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16 mai 2008 5 16 /05 /mai /2008 17:43

Synopsis : Rand Peltzer offre à son fils Billy un étrange animal : un mogwai. Son ancien propriétaire l'a bien mis en garde : il ne faut pas l'exposer à la lumière, lui éviter tout contact avec l'eau, et surtout, surtout ne jamais le nourrir après minuit... Sinon...

 
  Joe Dante fait un cinéma singulier et hybride : ayant touché à chacune des principales cordes du métier de cinéma (critique, scénarisation, réalisation, animation, montage, production, etc.), passionné de bandes dessinées, de séries B et Z et de films d’horreur (style dont seront issus ses premiers films et notamment Hurlements en 1981 : voir affiche ci-dessous), il fut finalement le parfait continuateur du style Roger Corman, dont il fut l’un des élèves dans les années 1970, aux côtés de Martin Scorsese, Ron Howard ou Francis Ford Coppola. C’est grâce à Steven Spielberg que Dante pourra livrer sa vision de Gremlins, en dépit de tumultueux enjeux de production avec les Studios Warner.

 


 
Le film, sorti le 8 Juin 1984 aux Etats-Unis, sera un immense succès populaire, qui poussera son réalisateur à en livrer un second opus le 15 Juin 1990 : celui-ci, malgré ses qualités, sera un échec, et Joe Dante est alors licencié des studios Paramount, nouveaux producteurs du réalisateur depuis 1985. En 1998, avec Small Soldiers, Joe Dante donne une nouvelle déclinaison thématique des Gremlins, lorsque des jouets-soldats deviennent de véritables figurines d’action vivantes.

 

 
 Pour l’affiche américaine, Spielberg et Dante font appel au designer confirmé John Alvin (voir sur ce blog l’article consacré et les liens associés :
http://cine-l-affiche-en-plein-coeur.over-blog.fr/article-18324468.html) et aux studios Intralink Film Graphic Design, tous ayant collaboré sur l’affiche mythique de E.T. en 1982. Gremlins se devant d’être un film « tout public », l’affiche fait la part belle à l’imaginaire issu du Conte, du Fantastique et du Merveilleux, baignant dans une halo bleuâtre que l’on sait être idéalement associé à ce concept (voir sur ce blog : http://cine-l-affiche-en-plein-coeur.over-blog.fr/pages/Chapitre_4__Reprises_et_detournements__laffiche_mise_en_abyme_partie_1-406967.html). Seule l’accroche (en VO et VF : « Mignons. Malins. Méchants. Intelligents. Dangereux. ») en réfère au danger potentiel représenté par ces créatures pelucheuses dignes des Ewoks du Retour du Jedi (R. Marquand et G. Lucas - 1983 ; les créatures réapparaissent dans un téléfilm américain en 1984). On remarquera aussi que, par bien des aspects, l'affiche de Gremlins est en quelque sorte une version édulcorée du visuel de Hurlements, visible plus haut.

 

  Dans le folklore américain traditionnel, les Gremlins sont des lutins farceurs versés dans la mécanique et les technologies et,  comme l’évoque le lien suivant (http://erzy.centerblog.net/3777265-Les-Brownies-et-les-Gremlins), « leur nom a été forgé par des aviateurs britanniques en poste sur la frontière nord-ouest de l'Inde durant la dernière guerre mondiale, à partir de la marque de bière Fremlin's, dont le F fut remplacé par le G des Frères Grimm ». D’où l’association à un univers de contes et légendes emprunt d’un mélange iconoclaste de noirceur, de farces potaches et de cruauté sadique digne d’une série B ou Z en horreurs diverses, le tout ayant donné lieu à un concept alternatif et subversif de l’affiche originelle. Pour la petite histoire, on trouve encore trace de ces Gremlins sur l’illustration d’un livre jeunesse du célèbre écrivain gallois Roald Dahl (1913-1990 ; Charlie et la chocolaterie, Matilda, James et la pêche géante) : aviateur en 1943, il écrit une histoire initialement prévue pour un projet de film d’animation de Walt Disney,  avorté au profit d’une seule série de comic books, qui inspirera au final Joe Dante.

 

 



 On notera à l’évidence que le design de John Alvin place le mystère au cœur de l’univers construit en une nouvelle mythologie contemporaine (voir le concept de légendes urbaines) : le héros, ce n’est pas l’humain ou l’adolescent (visage caché), mais bien la créature-jouet. La boite de Pandore, ré-ouverte, est prête à faire se rejoindre notre curiosité, notre goût prononcé pour les destructions et effets spéciaux à grande échelle et notre espérance… que tout se finisse bien ! Si l’humain est bien le responsable principal, désigné anonymement en tant que véritable apprenti-sorcier ingénu, on peut se demander si le cinéma de Joe Dante n’interroge pas à vrai dire le spectateur sur sa capacité à apprécier ou non le spectacle simple du vivant, cinéma compris, sans en faire un jouet industriel et mécanique complètement dénué d’âme. Tout ne doit pas être dévoilé, et les règles de vie élémentaires sont là pour être respectées : telle est la morale du film, décryptable dès l’affiche.

 

  L’affiche française reprendra le design à l’identique, transposant juste l’accroche dans une taille plus lisible.

 

 

 En 1990, Gremlins 2, la nouvelle génération déplace l’univers originel à New York, ce qui permet à Dante de multiplier les scènes parodiques et référentes (à Rambo, Le fantôme de l’Opéra,  New-York, New-york, Qui veut la peau de Roger Rabbit ?, etc.). John Alvin en réalise de nouveau l’affiche, reprenant l’idée de créatures facétieuses à demi visibles, mais aux pouvoirs de destruction ironiquement démultipliés : en prenant le fauteuil et le bureau d’un financier de Wall Street, Alvin et Dante font une critique ouverte (voir les traces de griffes sur le fauteuil en cuir) des « décideurs » des Studios hollywoodiens, aux égales capacités de destructions artistiques selon eux ; « il faut se souvenir des règles », nous rappelle l’accroche, c'est-à-dire suivre les fameuses studios guidelines et les exigences morales dictées par Hollywood à chaque œuvre produite (voir sur ce blog :
http://cine-l-affiche-en-plein-coeur.over-blog.fr/pages/Chapitre_2__Sexe_mensonge_et_publicite_partie_4-395905.html). On comprend dès lors, que la recherche de financements alternatifs et d’un cinéma indépendant aient été, pour Joe Dante, une ligne de conduite permanente, style dont on trouvera aisément la naissance à l’école de Roger Corman.

 

Autour de Joe Dante, on poursuivra la discussion sur le site Cinétudes et le forum associé :

 

http://www.cinetudes.com/Joe-Dante-et-les-Gremlins-de-Hollywood_a94.html

http://cinetudes.nuxit.net/viewtopic.php?t=98

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