtilités enfantines », comme un arbre transformé en monstre imperceptible, entrant dans la ronde du cercle infernal formé par la Lune et le Cavalier (la première remplaçant la tête du second), dans une répétition cauchemardesque des légendes et superstitions liées aux nuits de pleine lune… L’accroche (« Les têtes rouleront… ») constitue un jeu de mots entre deux « H » (Humour et Horreur) qui complète ce visuel : le satellite semble être le principal, la légende est comprise comme le réel, et les esprits les plus conventionnels vont être soit perdus soit révolutionnés par la réalité des faits. L’acte révolutionnaire le plus sanglant étant de changer les esprits… ou de couper les têtes récalcitrantes ! Etait-ce une fine allusion au fait que l’affiche fut censurée aux Etats-Unis, et le fameux Cavalier réduit à une simple silhouette en arrière-plan ?

 

 

 Le visuel de l’affiche internationale est plus conventionnel, reprenant une charte graphique propre au genre institué, et que l’on retrouvera encore à l’identique sur Sweeney Todd, le diabolique barbier de Fleet Street en 2007, dans un autre design de BLT & Associates pour une nouvelle adaptation d’une légende populaire anglaise très connue. Les têtes d’affiches enfin représentées du couple star y sont plus directement menacées par une accroche devenue plus imposante que le titre du film, qui se retrouve noyé au sein des mentions de responsabilités en  partie inférieure. Le fameux cavalier sans tête et la lune y sont représentés sous un angle plus franchement horrifique, là où le cimetière ancre une imagerie digne d’Halloween qui était déjà sous jacente en filigranes dans la traduction du titre (idées conjuguées de  sortilège d’endormissement, de vide et de formes fantomatiques). On remarquera, dès lors, que c’est tout le film de Tim Burton qui évoque le faux et le vrai, la matière et la désincarnation, le clinquant et le mystère, via un brouillard permanent flottant sur les affiches comme une invitation macabre à entrer dans la Maison des Horreurs ou à prendre le Train Fantôme pour mieux s’y évanouir ou s’en évader, ceci que l’on soit enfant ou adulte...


 

·        Pour aller plus loin…

Dossier CNC/Bifi Lycéens au Cinéma : http://www.bifi.fr/upload/bibliotheque/File/Lyc%C3%A9ens%20au%20cin%C3%A9ma%20PDF/sleepy.pdf

((La page 21 évoque l’affiche et l’exploitation publicitaire du film).

 

 

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