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5 avril 2008 6 05 /04 /avril /2008 15:26

Chapitre 8 - Lecture d'affiches thématiques (partie 3)

 

5. A la lettre : des affiches pages d’écriture

 

  L’affiche est le lieu de tous les graphismes : illustrations, dessins, photographies, peintures, images de synthèses mais aussi lettrages, typographies et traces écrites manuelles diverses. On pourrait craindre un télescopage dû à la trop grande présence du texte, entre le « visuel » choisi à proprement parler et les indispensables titre, accroche, mentions de responsabilités et noms des studios : il n’en est rien le plus souvent, grâce à des choix esthétiques salvateurs.




  Quelques exemples, tout d’abord, qui laissent encore une part à l’image : pour
The Cooler (Lady Chance en VF, de W. Kramer - 2004), le monde des casinos se traduit sur l’affiche par un titre en néon qui laisse toutefois une petite place à l’acteur clé du film, William H. Macy.

Réduit à sa plus simple expression, l’affiche se limite à une lettre ou un chiffre, quelque part entre logo titre, affiche illustrative de l’accroche et  affiche symbole-objet de marketing (voir chapitre 5). On citera ici l’affiche teaser de l’Arme fatale 4 (R. Donner - 1998) ou du Masque de Zorro (M. Campbell - 1998).

  Rarissimes avant 1997, exceptées sur quelques affiches teasers, les affiches « textuelles » se multiplièrent par la suite, autour d’accroches fortes ou de films à thèmes porteurs (comédies ou études sociales). L’exemple type est l’une des préaffiche de Trainspotting (D. Boyle - 1996). Une variante intéressante surgit dès 1999 avec le faux avis de recherche du Projet Blair Witch (D. Myrick)  qui n’est pas sans rappeler le faux avis du Fugitif (A. Davis) en 1993. (idée reprise encore par Harry Potter et le Prisonnier d’Azkaban en 2004 (A. Cuaron)). En 2000, Summer of Sam de Spike Lee s’illustre par des vraies pages du journal Daily News de 1977 évoquant l’insaisissable serial killer du titre.

 

  En 2006, les dérives des politiques, des médias et du show business  se retrouvent à l’affiche de American Dreamz (P. Weitz). On appréciera également les fausses affiches de consignes de sécurité pour Des serpents dans l’avion (D. R. Ellis) et  de prévention du tabagisme du cynique Thank You For Smoking (J. Reitman).



  6. Vague en vogue

 

 

  
  Le succès sans précédent de
Titanic (J. Cameron - 1998) attira l’attention sur son marketing, réalisé par BLT & Associates et Bernis Balkind. Si l’affiche officielle finalisée, très classique mais harmonieuse et en parfaite adéquation esthétique avec l’histoire sentimentale tragique du film (on aura souvent entendu l’expression « Roméo et Juliette sur un bateau... ») est devenue une affiche culte,  peu de monde se souvient par contre de la préaffiche, qui ne montrait qu’un titre incliné : le nom Titanic, sur les parois rivetées du paquebot en train de sombrer, avec l’accroche parlante « collide with destiny » (Heurt avec le Destin).

  Rarement on aura vu première affiche plus sobre pour un film aussi spectaculaire (le plus onéreux de son époque aussi, avec 200 millions de $ de budget) : aucune scène spectaculaire, si ce n’est le naufrage suggéré, et aucun nom d’acteur phare. A comparer aussi avec l’affiche du Naufrage du Poséidon (R. Neame - 1972), largement plus démonstrative.

 



 

   Par la suite, et au-delà du genre « film catastrophe », plusieurs designs vont s’inspirer de ce travail. Entre temps sortira le film
En pleine tempête de Wofgang Petersen en 2000 dont le visuel impressionnant créé par Intralic Film Graphic n’hésitera pas cette fois à reprendre la scène clé de la vague tueuse géante. Petersen reprendra clairement le visuel de Titanic pour son remake du Poséidon en 2006, en poussant le concept (de Art Machine Digital) jusqu’au bout de la logique narrative avec un titre totalement inversé, comme le navire du film. Un second concept finalisé renversera le titre cette fois ci de manière plus lisible de gauche à droite, sur ce qui deviendra l’affiche officielle (à noter : le jeu de mot entre la date de sortie et le signal de détresse international « mayday »).Le visuel du récent Coast Guards (A. Davis - 2006) reproduit quant à lui celui d’En pleine tempête ,en surenchérissant dans le drame spectaculaire.

 

  7. Galeries des places

 

  La plupart des films français ou américains à gros budgets distribués dans les années 1950, 1960 et 1970 étaient basés sur un casting d’acteurs relativement importants, en parallèle avec l’âge d’or de genres à grand spectacle tels que le Film de Guerre, le Film Historique, le Film Catastrophe ou le Film de Science fiction. De nombreuses affiches de films sont similaires : une scène phare du film, complétée d’un titre choc et d’une galerie de photos portraits. Le design de John Berkey pour la Tour Infernale (J. Guillermin - 1974) est à ce titre assez éloquent, tout comme celui du Naufrage du Poséidon présenté en page précédente. Au-delà du statut même de l’acteur ou de l’actrice portraitisé(e) , c’est une thématique du film qui est déclinée, à travers lui ou elle : amour, drame, honneur, amitié, mal, héroïsme ou encore lâcheté… Le spectateur est bien sur convié à être intimement mêlé à l’action du film, au milieu d’une foule de stars... censées être anonymes et jouer monsieur ou madame-tout-le-monde  (ou les passagers d’un avion comme dans Airport (G.Seaton - 1970) !

 

   Style d’affiche très présent dans les années 1950 et 1960, autour des grandes productions notamment historiques (péplums ou films épiques comme
Spartacus (S. Kubrick - 1960) ou d’aventures (Vingt mille lieues sous les mers - R. Fleischer - 1954), le concept semble naitre vers la fin des années 1940, lorsque la tradition du dessin artistique mettant en scène le couple glamour s’estompe, au profit d’un composite entre titrage, couple vedette et scènes d’actions ou extraites du film plus présentes.

C’est cette mise en abyme du spectacle « cinéma » qui est justement à l’affiche de Sous le plus grand chapiteau du monde (C.B DeMille - 1952), où les artistes du cirque sont aussi celles du spectacle filmé, au sein d’une affiche faites « à la manière » d’une affiche publicitaire pour un cirque bien réel. Parallèlement, l’époque fut marquée par la diminution du nombre d’affiches produites (3000 en moyenne aujourd’hui pour le format 120x160 cm), alors que la mode actuelle est de promouvoir chaque personnage du film sur une affiche individualisée.

 

 

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Published by Philtomb - dans Décrypt'affiche
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Glaneuse 26/01/2016 20:07

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