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Chapitre 7

 Littérature, Bande Dessinée & Jeux Vidéo :
des affiches au delà des médias

Sommaire :

· 1. Adapter, c'est s'inspirer de... 

· 2. Cases, bulles, pellicules : le paysage franco-belge 

· 3. Les Comics à l'affiche

· 4. Affiches de pixels

· 5. La fusion des styles

· 6. La nouvelle geste héroïque : une écriture recyclée


 

 

En 1995, Claude Lelouch donnait une très belle version du roman éternel d’Hugo en le transposant
au XXème siècle ; l’affiche se contente d’illustrer son sujet.

 


  Les affiches de films entretiennent des liens évidents avec des supports visuels variés : tableaux et illustrations, couvertures de livres,
designs de décoration divers… Toutefois, c’est bien avec le 9ème Art d’une part, dont il s’inspira dès ces débuts, et avec le 10ème Art de l’autre, que les passerelles artistiques du Cinéma sont les plus évidentes : cela s’exprime aussi bien dans l’art de la mise en scène que dans la travail de création graphique, qui consiste, dès la couverture de l’album ou la jaquette du jeu, a en exprimer l’univers « persistant » solide.

 La mode, actuelle et grandissante, des adaptations d’œuvres issues des milieux littéraires ou ludiques, soulèvent d’évidentes questions : quel est le degré de mise en lumière de l’œuvre originelle ? Quel est, aussi, le degré d’implication de son ou de ses auteurs ? Et de quelle manière volontaire, finalement, acteurs mis à part, l’affiche s’affranchira-t-elle (ou non) d’éléments contextualisants mis en place dans une stratégie marketing ayant déjà fait ses preuves ?

D’Astérix à Germinal, de Silent Hill au Mystère de la chambre jaune, quelques exemples...

 

1. Adapter, c’est « s’inspirer de »...


  Il faut abandonner l’idée de voir une adaptation être au Cinéma une transposition trait pour trait de l’oeuvre originelle : non seulement c’est une impossibilité technique (une page de scénario équivaut à une minute : un film classique de 2 heures ne peut donc retranscrire un roman de 500 pages), mais c’est rarement le souhait du réalisateur, qui, bien qu’amoureux de l’
œuvre, décide d’en donner « sa » vision, ne pouvant être que re-créateur après le  primo géniteur. On verra donc la plupart du temps sur les films adaptés d’oeuvres littéraires une accroche du style « inspiré de l’Œuvre de... » ou « retrouvez les plus grands personnages du roman de... ».  De 1950 à nos jours, les Misérables de Victor Hugo auront par exemple été adaptés près de 12 fois, Les trois mousquetaires d’Alexandre Dumas 10 fois, et que l’on songe encore aux 260 adaptations de Sherlock Holmes (Arthur Conan Doyle), personnage le plus porté à l’écran depuis les origines du cinéma (avec Tarzan, Jésus et  Zorro entre autres). Quid des affiches ?

  

La publicité est un secteur où les droits se négocient à prix d’or : les retombées économiques sont incertaines mais un ensemble de droits n’est jamais négocié au hasard par un studio. En effet, et dans l’exemple d’un livre, on supposera que son succès et la curiosité de ses lecteurs drainera vers le film futur une part non négligeable d’une « cible marketing » la plus vaste possible. Le livre ressortira en librairie avec une nouvelle couverture « à l’image du film » : couverture affiche et dossier complémentaire d’interviews ou de photos. Il est pourtant des exemples curieux où le livre adapté en film revient avec une couverture « troisième » qui est encore une autre déclinaison (faite par le studio ou l’éditeur) réalisée par un artiste tiers. Ainsi, pour prendre un exemple assez récent, le Mystère de la chambre jaune (voir dans un autre chapitre l’analyse de l’affiche) de Denis Podalydes en 2003 (Why Not Production), reprise du célèbre roman policier de Gaston Leroux, voit-il surgir une affiche admirable, mais une nouvelle couverture du livre homonyme  (éditions Garnier Flammarion) illustrée par Tardi, à partir toutefois des personnages du film. Est-à-dire que l’on a voulu importer l’idée, via Tardi, d’un hommage à un certain style graphique (Ligne Claire d’Hergé), autant qu’à sa propre série policière adaptée cette fois ci du Nestor Burma de Léo Malet ? Le site Internet de la production, quant à lui, demeure dans une charte graphique fidèle à l’univers ayant vu la naissance de l’œuvre, en 1907, dans le journal l’Illustration. Un télescopage artistique bien prémédité...

 


  Il est aussi des exemples où la couverture du livre et l’affiche du film ne se croisent jamais, en dépit de l’extraordinaire succès et de l’un et de l’autre : c’est
Harry Potter, aussi bien en version anglo-saxonne qu’en France où, édité chez Gallimard, la collection ne s’est jamais retrouvée autrement qu’avec les couvertures illustrées à l’identique par Jean Claude Götting. Ce dernier indique qu’il a travaillé dès l’origine avec une grande liberté, en s’inspirant du travail réalisé en tête de chapitre par la dessinatrice anglaise Emily Walker (dessins aujourd’hui disparus). Tout au plus, la licence Warner poussa par la suite Götting et Gallimard à respecter au plus près les couvertures dans leur version anglaise d’origine, et surtout à reprendre le logo titre Harry Potter, ce qui nous rapproche de l’affiche puisque c’est bien pour celle-ci qu’il fut avant tout créé. Il suffit de comparer les travaux préparatoires (inédits) de Götting pour le 5ème volume avec la couverture finalement retenue pour se rendre compte aussi, des particularités d’un travail qui n’est pas décliné dans les divers objets dérivés des aventures du prestigieux magicien, à l’inverse des couvertures originelles en langue anglaise.  

 
 2 travaux préparatoires de J.C. Götting pour le tome 5 d’Harry Potter (Ordre du Phénix) de J.K. Rowling, la couverture retenue par Gallimard Jeunesse (collection Folio Junior), deux versions anglaises et la préaffiche américaine.


  

  Autre exemple curieux que celui des premières adaptations des aventures de Tintin : deux films avec des histoires inédites seront tournés, l’un réalisé par Jean-Jacques Vierne en 1961 (
 Le mystère de la Toison d’or), l’autre en 1964 par Philippe Condroyer (Tintin et les oranges bleues). L’affiche du premier se revendique comme « adaptation de la bande dessinée » et montre les acteurs maladroitement comme autant de personnages qu’il aurait été préférable de garder dessinés, ce que l’affiche du second film laisse transparaître. C’est finalement la couverture de l’album issu du 1er film qui ressemble le plus à une véritable affiche de cinéma !

 

 
  Les éditions romanesques traditionnelles font rarement appel en France à des illustrateurs contemporains pour leur couvertures (à l’inverse des traditions anglo-saxonnes) : celles-ci sont ornées soit d’une reproduction d’une oeuvre d’art en relation avec l’univers évoqué, soit, au mieux, de la reprise d’une gravure ou d’un dessin issu de l’édition originale.
Germinal, par exemple, écrit par Émile Zola et publié en 1885, donna lieu à plusieurs rééditions, dont deux vagues successives après les films d’Yves Allégret en 1962 et surtout de Claude Berri en 1993. Ce dernier film donne toujours lieu, plus de 10 ans après sa sortie, à la majorité des visuels actuels, preuve évidente de la durabilité de l’empreinte cinématographique dans le  secteur des adaptations littéraires. Récemment encore (2006), Le Parfum de Patrick Suskind, le Grand Meaulnes d’Alain Fournier ou Jacquou le Croquant d’Eugène Le Roy ont donné lieu a un relookage par les éditeurs pour une ressortie des livres homonymes en librairie. Les affiches oscillent entre référencement discret et « scène d’atmosphère »... et Jean Giono pour la France. Les affiches se contentent le plus souvent de retraduire l’idée forte de l’auteur, d’une manière plus appuyée que la couverture originelle, qui disparaît de toute manière définitivement derrière l’iconographie filmique lors de la deuxième édition. La « qualité française » chère aux années’50 est exprimée finalement par l’affiche : c’est une mise en images d’un scénario qui n’est que le livre en abrégé...






  
  Si le jeu commercial implique une couverture maximale en terme d’exposition du produit, il faut qu’à l’évidence, et en accord avec un « marchandising » logique, ce même produit soit partout identifiable, sinon homologable. Affiche, livre, jeu, produit de consommation périssable ou automobile , c’est une « marque » nouvelle qui est destinée à être dupliquée (en général le titre du film, appuyé par un visuel qui est très souvent soit l’affiche soit l’acteur vedette).

Dans le cas du marché du livre, les tirages ou retirages effectués par l’éditeur se font selon une  stratégie étudiée : le livre doit être visible en moyenne un mois avant et un mois après la sortie du film  (dans l’exemple du Grand Meaulnes, le livre a été disponible en édition de poche relookée dès le 20 septembre 2006, alors que le film sortait en salles le 04 octobre). Le marché français copie les usages américains dans ce secteur, mais sans en avoir toute l’ampleur économique systématique. On se souviendra tout de même de grandes campagnes de communication en France autour de valeurs sures, et ceci de 1993 à nos jours, et quel que soit le thème traité (Les Visiteurs, Kirikou, Astérix, Microcosmos, Arthur et les Minimoys, etc.).

  Dernier cas intéressant : lorsque l’auteur de l’œuvre littéraire et le réalisateur ne sont qu’une seule et même personne ; il existe des cas dans chaque pays, de Woody Allen à Michael Crichton pour les USA (avec par exemple Annie Hall (1977) et Runaway (1984)), ou de Marcel Pagnol (Manon des sources en 1952) à Luc Besson (2006) en passant par Michel Audiard  et Jean Giono pour la France. Les affiches se contentent le plus souvent de retraduire l’idée forte de l’auteur, d’une manière plus appuyée que la couverture originelle, qui disparaît de toute manière définitivement derrière l’iconographie filmique lors de la deuxième édition. La « qualité française » chère aux années’50 est exprimée finalement par l’affiche : c’est une mise en images d’un scénario qui n’est que le livre en abrégé...

 

 

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  • : Décryptage d'affiche de films
  • : Les affiches de films sont des papillons de la nuit du Cinéma : multicolores, éphémères et éternelles à la fois... Invitation, trace, mémoire d'un film ou d'un genre, l'affiche en tant qu'oeuvre visuelle ne saurait être démentie, mais comment la déchiffrer, qu'en saisir et que nous dit-elle finalement, à nous, spectateurs ?
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